Il est largement professé que l’Église Apostolique de Jérusalem développa l’abandon de l’observation du Sabbat, et l’adoption de l’observation du Dimanche à sa place. Ceci, n’est-il pas une explication légitime, lorsqu’on contaste que l’Église de Jérusale

Il est largement professé que l’Église Apostolique de Jérusalem développa l’abandon de l’observation du Sabbat, et l’adoption de l’observation du Dimanche à sa place. Ceci, n’est-il pas une explication légitime, lorsqu’on contaste que l’Église de Jérusalem fut l’Église mère de la chrétienté, et ainsi, la seule avec l’autorité nécessaire pour changer le jour d’adoration?

Réponse:

Cette explication, bien que largement professée, repose sur une supposition injustifiée et sans fondement. Il est supposé, par exemple que, puisque le Christ était ressuscité le Dimanche à Jérusalem, le culte dominical doit avoir son origine dans la cité-même, par l’autorité apostolique, pour commémorer cet événement important, par un culte chrétien distinctif. Il est aussi présumé que, puisque l’Église de Jérusalem jouit d’une autorité prééminente, elle fut la seule église qui pouvait avec succès, développer l’observance du Dimanche. Ces suppositions sont discréditées par plusieurs données historiques, lesquelles je mentionnerai brièvement ci-dessous.

La composition et l’orientation juive.

D’abord, selon le livre des Actes, et les documents judéo-chrétiens, la composition ethnique et l’orientation théologique de l’Église de Jérusalem étaient profondément juive. D’un bout à l’autre du livre des Actes, Luc déclare des conversions en masse de Juifs (Ac 2:41; 4:4; 5:14; 6:1, 7; 9:42; 12:24; 13:43; 14:1; 17:10; 21:20). Parmi les milliers qui crurent, il y avait des Juifs « pieux » (Ac 2:5, 41), « une multitude de prêtres » (Ac 6:7TOB), et « de dizaines de milliers de Juifs ont cru, et tous sont zélés pour la loi » (Ac 21:20).

Une fausse idée, qui a prévalu à travers les siècles, est que la croix apporta à ce sujet une discontinuité entre le judaïsme et le christianisme. Avant la croix, il y avait le judaïsme, la loi, et l’observation du Sabbat. Après la croix, il y eut le christianisme, la grâce, et l’observation du Dimanche. Cette explication historique est mise en doute par les déclarations de Luc, que plusieurs milliers de Juifs, crurent en Christ. Ceux-ci regardaient leur acceptation de Jésus de Nazareth comme le messie attendu, pas comme la terminaison, mais comme la continuation et l’intégration de leur foi juive.

Le conflit dans les Actes, n’est pas entre les Juifs et les Chrétiens, mais entre les croyants et les incroyants Juifs. Les Juifs croyants sont décrit comme étant des « zélés pour la loi » (Ac 21:20). Il est difficile de voir comment les Chrétiens, lesquels se voyaient eux-mêmes comme étant des Juifs croyants, qui observent la loi de Dieu, auraient développé l’abandon du commandement du Sabbat ou son changement.

Le concile de Jérusalem.

Deuxièmement, le premier concile chrétien tenu (aux environs des années 49-50) dans la cité de Jérusalem, n’exempta pas les Chrétiens Gentils de la loi Mosaïque en générale ou de l’observation du Sabbat en particulier. La seule exception était la loi sur la circoncision. Cette exception n’était pas vue comme une répudiation de la loi mosaïque en générale. Au contraire, la cour d’appel finale du décret apostolique concernant les Gentils est la vraie autorité de Moïse. Ceci est indiqué indirectement par le fait que les quatre lois rituelles imposées aux Gentils, c’est à dire, s’abstenir des souillures des idoles, de l’impudicité, des animaux étouffés et du sang (Ac 15:20), font toutes parties de la loi mosaïque, concernant les habitants « étrangers » parmi les israélites (Lv 17 et 18).

Plus directement, le respect pour la loi mosaïque est indiqué par l’appel de Jacques à l’autorité de Moïse pour rendre valable l’endossement des quatre lois rituelles: « Car, depuis les anciennes générations, Moïse a dans chaque ville des gens qui le prêchent, puisqu’on le lit chaque Sabbat dans les synagogues » (Ac 15:21). Ce que Jacques dit ici, c’est que, comme Jacob Jervell le remarque justement: « Chacun qui entendit vraiment Moïse, sait que le décret exprime ce que Moïse exige des Gentils afin qu’ils puissent vivre parmi les Israélites ».[1] La préoccupation du concile de Jérusalem de montrer une adhérence complète à la loi mosaïque, discrédite toute tentative de faire de l’Église de Jérusalem, le pionnier du changement du jour de repos et d’adoration.

L’Église de Jérusalem après l’an 70 de notre ère.

Troisièmement, même après la destruction du temple par les Romains en l’an 70 de notre ère, et jusqu’à la destruction de Jérusalem par Hadrien en l’an 135, l’Église de Jérusalem, selon les historiens Eusèbe (environs 260- 340) et Épiphane (environs 375- 403) était composée de, et administrée par des Juifs convertis. Ceux-ci sont caractérisés comme « zélés pour insister sur l’observance littérale de la loi ».[2]

Encore plus considérable, c’est que les Nazaréens, lesquels sont regardés comme les descendants directs de la communauté des Chrétiens de Jérusalem, qui émigrèrent à Pella avant la destruction du temple (l’an 70), selon Épiphane, insista encore sur l’observance du Sabbat, jusqu’au quatrième siècle.[3] L’implication est claire. Si la coutume traditionnelle de l’observation du Sabbat a subsisté parmi les Chrétiens palestiniens, longtemps après la destruction du temple, alors l’Église de Jérusalem n’a pu à peine avoir encouragé l’abandon de son observation et l’adoption de l’adoration le Dimanche, à sa place. Les témoignages historiques indiquent que de toutes les églises chrétiennes, l’Église de Jérusalem, était théologiquement et du point de vue de race, la plus profondément attachée à la tradition religieuse juive.


[1] Jacob Jervell, Luke and the People of God (Minneapolis, 1972), p. 144.

[2] Eusèbe, Histoire ecclésiastique, 3, 27, 3; 4, 5, 2-11, éd. G. Bardy, 1952, 1967; Épiphane, Adversus octoginta haereses, 70, 10, PG 47, 355-356.

[3] Épiphane, Adversus octoginta haereses, 29, 7, PG 41, 402. Ce texte d’Épiphanes est cité et discuté dans Du Sabbat au Dimanche, traduction française de Dominique Sébire (P. Lethielleux, Paris 1984) pp. 133-134.