Le commandement du Sabbat, ne contient-il pas un élément cérémonial— c’est à dire, la spécification du septième jour— et un élément moral— c’est à dire, le principe du repos un jour sur sept? Si oui, l’observation dominicale n’accomplit-elle pas le but du

L’origine de la distinction.

Le quatrième commandement ne contient pas une telle distinction artificielle entre des éléments moraux et cérémonials. Une telle distinction fut introduite suivant la loi du Dimanche de Constantin en 327, afin de donner une sanction théologique à la législation impériale, exigeant le repos du travail le Dimanche. Les chefs de l’Église appliquèrent le commandement du Sabbat au Dimanche, en démontrant que le commandement contient un aspect cérémonial, la spécification du septième jour— et un élément moral—le principe du repos un jour sur sept pour adorer Dieu.[1]

Le rôle de Thomas ‘d’Aquin.

Thomas d’Aquin  (1225-1247) offre l’interprétation la plus articulée de cette distinction artificielle et injustifiée, dans sa Summa Theologiae. Il argumente que « le précepte de l’observation du Sabbat est moral… dans la mesure où il commande l’homme de donner un certain temps aux choses de Dieu… mais il est un précepte cérémonial, quand il spécifie le temps ».[2]

Comment le quatrième commandement peut-il être cérémonial, en spécifiant le septième jour, mais moral en imposant de mettre à part, un jour de repos pour adorer? Fondamentalement, parce que pour Thomas d’Aquin, l’aspect moral du Sabbat est fondé sur la Loi Naturelle, c’est à dire, sur le principe de déclarer un temps régulier pour l’adoration, et le repos, ceci est en accord avec la raison naturelle. De l’autre côté, l’aspect cérémonial du Sabbat, est déterminé par le symbolisme du septième jour: la commémoration de la « création » et la préfiguration du « repos de l’esprit en Dieu, soit dans la vie présente, par la grâce, ou dans la vie future, par la gloire. »[3]

On se demande, comment le Sabbat, peut-il être cérémonial (transitoire) pour symboliser la création parfaite de Dieu et le repos qui se trouve en Lui dans la vie présente et future? N’est ce pas cette réassurance qui fournit la base pour mettre de côté n’importe quel temps pour adorer Dieu? Pour rejeter comme cérémonial le message originel du Sabbat du septième jour, c’est à dire que Dieu est le Créateur parfait qui offre le repos, la paix, et la communion à Ses créatures, signifie la destruction de la propre base morale pour consacrer n’importe quel temps à l’adoration de Dieu.

L’élaboration des Réformateurs.

Les Réformateurs adoptèrent et élaborèrent la distinction d’Aquin entre l’aspect moral et cérémonial du commandement du Sabbat. Melanchthon explique, par exemple: « Dans ce commandement, il y  deux parties: une partie générale, qui est toujours nécessaire pour l’Église, et une partie spécifique, qui se rattache à un jour spécial qui a rapport seulement au gouvernement d’Israël… La [partie] générale de ce commandement appartient à ce qui est moral, naturel, et permanent, c’est à dire, l’observation du culte de l’Église; et la [partie] spécifique, qui désigne le septième jour, a rapport à la cérémonie… elle ne nous est pas obligatoire; par conséquent, nous avons des assemblés le premier jour, c’est à dire, le Dimanche.[4]

C’est difficile de comprendre la logique derrière un tel raisonnement. Comment le principe de mettre à part un jour ou un temps de la semaine « pour maintenir le service de prédication et l’exercice public du culte », peut-être considéré comme moral, tandis que la spécification actuelle du septième jour, est considérée comme cérémonial, c’est à dire, ce qui a rapport « seulement au gouvernement d’Israël »?[5]

Pas de base dans la loi naturelle.

Pour argumenter que le septième jour est cérémonial, parce qu’il ne peut pas être découvert par la raison humaine par elle-même (la loi naturelle), c’est manquer de reconnaître que la raison humaine, par elle même, ne peut pas découvrir qu’un temps doit être mis à part pour maintenir « le service de la prédication et l’exercice public du culte ». Ce dernier principe, en fait, ne peut même pas être tiré explicitement du quatrième commandement, où la mention est faite, non d’assister à une prédication le Sabbat, mais seulement de se reposer dans le Seigneur (Ex 20:10).

La notion que le Décalogue est basé sur, ou supporté par la Loi Naturelle, est une fabrication scolastique (influencée par la philosophie morale classique). Dans les Ecritures, le Sabbat et le reste des dix commandements sont enracinés, non sur une raison humaine, mais sur une révélation spéciale divine. Le fait que la raison humaine, par elle-même, peut découvrir quelques unes des valeurs morales du Décalogue, peut montrer leurs rationalités, mais pas leurs origines.

Les distinctions de Calvin.

Jean Calvin propose à nouveau, avec de nouvelles qualifications, la distinction d’Aquin, entre l’aspect moral et cérémonial du Sabbat. Il enseigna qu’à la création, le Sabbat fut donné comme un décret perpétuel, mais « plus tard, dans la loi, un nouveau précepte concernant le Sabbat fut donné, lequel serait particulier aux Juifs, et seulement pour une saison. »[6]

Quelle est la distinction entre le Sabbat Juif (Mosaïque) et le Sabbat Chrétien (de la création)? La différence n’est pas facile à découvrir, particulièrement pour quelqu’un qui n’est pas instruit à distinguer les nuances théologiques. Calvin décrit le Sabbat Juif comme étant « typologique » (symbolique), c’est à dire, « une cérémonie légale ombrageant d’avance un repos spirituel, don’t la véracité fut manifestée en Christ. »[7] De l’autre côté, le Sabbat Chrétien (le Dimanche) est « sans symbole. »[8] Par ceci, il signifie apparemment, que c’est une institution plus pragmatique, désignée pour accomplir trois objectifs de base: D’abord, pour permettre à Dieu de travailler en nous; secondement, pour fournir le temps pour la méditation et les services d’église; et troisièmement, pour protéger les travailleurs dépendants.

Une contradiction pas résolue.

La tentative de Calvin de résoudre la tension entre le Sabbat en tant qu’ordonnance « perpétuelle de la création » et comme « une loi cérémonielle temporaire, » peut à peine être considéré comme ayant eu du succès. Le Sabbat, n’accomplissait-il pas les mêmes fonctions pragmatiques pour les Juifs, comme il le fait pour les Chrétiens? De plus, en enseignant que pour les Chrétiens, le Sabbat représente « le renoncement de soi » et le « vrai repos » de l’Évangile, Calvin n’attribue-t-il pas non plus à ce jour une signification « typologique-symbolique », de même que la typologie qu’il assigna au Sabbat Juif?

Pour soutenir que la spécification du septième jour est un élément cérémonial du Sabbat, parce qu’il fut désigné pour aider les Juifs dans la commémoration de la création et dans l’expérience spirituelle du repos, signifie un aveuglement au fait que les Chrétiens ont  besoin d‘un tel aide, autant que les Juifs; ça signifie qu’on laisse les Chrétiens confus concernant les raisons pour consacrer un jour à l’adoration de Dieu. R. J. Bauckham reconnaît justement l’existence d‘une telle confusion, quand il note que beaucoup de « Protestants au milieu du seizième siècle avaient autant d’idées imprécises concernant la base de l’observance du Dimanche, que la plupart de Chrétiens avaient eu, la plupart du temps. »[9]

Un défi direct.

Un défi plus direct à la notion d’un jour-sur-sept est fourni par l’absence, dans l’Ancien Testament, d’un jour libre assuré pour ces prêtres qui devaient travailler le Sabbat. Donald Carson reconnaît sagement ce fait, quand il écrit: « Si le principe de l’Ancien Testament était réellement ‘un jour-sur-sept pour l’adoration et le repos, ’ nous pourrions avoir espéré à une législation dans l’Ancien Testament afin de prescrire un autre jour de congé pour les prêtres. Le fait qu’aucune telle législation existe, confirme l’importance de la considération du septième jour dans l’Ancien Testament, plutôt que le simple principe d’un jour-sur-sept, qui est si grandement adopté par ceux qui désirent voir dans le Dimanche l’équivalent précis du Nouveau Testament, du Sabbat de l’Ancien Testament. »[10]


[1] Pour une brève étude de l’application de la loi du Sabbat à l’observance du Dimanche, voir L.L. McReavy, «Servile Work: The Evolution of the Present Sunday Law,  » Clergy Review 9 (1935): 273-276.

[2] Thomas d’Aquin, Summa Theologica (New York, 1947), Part I-II, Q. 100, 3, p. 1039.

[3] Thomas d’Aquin, note 11, p. 1042.

[4] Melanchthon, On Christian Doctrine, Lou Communes 1555, Clyde L. Manschreck, éditeur and traducteur (Grand Rapids, 1965), p. 96.

[5] Melanchthon, note 13, p. 97.

[6] Jean Calvin, Commentaries on the First Book of Moses Called Genesis, traduit par John King (Grand Rapids, 1948), p. 106.

[7] Voir note 15, p. 106.

[8] Jean Calvin, Institutes of the Christian Religion, traduit par Henry Beveridge (Grand Rapids, 1972), vol. 1, p. 343.

[9] R.J. Bauckham, «Sabbath and Sunday in Protestant Tradition,  » dans From Sabbath to Lord’s Day, édité par D.A. Carson (Grand Rapids, 1982), p. 323.

[10] Donald A. Carson, «Jesus and the Sabbath in the Four Gospels  », note 18, pp. 66-67.