L’absence d’exemple d’observation du Sabbat pour toute la période des patriarches, c’est à dire, entre Genèse 2 et l’Exode 16, n’indique-t-elle pas que le Sabbat n’était pas connu et observé avant Moïse?

L’absence de références explicites d’observation du Sabbat, entre Genèse 2 et Exode 16, ne signifie pas nécessairement que le principe de l’observation du Sabbat était inconnu. L’apparent silence pourrait signifier qu’entre Adam et Moïse, le Sabbat, bien que connu, n’était pas observé. La non-observance de la fête des huttes, entre Josué et Néhémie, une période de presque 1000 années, fournirait une situation parallèle (Né 8:17).

Tenir pour certain.

Une explication plus plausible est que la coutume de l’observation du Sabbat n’est pas mentionnée, simplement parce qu’elle est tenue pour certain. Un nombre de raisons supporte cette explication.

D’abord, nous avons un exemple similaire de silence concernant le Sabbat entre les livres de Deutéronome et 2 Rois. Un tel silence peut à peine être interprété comme une non-observance du Sabbat, puisque quand la première référence accidentelle se trouve  dans 2 Rois 4:23, elle décrit la coutume de visiter un prophète le Sabbat.

Deuxièmement, la Genèse ne contient pas des lois semblable à l’Exode, mais elle est plutôt un bref exposé des origines. Puisqu’elle ne fait mention d’aucun autre commandement, le silence concernant le Sabbat n’est pas exceptionnel.

Troisièmement, il y a partout dans le livre de la Genèse et dans les premiers chapitres de l’Exode, des circonstances évidentes de l’emploie de la semaine de sept jours, qui d’elle-même impliquerait l’existence du Sabbat. La période de sept jours est mentionnée quatre fois dans le récit du Déluge (Gn 7:4, 10; 8:10, 12).

La « semaine » est aussi apparemment employée dans un sens technique pour décrire la durée des festivités nuptiales de Jacob (Gn 29:27) de même que la durée du deuil à sa mort (Gn 50:10). Une période semblable fut observée par les amis de Job, pour exprimer leurs condoléances au patriarche (Jb 2:13). Probablement, toutes les cérémonies mentionnées étaient terminées par l’arrivé du Sabbat.

Présupposé.

Enfin, le Sabbat est présenté dans l’Exode 16 et 20, comme une institution qui existait déjà. Les instructions pour ramasser une double portion de manne le sixième jour, présupposent une connaissance de la signification du Sabbat: « Le sixième jour, lorsqu’ils prépareront ce qu’ils auront apporté, il y en aura deux fois plus que ce qu’ils récoltent chaque jour » (Ex 16:5). L’omission d’une explication pour ramasser une double portion le sixième jour, serait inexplicable, si les Israélites n’avaient pas une connaissance antérieure du Sabbat.

De même, dans l’Exode 20, le Sabbat est présupposé comme quelque chose de déjà connu. Le commandement ne dit pas: « Connais le jour du Sabbat », mais « Souviens-toi du jour du Sabbat » (Ex 20:8); ceci implique qu’il était déjà connu. De plus, le commandement, présentant le Sabbat comme enraciné dans la création (Ex 20:11), peut à peine permettre une introduction tardive de la fête, au temps de l’Exode.

Spéculer sur comment les patriarches observaient le Sabbat, serait une tentative vaine, puisqu’elle se reposerait plus sur l’imagination que sur les informations disponibles. Considérant, cependant, que l’essence de l’observation du Sabbat ne consiste pas à se rendre pour accomplir des rites, mais plutôt un temps spécifique pour être avec Dieu, nous-mêmes, et d’autres, il semble entièrement possible que les patriarches consacrèrent les heures saintes du Sabbat chez eux, engagés dans quelques actes d’adorations, décrits dans la Genèse, tel que la prière (Gn 12:8; 26:25), le sacrifice (Gn 12:8; 13:18; 26:25; 33:20) et l’enseignement (Gn 18:19).