Paul n’enseigne-t-il pas dans Col 2:14, que la loi fut clouée à la croix? Si cela est vrai, les Chrétiens ne sont-ils pas déchargés de l’obligation d’observer la loi en générale, et le Sabbat en particulier?

Absence de la « loi ».

En dépit de son antiquité et popularité, cette interprétation est totalement sans fondement pour au moins deux raisons. D’abord, parce que, comme E. Lohse le fait remarquer, « dans l’ensemble de l’Epître, le mot loi (nomos) n’est pas utilisé. Mais de plus, l’idée même de loi, qui semble si centrale à Paul lorsqu’il présente son évangile, est complètement absente ».[1]

Deuxièmement, cette interprétation diminue l’argument immédiat (v.13) conçu à prouver la plénitude du pardon de Dieu. L’effacement de la loi morale et/ou cérémonielle, procurerait à peine aux Chrétiens l’assurance divine du pardon. La culpabilité n’est pas effacée en détruisant les codes de la loi. Les derniers laisseraient seulement le genre humain sans principes moraux.

Livre enregistrant le péché.

Ce qui fut cloué à la croix, ce n’était pas la « loi— nomos » mais le cheirographon, un terme qui se trouve seulement dans Col 2:14. Sa signification a été éclaircie par son occurrence dans la littérature apocalyptique où cheirographon est employé pour désigner le « livre enregistrant le péché » ou le « certificat d’endettement du péché », mais non la loi morale ou cérémonielle.[2]

Par cette audacieuse métaphore, Paul affirme que par le Christ, Dieu a « annulé », a « rejeté », a « cloué à la croix » « le livre enregistrant nos péchés, lequel, à cause des règlements, était contre nous ». La base légale de ce livre qui enrégistre les péchés, était « les statuts obligatoires, les règlements » (tois dogmasin), mais ce que Dieu détruisit sur la croix n’était pas la base légale (la loi) pour notre implication dans le péché, mais le livre qui enrégistre nos péchés.

En détruisant l’évidence de nos péchés, Dieu a aussi « dépouillé les principautés et les pouvoirs » (2:15), parce que, il n’est plus possible pour eux d’accuser ceux qui ont été pardonnés. Par conséquent, il n’y a pas de raison pour que les Chrétiens se sentent incomplet et pour qu’ils cherchent l’aide de médiateurs inférieurs, puisque le Christ a fourni le pardon et une Rédemption complète.

Nous concluons alors que le document cloué à la croix, n’est pas la loi en général, ou le Sabbat en particulier, mais plutôt le livre enregistrant nos péchés. Toute tentative de lire en lui une référence au Sabbat ou à toute autre règlement de l’Ancien Testament est une fantaisie injustifiée et gratuite.


[1] Edward Lohse, A Commentary on the Epistles to the Colossians and to Philemon (Philadelphia, 1971), p. 116.

[2]Ma discussion et des exemples se trouve dans Du Sabbat au Dimanche, traduction française de Dominique Sébire (P. Lethielleux, Paris 1984) pp. 271-274.