Les Rabbins et les Pères de l’Église, n’ont-ils pas enseignés que le Sabbat est une institution Mosaïque, établie par Moïse pour Israël seul? Ce point de vue historique, n’annule-t-elle pas l’origine du Sabbat à la création et sa validité universelle?

Une institution mosaïque.

Quelques Rabbins Palestiniens et quelques Pères au début de l’ère de l’Église, réduisirent le Sabbat d’un décret pour le genre humain, à une institution Mosaïque, pour les Juifs. Cependant, leurs enseignements n’annulent pas la validité du point de vue biblique de l’origine du Sabbat à la création et son application universelle, parce que les enseignements des Ecritures ne peuvent « être l’objet d’interprétation particulière » (2 P 1:20).[i]

L’identité Juive.

De plus, on doit prendre note des facteurs qui contribuaient à l’adoption de l’origine Mosaïque du Sabbat. Ce fut le grand désir de préserver l’identité Juive, au temps ou les forces hellénistiques firent pression pour l’abandon de la religion Juive; ceci conduisit apparemment les Rabbins Palestiniens à réduire le Sabbat d’un décret qui provient de la création, établi pour le genre humain, à un décret Mosaïque donné exclusivement à l’Israël.

Ainsi, un tel développement se produisit en réponse aux efforts déterminés du roi Syrien Antiochos Épiphane, pour rendre effectif un programme d’hellénisation radicale des Juifs, par la prohibition de sacrifices et de l’observation du Sabbat (175 av. J.-C.). Le résultat fut que beaucoup de Juifs apostasièrent, ils « sacrifièrent aux idoles, et violèrent le Sabbat » (1 Maccabées 1:43MH).

Les Juifs pieux, résistèrent avec passion, aux efforts d’hellénisation d’Antiochos Épiphanes, préférant être massacrés, plutôt que de violer le Sabbat (1 Mac 2:32-38). Le besoin de préserver l’identité Juive, à ce temps critique, inspira une vue exclusivistique et nationalistique du Sabbat.

La notion fut introduite à ce temps par quelques Rabbins, que le privilège d’observer le Sabbat fut privé aux Gentils, et réservé exclusivement à Israël. Comme l’indique le livre des Jubilees, « Il [Dieu] ne permit pas à d’autres peuples ou peuple d’observer le Sabbat sur ce jour même, excepté Israël seulement; à lui seul, il permet de manger et de boire et d’observer le Sabbat, ce jour même (2:31). Si les patriarches sont parfois mentionnés comme observant le Sabbat, ceci est vu comme une exception « avant qu’il [le Sabbat] fût donné » à Israël.[ii]

Un développement secondaire.

La notion du Sabbat comme une institution exclusivement Juive, établie non à la création pour toute l’humanité, mais par Moïse, pour Israël seul, rend Dieu coupable, le moins qu’on puisse dire, de favoritisme et de pratiques discriminatoires.

Il doit être dit, cependant, que la notion de l’origine mosaïque du Sabbat, représente un tard développement secondaire, plutôt qu’une tradition originel. Ceci est soutenu par le fait que dans le Judaïsme hellénistique, le Sabbat fut vu comme une ordonnance de la création pour le genre humain. De plus, même dans la littérature Palestinienne (apocalyptique et rabbinique) la mention est souvent faite de Dieu, d’Adam, de Seth, d’Abraham, de Jacob et de Joseph, en tant qu’observateurs scrupuleux du Sabbat.[iii]

Besoin apologétique.

Les Pères, au début de l’ère de l’Église, adoptèrent la notion de l’origine mosaïque et de la nature exclusive Juive du Sabbat, pour défier ces Chrétiens qui défendaient les obligations exigées du commandement du Sabbat dans le régime Chrétien. L’argument normal et fréquent est que les patriarches et les hommes vertueux, avant Moïse, n’observaient pas le Sabbat, et ainsi le jour doit être vue comme une ordonnance temporaire, tirant son origine de Moïse et imposée exclusivement aux Juifs à cause de leur infidélité.[iv]

La réduction d’une ordonnance de la création à un signe infamant de la désobéissance Juive, peut exprimer le besoin d’arguments à court terme apologétiques, mais elle manque de comprendre les valeurs permanentes et élevés que l’Écriture place sur le Sabbat.


[i] Sur l’origine alléguée Mosaïque du Sabbat, veuillez voir ma discussion dans Divine Rest For Human Restlessness (Rome, 1980), pp. 42-44; voir aussi Du Sabbat au Dimanche, traduction française de Dominique Sébire (P. Lethielleux, Paris 1984) pp. 186-189.

[ii] Genesis Rabbah 11:7; 64:4; 79:6.

[iii] Pour des examples et une discussion, voir Divine Rest For Human Restlessness (Rome, 1980), pp. 43-44.

[iv] L’argument se trouve pour la première fois dans les récits de Justin le martyre, Dialogue avec Tryphon 19,6; 23,3; 27,5; 29,3; 46,2-3. Il est répété par Tertullien, Adversus Judaeos 2; par Eusèbe, Histoire Ecclésiastique 1,4,8; Demonstratio evangelica 1, 6; aussi par la Didascalia Syriaque 26.