Le concile de Jérusalem, ne fit-il pas une rupture bien déterminée avec la loi mosaïque, en dispensant les Gentils croyants de la circoncision? N’est-il pas plausible de croire que le même concile dispensa aussi les Gentils de l’observation du Sabbat, pui

Pas de rupture avec la loi mosaïque.

Contrairement à l’opinion dominante, le concile de Jérusalem ne fit pas une rupture avec la loi mosaïque, en général, ou l’observation du Sabbat en particulier, en ce qui concerne les Gentils. Mes trois principales raisons se trouvent dans le chapitre 2, et peuvent être résumées comme suit.

Faire appel à Moïse.

D’abord, le concile appuya la proposition de Jacques de dispenser les Gentils de la circoncision, parce que Jacques faisait appel à Moïse comme autorité: « Car depuis les anciennes générations, Moïse a dans chaque ville des gens qui le prêchent, puisqu’on le lit chaque Sabbat dans les synagogues » (Ac 15:21). En d’autres termes, Jacques démontre que sa proposition peut-être acceptée, parce qu’elle exprime ce que Moïse attend des Gentils qui désirent vivre parmi les israélites. Cette interprétation est soutenue par le fait que les quatre lois rituelles font partie de la loi mosaïque.

Gentils craignants de Dieu.

Deuxièmement, les Gentils que le concile avait en vue, étaient pour la plupart, sinon tous, des craignants de Dieu, qui avaient été instruits dans la foi juive, en général, et dans l’observation du Sabbat, en particulier (Ac 10:2; 13:42-44; 14:1). En fait, la coutume de l’observation du Sabbat, avait été acceptée, non seulement par les Gentils craignants de Dieu, mais aussi par les Gentils païens, qui n’avaient pas d’intérêt à devenir Juif.

Dans un passage bien connu, Philon écrit: « Il n’y a pas un seul peuple, auquel la coutume de l’observance du Sabbat n’a pas été répandue ».[1] Tertullien reproche aux païens d’avoir adopté les coutumes juives, telle que le Sabbat.[2] Un autre fait souvent ignoré est que les Juifs influencèrent les Romains à adopter la semaine de sept jours au lieu de leur semaine de marché de huit jours (nundinum).

Offense envers les Juifs Chrétiens.

Troisièmement, si les Gentils furent instruits par le concile de s’abstenir des actes rituels, tels que les aliments offerts aux idoles, afin de ne pas offenser les Juifs Chrétiens, ils pouvaient à peine avoir été instruits d’ignorer l’observation du Sabbat, lequel aurait été même, une plus grande offense aux Chrétiens Juifs. C’est seulement le fait que les Gentils Chrétiens observaient déjà le Sabbat, qu’il ne fut pas nécessaire, pour le concile de Jérusalem, d’en discuter.

À la lumière de ces considérations, le concile de Jérusalem n’aurait guère eu considéré d’exempter les Gentils Chrétiens de l’observation du Sabbat.


[1] Philon, Contre Apion, 2, 39.

[2] Tertullien, Ad Nationes 1, 13.