La plénitude de l’Esprit

L’abandon absolu, sans condition, de notre vie à Dieu, pour faire sa volonté au lieu de la nôtre. Ainsi, quand nous abandonnons nos péchés et croyons, nous RECEVONS le Saint-Esprit ;

La consécration à Christ.

Donnez-vous à Dieu.
(Rom. VI, 13.)

Offrez vos corps à Dieu.
(Rom. XII, I.)

Paul, esclave de Jésus-Christ.
(Rom. I, 1.)

S’il est vrai que nous avons reçu le don du Saint-Esprit ; que nous avons été baptisés du Saint-Esprit ; qu’il est entré dans notre vie pour y demeurer à toujours ; quel est alors le secret de la plénitude, de la vie abondante de paix, de force et d’amour ?

Nous répondons :

L’abandon absolu, sans condition, de notre vie à Dieu, pour faire sa volonté au lieu de la nôtre. 

Ainsi, quand nous abandonnons nos péchés et croyons, nous RECEVONS le Saint-Esprit ; quand nous abandonnons notre vie et croyons, nous sommes REMPLIS du Saint-Esprit. L’envoi du Saint-Esprit est la réponse de Dieu à la REPENTANCE et à la foi ; la plénitude de l’Esprit est la réponse de Dieu à l’ABANDON et à la foi.

À la conversion, l’Esprit entre ; à l’abandon l’Esprit, déjà entré, prend entière possession. La suprême condition humaine de la plénitude de l’Esprit est une vie entièrement abandonnée, à Dieu pour faire sa volonté. Cela est vrai :


1. D’après la raison.

 Tous les nuages qui ont obscurci le pur éclat de cette grande vérité dans nos âmes s’évanouiront aux regards de quiconque réfléchira sérieusement à la grande vérité scripturaire et expérimentale de la double nature du croyant.

Remarquons d’abord la condition du pécheur. Il n’a qu’une nature, « le vieil homme ». Il est proclamé absolument mort dans ses fautes et dans ses péchés. Il a la vie du moi, et non la vie de Dieu, en lui. Il marche selon la chair, et rien que selon la chair. L’Esprit peut contester, et conteste avec lui, mais non en lui, car celui-là seul « qui est à Christ » a l’Esprit.

Mais voilà qu’intervient un changement merveilleux. Il se repent, et croit au Seigneur Jésus-Christ. Qu’arrive-t-il ? Il est né de nouveau, né d’en haut, né de Dieu, né de l’Esprit. Et que signifient ces expressions ? Simplement qu’une vie nouvelle, une vie divine, la vie de Dieu, est entrée en lui. Dieu lui-même, dans la personne de son Saint-Esprit, est venu habiter en lui ; il a reçu le Saint-Esprit. Il a maintenant ce que le pécheur n’a pas, une nouvelle nature.

Mais quand la vie nouvelle, la vie de l’Esprit est entrée, est-ce que la vieille vie, le « vieil homme » est sorti ? Hélas, non ! Si le vieil homme était parti, recevoir l’Esprit, serait alors en être rempli de suite, et, pour toujours, car il aurait l’entière possession de notre être. Mais tel n’est pas le cas. La vieille vie ne s’en va pas lorsque la nouvelle fait son entrée ; la Parole de Dieu et notre propre expérience sont très claires à ce sujet. Maintenant le croyant possède, dirait-on, une double nature. En lui « la chair » et « l’Esprit », la vieille vie et la nouvelle coexistent. Les deux habitent en lui. Mais, comme de mortels ennemis, ils luttent pour avoir la direction de sa vie. « La chair a des désirs contraires à ceux de l’Esprit et l’Esprit en a de contraires à ceux de la chair. » Car chacun des deux veut non seulement être en lui, mais avoir pleine possession de lui. Chacun désire le remplir.

Le problème est donc changé. Ce n’est plus comment recevra-t-il l’Esprit ? Cette question est résolue ; il a reçu l’Esprit. Mais il trouve que l’Esprit n’est que co-occupant en même temps que la chair. La question est donc désormais : Ayant en lui deux natures, comment pourra-t-il être rempli d’une seule d’entre elles ? Comment connaîtra-t-il la plénitude et la vie abondante de l’Esprit, et sera-t-il délivré de la vie et du pouvoir de la chair ? La réponse semble limpide. Comment pourra-t-il avoir la plénitude, sinon en se livrant complètement à celle des deux natures dont il veut être rempli ? Il a le pouvoir de choisir ; il peut se livrer à l’une où à l’autre. N’est-il pas clair que la vie à laquelle il se livrera le remplira ? Quand autrefois il se livrait comme esclave à la chair (Rom. VI, 19), n’était-il pas rempli de toute sorte d’injustice (Rom. I, 29). De même à présent, dans la proportion où il se livre à l’Esprit (Rom. VI, 19), ne sera-t-il pas rempli de cet Esprit ? Il en est comme du doux air pur du printemps quand il entre dans un appartement rempli de mauvaises odeurs. Vous lui ouvrez une chambre, mais vous laissez les autres fermées et en possession de la vieille atmosphère fétide. Il est vrai que l’air pur est entré, mais comment remplira-t-il la maison à moins que vous ne lui livriez complètement cette maison, ouvrant tous les recoins et tous les angles à son souffle embaumé ? Ou bien encore, c’est comme une fontaine alimentée par deux puissantes sources jaillissant du sol, l’une d’eau, l’autre de pétrole. Il n’y a pas de doute que la fontaine reçoive de l’eau, car l’eau y coule à flots sans cesse. Mais, comment peut-on la remplir d’eau, sinon en la livrant tout entière à la source vivifiante, en détournant et en bouchant la source de pétrole ? Il en est de même du Saint-Esprit.

Il est vrai qu’il est entré dans le coeur de chaque croyant, et qu’il y habite et y demeurera toujours. Cependant, tout croyant ainsi cohabité par la chair et par l’Esprit, peut continuer à céder à la chair, au point de contrarier, étouffer et entraver toute manifestation de la plénitude de l’Esprit qui est en lui. Le fait que, même après la réception de l’Esprit il peut y avoir un empire du moi dans notre vie lorsque nous négligeons de nous livrer à l’Esprit, explique parfaitement et suffisamment que la plénitude de l’Esprit nous fait défaut. Quiconque réalise l’effrayant pouvoir de la vie propre au-dedans de lui, son hostilité contre Dieu, sa sensualité, qui contriste, et éteint l’Esprit, empêchant l’épanouissement de ses fruits bénis, comprend que la plénitude du moi suffise à expliquer le manque de plénitude de l’Esprit. L’embarras ne vient pas de ce que l’Esprit n’est pas entré, mais de ce qu’il ne rencontre pas la consécration qui lui permettrait de se manifester dans la plénitude qu’il voudrait obtenir. Le remède est donc clair, logique, inéluctable : refuser de livrer davantage sa vie à la domination du moi, et s’abandonner à l’Esprit pour que « la loi de l’Esprit de vie nous affranchisse, en Jésus-Christ, de la loi du péché et de la mort. »

C’est encore vrai :


2. D’après la révélation.

La Parole de Dieu est claire sur ce point. Paul s’appelle à diverses reprises « l’esclave » de Christ, entièrement consacré à lui pour faire non sa propre volonté, mais celle de Christ. « Je vous conjure donc, frères, par les compassions de Dieu, d’offrir vos corps à Dieu en vivant sacrifice (Rom. XII, 1 ). »


Écoutez Paul exhorter les croyants en ces termes :

« Livrez-vous à Dieu. » « Ne vous livrez, pas au péché. » « Si vous vous livrez à quelqu’un pour lui obéir, vous en devenez l’esclave. (Rom. VI, 16). » Comme vous vous êtes livrés au service de l’iniquité, de même livrez-vous au service de la justice, pour votre sanctification (19). « Mais maintenant, étant affranchis du péché (c’est l’acte de Dieu en Christ) et devenus les esclaves de Dieu (c’est votre acte de consécration qui vous fait réaliser la liberté qui est en Christ), vous avez pour fruit la sanctification (22), » c’est-à-dire vous connaissez la force, la bénédiction, la plénitude, et tous les fruits du Saint-Esprit à qui vous vous êtes désormais livrés. Notez la frappante répétition, et la place significative (Rom. VI) de cette exhortation à nous livrer à Dieu. Elle suit le cinquième chapitre aux Romains. C’est que le croyant justifié par la foi, n’a pas plus tôt reçu le Saint-Esprit qu’il est de suite pressé de se livrer à Dieu entièrement et absolument. Pourquoi ?

Parce que Paul connaît les deux natures du croyant : il sait qu’il doit se livrer à celle dont il veut être rempli ; il sait que s’il veut être rempli du Saint-Esprit, il doit se livrer à lui, sinon il continuera à vivre sous le pouvoir et dans la plénitude de la chair. Ainsi, l’absolue consécration de notre vie à Dieu est le premier progrès que la Parole de Dieu nous presse de faire après notre conversion.

À chaque converti qui vient de recevoir le Saint-Esprit, et tandis que son coeur est brûlant de l’amour de Christ qui l’a sauvé, on devrait présenter, avec sérieux et tendresse, la revendication de ce Christ sur sa vie rachetée, et l’appel plein d’amour qu’il nous adresse pour que nous nous consacrions à lui absolument et sans réserve. Il n’existe pas d’autre moyen d’après la raison, la révélation, et l’expérience. Hélas, que nous sommes aveugles ! On exhorte les convertis à étudier la Parole, à redoubler de prières, à abonder en bonnes oeuvres, à donner leur argent au Seigneur, à être fidèles aux réunions, à se joindre à diverses sociétés, à se fatiguer dans un cycle sans fin d’actions diverses. Mais malheur à nous ! en omettant la seule condition suprême que Dieu révèle, nous négligeons de lever la seule écluse qui permettrait à la plénitude convoitée de venir inonder notre vie. Que cet acte de consécration soit le pivot sur lequel la porte de la Plénitude tourne pour s’ouvrir, c’est ce que prouve encore :


3. L’Expérience des enfants de Dieu.

 Cela n’est-il pas vrai de chacun de vous, bien-aimés, qui marchez dans le sentier de cette vie bénie ? Le Saint-Esprit a tracé, dans le secret de votre âme, une image idéale de la marche avec Dieu, et elle a refusé avec persistance de s’effacer, même au sein de nos défaillances et de nos échecs. Certains soupirs après une richesse et une plénitude de vie en Christ n’ont jamais cessé de hanter votre âme. Certaines voix vous ont appelés pendant des années vers des hauteurs inexplorées de communion, de privilège et de service. Vous avez fait de grandes fautes ; vous avez été induits en erreur par un faux enseignement ; vous avez cherché à tâtons la vérité au sein des ténèbres. Mais avec la paix et la joie d’une vie enracinée en Jésus-Christ et qui remplit votre âme lorsque vous regardez en arrière vers le passé, ne voyez-vous pas que le pivot de la bénédiction et de la plénitude a été la consécration de votre vie au Seigneur Jésus-Christ ?

Qu’il ait dépensé de longues années pour atteindre ce tournant, ou qu’il s’y soit élancé d’un seul bond, tout enfant de Dieu consacré sait que cet acte d’abandon à Dieu a été le pas décisif qui l’a amené à la plénitude d’une marche plus étroite avec Dieu. Votre expérience peut avoir été compliquée, confuse, difficile à interpréter ; mais que cet acte de consécration ait été l’affaire principale, et que la plénitude de l’Esprit ait été le résultat d’un tel acte, la réponse de la grâce de Dieu à cet acte, tous vous en rendrez témoignage. La vie d’hommes tels que Carey, Martyn, Paton et Livingstone, démontre cette vérité d’une manière éclatante. La plénitude et la puissance dont Dieu a marqué ces vies, résultaient du côté humain, d’une consécration sans restriction et sans hésitation, dans le sens le plus complet, pour faire la volonté de Celui qui les avait suscitées. De tels hommes seulement peuvent communiquer sa plénitude.

Que la consécration soit le secret de la plénitude, c’est ce que prouve encore :


4. La Résistance de la chair.

Nous pouvons être sûrs qu’une décision à laquelle le moi s’oppose souverainement est la décision suprême de l’Esprit. Le point sur lequel la chair concentre sa résistance la plus désespérée doit être justement celui où l’Esprit désire nous conduire. C’est là la clef de la situation. Le moi se révoltera avec fureur contre la résolution arrêtée de livrer à Dieu notre vie, tandis qu’il nous laissera tenir des réunions, signer des engagements, remplir des charges dans l’église, donner la moitié même de notre fortune.

Quelqu’un met-il en doute que la volonté propre soit la forteresse de la chair, et que l’acte de consécration soit le suprême désir de l’Esprit, essayez, homme ou femme, cet acte d’entier abandon ! Dites à Dieu : « Seigneur, j’abandonne ici tous mes projets et desseins, tous mes désirs et, toutes mes espérances, et j’accepte ta volonté pour ma vie entière. Tout ce dont tu as besoin, prends-le ; tout ce que tu veux qui m’arrive, envoie-le ; partout où tu veux que l’aille, conduis-moi ; tout ce que tu veux que j’abandonne, révèle-le. Voici, je viens pour faire ta volonté. » Immédiatement, vous verrez les puissances de la chair donner l’assaut à cette décision. Quelles protestations bruyantes ! Quelle hostilité féroce ! Quelles luttes angoissées ! Quelles mortelles défaillances de l’âme à cette simple pensée ! Quelles épreuves amères pour l’orgueil et la réputation ! Quels immenses sacrifices se révèlent, auxquels on n’avait jamais pensé auparavant ! La chaire, le champ d’évangélisation, les idoles abandonnées, les prétentions, les occupations ou possessions sacrifiées, comme tout cela va se dresser comme autant de spectres devant l’âme tremblante ! Le jour où l’enfant de Dieu se décide à livrer sa volonté ne sera pas à moitié écoulé qu’il s’épouvantera de sa répugnance à obéir à Dieu ; il sera stupéfait et humilié au delà de toute mesure des efforts désespérés et répétés du moi pour lui faire quitter la position qu’il a prise.

De même que les cris frénétiques et les sauvages battements d’ailes de l’oiseau prouvent que votre main dévastatrice s’approche de son nid, de même la résistance passionnée que le moi oppose à la consécration de notre vie prouve que par cet acte l’égoïsme court le risque d’être anéanti sous la puissante main de Dieu. Enfant de Dieu, cette inimitié vraiment effrayante, vraiment féroce de la chair ne prouve-t-elle pas que sa forteresse est démasquée, que son secret est trahi, que, ce à quoi elle résiste avec le plus de violence, c’est précisément ce que Dieu nous ordonne de faire avant tout ?

L’avez-vous fait ? Car :


5. Rien ne peut remplacer votre acte de consécration.

 Quand Dieu fixe à quelle condition il bénira, aucune autre condition, si bonne soit-elle d’ailleurs, ne peut y être substituée. Voilà pourquoi toutes vos larmes, votre attente et vos prières, et même vos cris d’agonie devant Dieu, n’ont rien pu faire que de vous laisser affligé, déçu et affolé par l’absence de toute réponse.

Vous avez prié au lieu d’obéir.

La prière est très bonne avec l’obéissance, mais non pas à sa place. « L’obéissance vaut mieux que le sacrifice. » Elle vaut donc mieux que la prière quand elle est ce que Dieu demande.
Ce n’est pas nous qui, supplions Dieu ; c’est Lui qui nous supplie ! Écoutez-le dans la personne de Paul son serviteur : « Je vous supplie, frères, par les compassions de Dieu, d’offrir vos corps en sacrifice vivant. » L’avez-vous fait ?

Quand nous supplions Dieu de faire quelque chose pour nous, nous nous attendons à ce qu’il agisse. Quand Dieu nous supplie de lui faire don de nos corps en vivant sacrifice, il s’attend à ce que nous agissions. Mais hélas ! nous détournons la tête et commençons à prier ; car, disons-nous, la prière n’est-elle pas une bonne chose ? Oui, certes, mais non pas quand on s’en sert pour esquiver l’obéissance ! Comme la chair est subtile ! Comme dans notre aveuglement nous jouons avec Dieu à propos croisés.

« Abraham, dit l’Éternel, parce que tu as fait cela je te bénirai (Gen. XXII, 16). » Et qu’avait-il donc fait qui attirait sur lui une plus grande bénédiction que jamais auparavant ? C’est qu’il avait tout abandonné à Dieu dans le sacrifice de son fils. Enfant de Dieu, avez-vous fait cela ? Rien d’autre ne compte. La prière constante, la supplication importune, l’attente fatigante, les efforts pour croire, considérer la chose comme faite, rien ne sert si vous ne voulez pas faire cela. Cette vie non consacrée est la vraie citadelle du moi. Dieu ne la prendra pas de force. Mais quand la clef, la volonté, lui sera remise entre les mains de bon coeur, alors il inondera votre vie de la plénitude de sa bénédiction. Voulez-vous connaître ce qu’il promet quand il dit : « Je te bénirai ? » alors, « faites cela ». D’une manière absolue, sans réserve, avec confiance, livrez-vous, et votre vie, et tout ce que vous avez, entre ses mains pour le temps et pour l’éternité.

Donner son argent, son temps ou ses services, n’équivaut pas à donner sa vie. Des milliers essayent par ces moyens de faire taire leur conscience et de voler Dieu ? Il est indispensable que nous nous donnions nous-mêmes. Un fiancé serait affligé si, alors qu’il demande à sa fiancée son coeur et sa vie, elle lui offrait sa bourse, ses maisons ou ses terres, combien plus Dieu doit-il s’affliger de nos essais pour le séduire en lui donnant n’importe quoi, sauf la seule chose qu’il demande, nous-mêmes : « Mon fils donne-moi ton coeur. » Il y a tel don destiné à remplacer celui de nous-même ; mais il y a aussi un don de nous-même. L’un est un pauvre présent que le légalisme fait à l’amour ; l’autre est la joyeuse réponse de l’amour à l’amour. Ainsi, en refusant de nous donner à Dieu, nous lui refusons l’unique chose qu’il désire. Car Dieu s’est donné lui-même à nous, et nous a tout donné. Si notre réponse à l’ami de notre âme n’est pas la consécration loyale de nous-même, nous montrons par là que nous n’avons pas en lui une confiance entière. Mais cette défiance est comme une ombre qui obscurcit le coeur non consacré, et un obstacle qui le ferme à la plénitude de Dieu. Car Dieu ne peut donner la plénitude de l’Esprit à qui n’a pas une plénitude de confiance telle qu’il lui livre sa vie. Ainsi donc, bien-aimés, sachant que l’entière consécration peut seule apporter dans votre coeur sa plénitude de vie, veillez bien à ne pas la négliger.

Sachez encore que :

6. La responsabilité de posséder cette plénitude de l’Esprit

La responsabilité de posséder cette plénitude de l’Esprit vous incombe tout entière en un sens effrayant. C’est à vous seul de résoudre la question. Non pas que tout ne vienne de Dieu et de sa grâce, car tout vient de lui. Mais en Christ Jésus, tout ce qui incombait à la grâce a été achevé, car Dieu en donnant Christ a déjà fait tout ce qu’il peut faire pour nous. Voulons-nous que Dieu répande la plénitude du Saint-Esprit ? C’est ce qu’il a fait en Christ : « Toute la plénitude de la divinité habite corporellement en lui (Col. II, 9). » Voulons-nous alors que Dieu nous place « en Christ » où habite sa plénitude ? Il l’a fait : car « c’est par lui que vous êtes en Jésus-Christ (I Corinth. I, 30). » Il ne reste qu’une chose à faire, et c’est à vous à la faire. C’est de vous livrer tellement à Christ à qui vous êtes uni, que vous lui permettiez de répandre sa plénitude en vous et par vous. Cela, c’est vous qui devez le faire. N’essayez pas de rejeter la responsabilité sur Dieu. Si vous la rejetez sur lui, à son tour, il la rejettera sur vous, et à juste titre, car c’est à vous qu’elle appartient. C’est ce qu’il a fait pour vous Jusqu’à présent. Avez-vous été trop aveugle pour le voir ? Il s’est engagé à vous faire connaître sa plénitude aussitôt que vous lui consacrerez entièrement votre vie, mais il ne s’est pas engagé à consacrer celle-ci à votre place ni à vous obliger à la consacrer. Il ne contraindra pas votre volonté. Il s’en tient là, et il vous attend, et il vous a attendu toutes ces dernières années. Ne dites pas non plus : « J’ai prié, j’ai attendu, j’ai lutté, j’ai été en agonie, » au lieu d’obéir à son commandement et d’agir vous-même.

a question est celle-ci : « Avez-vous cédé ? » Racheté à prix, n’étant plus à vous-même, vous êtes-vous dessaisi de votre vie, et l’avez-vous consacrée sans réserve, sans crainte, pour l’éternité, au Seigneur Jésus-Christ, pour être à toujours son esclave volontaire ? Il n’est pas encore question de sa plénitude, qui est illimitée ; la question est celle de votre réceptivité, de votre consécration. Est-il digne de confiance, d’une confiance absolue ? Sinon, jusqu’à quel point voulez-vous vous livrer à lui ? Avec quelle mesure d’abandon voulez-vous vous remettre à lui ? À quelle hauteur de sa propre consécration parfaite voulez-vous vous élever ? La seule limite à sa plénitude sera celle que lui imposera la limite de votre abandon. Plus vous livrerez absolument, entièrement, irrévocablement, vous-même, votre temps, vos talents, vos biens, vos espérances, vos aspirations, vos projets, et toutes choses à Jésus-Christ, vous déclarant son esclave volontaire pour accomplir ou supporter sa volonté, plus vous connaîtrez la plénitude bénie de son Esprit. Vous aurez toute la plénitude à laquelle vous ferez de la place. En un sens tout dépend de vous. Quelle pensée redoutable. Traverser toutes les longues années de la vie ayant à votre portée à toute heure le privilège, la paix et la puissance de la plénitude bénie, et pourtant en rester privé !


Êtes-vous trop faible, trop timide, trop lent pour vous confier en lui aussi pleinement ? Avez-vous quelque répugnance à abandonner votre volonté, et quelque effroi de sa volonté ? Réfléchissez un moment à ce qu’est sa volonté. Le fils sanglant de Dieu, suspendu pour vous entre ciel et terre ; votre passage de la mort à la vie éternelle ; votre titre de fils ou de fille de Dieu ; la plénitude de son Esprit ; la paix, la joie, la communion avec lui ; la glorification instantanée, triomphante à son avènement ; une part glorieuse dans sa royauté ; des siècles éternels de félicité sans fin en sa présence, – voilà ce que vous savez de sa volonté à votre égard. Et pourtant vous redoutez cette volonté ! mais c’est le crime de haute trahison d’une âme contre son Seigneur légitime et plein d’amour !

Bien-aimé, au centre même de ta vie spirituelle, gîte un cobra meurtrier, celui de l’incrédulité, et tu ferais bien, par cet acte décidé, confiant, de consécration, de l’écraser d’un seul coup avant qu’il ne plante ses crocs plus profondément dans ton coeur.

L’audacieux grimpeur de rochers, se fiant à une corde fragile, se balance d’un coeur intrépide sur l’abîme vertigineux, tandis qu’au-dessous de lui les rochers cruels, ou la mer mugissante et traîtresse, attendent impatiemment qu’il tombe pour le tuer. Mais toi, bien-aimé, si aujourd’hui tu t’attaches à lui par une confiance aveugle et simple, aucun destin cruel ne te guette, car les puissantes mains qui te saisissent ont été percées pour toi ; le côté sur lequel te pressent ses embrassements pleins d’amour a été déchiré pour toi ; le coeur que ton obéissance fait bondir de joie, un jour s’est brisé pour toi. Oui, le Christ qui te supplie est le Christ de l’amour, et il désire te remplir de sa propre plénitude d’amour. C’est pourquoi ne le crains point, mais, abrité dans le secret de son coeur, combats le bon combat, endure les souffrances de la croix, ne t’arrête pas avant d’avoir sincèrement déposé ta vie à ses pieds ; et certainement « Il t’accordera le désir de ton coeur. »

La Confiance et l’obéissance à Dieu.

Une seule attitude convient à la vie consacrée pour connaître la plénitude de Dieu : celle de la confiance et de l’obéissance.

Nous avons à peine besoin de nous arrêter ici sur la nécessité de l’obéissance ; nous dirons simplement qu’elle est l’essence même de la consécration, qui n’est autre chose que l’abandon absolu de nos volontés en faveur de la volonté d’un autre, à savoir de notre Seigneur et Maître. Comme toute la catastrophe de la chute se résume dans l’accomplissement de notre volonté propre, toute la bénédiction de la vie nouvelle est comprise dans ces mots : « Me voici, ô Dieu, pour faire ta volonté. »

Dans la consécration est inclue l’obéissance ; dans l’obéissance est inclue la consécration. Cette consécration, qui est un acte suprême d’obéissance, marque et indique un commencement d’habitude, une vie d’obéissance au Saint-Esprit, à qui nous nous sommes livrés. L’obéissance est tellement impliquée dans l’idée même de consécration que nous n’y insisterons pas davantage dans les brèves limites qui nous sont assignées, et présenterons maintenant quelques pensées sur la notion qui va de pair avec elle, celle de la confiance.

1. Ayez confiance qu’il habite en vous.

Il y a, nous l’avons vu, tel enseignement erroné qui essaie d’expliquer notre impuissance et notre stérilité spirituelle en affirmant que nous n’avons pas reçu le don du Saint-Esprit, qu’il nous faut avant tout attendre la promesse du Consolateur, et que quand il entrera en nous, il fera disparaître notre faiblesse. Nous avons essayé de montrer simplement que cela est contraire à l’Écriture, et une source de confusion et d’erreur ; que le croyant ne consacre pas sa vie pour que l’Esprit entre en lui, mais parce qu’il est entré ; que l’entrée du Saint-Esprit n’est pas le point culminant, mais le point de départ de la vie du croyant ; que son habitation en nous n’est pas la clef de voûte, mais le fondement même de l’édifice entier de notre vie intérieure et de notre service extérieur. Pourtant, nous sommes si habitués aux anciennes idées sur ce sujet que la première chose que nous faisons, après avoir livré et consacré à Jésus notre vie, c’est d’examiner s’il entre en nous, c’est d’attendre sa promesse, c’est de compter qu’il viendra. Eh bien, c’est par opposition à toute cette manière de faire que nous pressons l’enfant de Dieu d’avoir confiance que le Saint-Esprit habite en lui. Ne l’attendez pas, cet événement, croyez-y ; n’y comptez pas, acceptez le ; ne le cherchez pas, reconnaissez-le ; il s’agit non de s’édifier dans ce but, mais de s’édifier sur cette base solide.

« Quoi ! direz-vous, je dois accepter comme un fait antérieur à ma pleine consécration la présence de l’Esprit en moi, sans qu’il y entre par la suite d’une manière sensible, sans qu’aucune expérience frappante ou émouvante me prouve qu’il accepte ma vie consacrée ! »

Précisément. Acceptez le fait que l’Esprit habite en vous, exactement comme vous avez accepté le fait de la rémission de vos péchés quand vous avez cru en Jésus-Christ, vous en avez une preuve mille fois plus certaine et rassurante que vos sentiments si mobiles, c’est l’éternelle, l’immuable Parole de Dieu.

La Parole est claire. Dieu vous demande une seule chose, à savoir que vous vous examiniez vous-même pour voir si vous êtes dans la foi, c’est-à-dire croyant (2 Cor. XIII, 5). Si oui, il vous affirme qu’il demeure en vous ; il répète que votre corps est le temple du Saint-Esprit, qui est en vous, que vous avez reçu de Dieu, qui habite en vous pour toujours (I Cor. III, 16).

Il ne vous demande pas d’inspecter vos émotions, mais de vous en tenir à sa Parole. Il ne vous demande pas d’attendre un sentiment, mais de vous appuyer sur un fait, acceptant sa simple parole comme la preuve du fait.

Alors, indépendamment de toute conscience de son habitation, comme vous croyez à sa présence en vous, que vous l’acceptez, la reconnaisse, et agissez d’après elle, vous trouvez bientôt que c’est un fait glorieux. Un bon vieux chrétien de couleur, a qui on demandait comment il avait eu conscience de l’habitation de l’Esprit dans son coeur répondit : « Croyez précisément qu’il y est, et il y est. » Ainsi mes bien-aimés, ayez confiance qu’il demeure en vous. Ne liiez pas cela, ne l’attendez pis, mais croyez-le et acceptez-le. Comme le bon vieux frère Lawrence, « pratiquez la présence de Dieu » et bientôt vous l’expérimenterez. « Agissez comme si j’étais en vous et vous reconnaîtrez que je suis en vous. » Vous vous aiderez beaucoup à avoir confiance qu’il habite en vous, si seulement vous saisissez une vérité importante qui trouve ici sa place ; la voici :

Il faut distinguer entre l’habitation du Saint-Esprit en nous, et la manifestation du Saint-Esprit dans sa plénitude. Par « habitation », nous voulons dire sa présence en nous – par « manifestation », le sentiment conscient de sa présence. Or, l’habitation du Saint-Esprit en nous dépend de notre union avec Christ, par la foi, comme nous l’avons vu. Mais la manifestation du Saint-Esprit dépend de notre obéissance à ses commandements (Jean XIV, 21).

Ainsi donc, l’habitation du Saint-Esprit en nous dépend d’un acte que nous avons à accomplir, sa manifestation dépend d’un état dans lequel il nous faut rester. Pour obtenir la première, il faut s’unir à Christ, pour la seconde, il faut vivre en communion avec lui, par l’obéissance. La première est opérée par Dieu et devient un fait permanent dans la vie du croyant, indépendamment du sentiment ou de la conscience qu’il en a.

La chose est sûre : « C’est par Dieu que vous êtes en Christ Jésus ( I Cor. I, 30). » C’est Dieu qui vous a uni, enfant de Dieu, à Jésus-Christ, et uni pour toujours. Lors de cette union, le Saint-Esprit est entré en vous, et y est venu pour y habiter éternellement (Jean XIV, 16). L’habitation du Saint-Esprit en vous pour toujours est aussi bien un fait que le pardon de vos péchés par Jésus, pour toujours. Si vous êtes un enfant de Dieu, l’Esprit demeure en vous ; si vous êtes un enfant obéissant, l’Esprit se manifestera en vous.

Votre naissance n’a pas dépendu de vous ; vous êtes né de Dieu ; mais votre marche dépend de vous, et avec elle la manifestation de l’Esprit. Habitation devrait être associée avec adoption ; manifestation avec obéissance et communion.

Ainsi donc, l’adoption est un don de Dieu irrévocable, de même que l’habitation de l’Esprit en nous. Mais l’obéissance et la communion étant en grande partie entre nos mains, sont variables, et il en est de même par conséquent de la manifestation ; c’est l’une des erreurs les plus mortelles dans lesquelles nous tombons, que de faire de la manifestation le témoin de l’habitation au lieu d’en faire le témoin de notre obéissance envers celui qui déjà habite en nous, et de notre communion avec lui. Ne doutez jamais de l’habitation de l’Esprit en vous quand vous ne sentez pas sa présence, pas plus que vous ne doutez de la mort de Jésus pour vous quoique vous ne sentiez pas cette mort.

Si nous ne sommes sauvés qu’autant que nous sentons qu’il y habite, malheur à nous ! car alors l’Esprit cesserait de demeurer en nous et nous serions des hommes et des femmes perdus, chaque fois que nous broncherions et désobéirions dans notre marche avec Dieu ! Quelle erreur effrayante et désastreuse. Si, au contraire, nous croyons que l’habitation du Saint-Esprit en nous dépend d’un fait immuable – notre union éternelle avec Christ par la foi, – mais que le sentiment de cette habitation dépend d’un état variable, – c’est-à-dire de la fidélité de notre marche avec Dieu ; – alors tout affaiblissement spirituel, au lieu de nous faire douter de la présence de l’Esprit en nous, nous portera à rechercher la cause qui nous a fait perdre le radieux éclat de cette glorieuse présence.
Vous voyez par là qu’un second objet est proposé à votre confiance.

2. Ayez la confiance qu’il se manifestera.

Ne dictez pas au Saint-Esprit quelle sorte de sentiment de sa plénitude vous désirez. N’insistez pas sur une vague soudaine d’émotions débordantes. Ne vous arrêtez pas à l’expérience lue ou entendue d’une autre personne, en attendant que Dieu la répète en vous. Remettez-vous à lui pour tout cela.

Nous sommes enclins, lors de la conversion comme lors de la consécration, à venir au Seigneur avec une idée préconçue du genre exact d’expérience que nous allons avoir. Ne sommes-nous pas presque invariablement désappointés ? Pourquoi ? Parce que Dieu sait beaucoup mieux que nous comment il doit nous faire sentir à chacun sa grâce. Est-ce que notre consécration, pour faire et accepter sa volonté au lieu de la nôtre, n’implique pas une tendre soumission envers lui au sujet de la manifestation comme pour tout autre sujet, et la douce acceptation de la mesure exacte de plénitude qu’il juge la meilleure pour nous ? Paul avait des manifestations si étonnantes des réalités spirituelles, qu’il avait besoin d’une écharde dans la chair, « de peur de trop s’enorgueillir ». Cela nous montre que le Seigneur sait exactement quelle forme et quel degré de plénitude donner à chacun pour nous garder de l’orgueil spirituel ou de l’exaltation. Que la manifestation soit soudaine ou graduelle, calme ou triomphante ; que ce soit une grande paix ou une grande puissance, peu importe.

Ce qui importe, c’est que nous remplissions les conditions de la promesse, et Dieu de son côté prendra soin d’accomplir cette promesse. Quiconque s’attache à la croix de Christ dans une pleine et entière consécration, s’en remettant à Dieu pour tout ce qui concerne son expérience de la plénitude, atteindra plus tôt et plus abondamment la bénédiction que celui qui, ignorant les conditions prescrites à un disciple fidèle, perd son temps à attendre des langues de feu et le bruit d’un vent impétueux et violent.

Rien n’est plus nuisible que d’être constamment à examiner sa vie intérieure pour voir si Dieu accomplit sa promesse dans notre expérience. C’est ressembler à l’enfant qui déterre à chaque instant la semence pour voir si elle a germé. La question de l’expérience de la plénitude de l’Esprit appartient au Seigneur. C’est l’oeuvre de sa seule grâce. Il a fait cette promesse : « Je me manifesterai ; c’est ma part de l’affaire ; laissez-la-moi. »

Notre préoccupation suprême doit être de remplir les conditions qui nous sont assignées et grâce auxquelles la bénédiction de Dieu vient, puis d’avoir confiance que Dieu fait sa part. Moins nous sommes anxieux au sujet de la manifestation de sa plénitude, plus tôt elle se produit. Une foi parfaite en Dieu, nous l’avons vu, c’est la condition essentielle. Mais dans l’examen de chaque impulsion de nos sentiments, n’y a-t-il pas une subtile incrédulité, la crainte que, peut-être, Dieu ne sera pas fidèle alors que nous nous le sommes ? Au fond, ne sommes-nous pas plus soucieux de la bénédiction, de la joie, du sentiment de la plénitude de l’Esprit, qu’avides, désireux, empressés de livrer notre vie à notre Sauveur, même si aucun sentiment n’en devait résulter ? Ainsi donc, bien-aimés, que votre consécration soit honnête, complète ; occupez-vous de cela seul, et laissez tout le reste à Dieu.

3. Conservez à l’Esprit votre confiance pendant qu’il opère en vous.

C’est le point qui réclame la foi la plus simple et la plus résolue. Considérez tout d’abord que vous avez été absolument incapable de façonner, de modeler, de purifier vous-même la vie que vous venez d’abandonner entre ses mains. De combien d’erreurs et de chutes elle a été remplie. Comme elle a été loin de votre propre idéal humain, sans parler de l’idéal de Dieu ! Combien pécheresse, faible et inconstante ! Tant que par vos efforts vous avez essayé, peiné et lutté pour la développer, la tâche vous a paru colossale et le résultat désespérant ! « Car ce n’est pas contre la chair et le sang que vous avez à combattre, mais contre les dominations, contre les puissances, contre les princes de ce monde de ténèbres », contre ceux qui sourient avec mépris de vos efforts.

Vous ne connaissez pas la force du mal ; vous ne connaissez pas le pouvoir de la vie du moi ; vous ne connaissez pas la puissance avec laquelle Dieu tient tête à l’un et à l’autre. Sans Dieu vous ignoreriez l’armure dont vous avez besoin, l’épée à manier, les luttes à livrer, la crise qui vous attend, comment le vieil homme sera dépouillé et le nouvel homme revêtu, quel lot vous est assigné et quel champ d’activité Dieu vous prépare. Quand vous calculez combien il est désespérant pour vous, mortels, d’avoir à mouler, à façonner une vie immortelle dont l’utilité, la portée et la destinée atteignent par leurs conséquences les mystérieuses profondeurs de l’éternité, ne comprenez-vous pas la folie d’essayer d’être maître de cette vie et de la diriger, au lieu de la remettre au Saint-Esprit qui en est l’auteur ? Pouvez-vous faire autre chose que de la lui confier pleinement et absolument, vous qui êtes si incapable, et ne pouvez en aucun cas réussir à la former, soit pour son rôle terrestre, soit pour son rôle éternel ?

Par contre, vous pouvez vous confier simplement et absolument à l’Esprit pour inspirer la vie que vous lui avez abandonnée. N’est-ce pas lui qui vous a créé ? Ne vous connaît-il pas comme le Dieu qui sonde tout peut seul vous connaître ? N’est-il pas instruit de vos péchés et de vos faiblesses, de votre sensualité, de vos échecs, de vos capacités et talents, du passé que vous regrettez, du présent qui vous mécontente et de l’avenir inconnu et éternel ? Ne sait-il pas exactement quand vous avez besoin d’être châtié, quand vous avez besoin d’être repris ? quand il faut vous faire sentir le poids de la croix, ou vous fortifier du rayonnement de sa propre joie ? quand employer le bistouri, et quand verser le baume adoucissant ? comment mouler et façonner, ciseler et tailler, entraver ou fortifier, piler, marteler ou polir, jusqu’à ce que la statue soit ce qu’il veut – l’image du Fils ? Ainsi donc, confiance en lui Quand il vous conduit dans ses sentiers épineux quand il vous met en présence d’un avenir sombre et menaçant ; quand il vous enferme dans ses difficultés pénibles et mystérieuses dans toutes ces circonstances, tenez-vous tranquilles ; dites-vous : « C’est Dieu qui opère », et FIEZ-VOUS à lui. Car l’Esprit doit nécessairement travailler en vous avant de travailler par vous. Il faut qu’il affine l’or avant de l’employer comme une monnaie de bon aloi – le choix de sa frappe. Et si vous ne restez pas sous sa main quand même il opère douloureusement, comment pourra-t-il rendre votre vie plus profonde, plus large, plus riche, selon ses desseins

Peu importe si ses procédés sont étranges, mystérieux, déconcertants même, si sa façon d’opérer n’est pas celle que vous aimeriez, s’il ne vous fait pas faire les expériences que vous attendiez. Il se peut en effet que vous n’y compreniez rien, mais Lui comprend, « car c’est Dieu qui opère en vous ? » Vous ne voudriez pas vous soustraire à ses mains, même si vous le pouviez, n’est-il pas vrai ? Maintenez-lui donc votre confiance pendant tout son travail intérieur.

4. Enfin, ayez confiance en lui pour qu’il travaille par vous.

Travailler pour Dieu est une chose, Dieu travaillant par nous en est une autre. Nous sommes souvent avides de la première, mais Dieu l’est toujours de la seconde. L’un des résultats les plus importants de la vie d’abandon, c’est que cette attitude permet à Dieu d’accomplir par nous sa parfaite volonté. Car c’est Dieu qui est à l’oeuvre dans l’évangélisation du monde ; c’est Dieu qui en a formé les plans, c’est Dieu qui a la puissance de les exécuter successivement. Le Dieu qui gouverne l’univers n’a pas besoin que nous nous tracassions pour lui. Tout en appréciant nos bonnes intentions, il peut trouver qu’elles contrecarrent les siennes. Il demande, non pas nos plans, mais nos vies, pour exécuter ses plans par notre moyen.

Voilà ce que Dieu fera certainement de toute vie qui lui est consacrée, si nous voulons simplement croire qu’il le fait, et le suivre. Sa Parole est claire à ce sujet. « Car nous avons été créés en Jésus-Christ pour les bonnes oeuvres, que Dieu a préparées d’avance, afin que nous y marchions (Eph. II, 10). » Dieu a établi en Jésus-Christ un plan de bonnes oeuvres et sitôt qu’un membre du corps de Christ se livre complètement à lui pour accomplir les oeuvres… qu’il a ordonnées, il assigne ou révèle à ce membre les oeuvres spéciales dans lesquelles il aura à marcher. C’est une promesse évidente de direction, non seulement pour la vie pratique, mais pour les oeuvres que Dieu a préparées pour chacun de ses enfants dès « avant la fondation du monde ».
Est-ce difficile à croire pour vous, bien-aimé ? Ce Dieu aurait un but pour chaque goutte de rosée qui brille au soleil du matin, pour chaque brin d’herbe qui s’élance de terre, pour toute fleur qui éclôt sur la montagne ou dans la plaine, et il n’aurait aucun plan pour la vie des hommes et des femmes en faveur de qui toutes ces choses sont créées ? C’est bien cela qui serait au plus haut point incroyable ! Et si vous répondez que des myriades de vies de ses enfants semblent flotter à la dérive sur le cours d’une existence sans but, – c’est vrai, hélas ! Mais Dieu ne peut pas révéler sa volonté à un moi qui n’a pas disparu ; ni ses plans à un moi rempli de ses propres plans. Ces plans et ces vies du moi voilent l’oeil spirituel par lequel nous pourrions voir les plans de Dieu et la volonté de Dieu. Mais quand vous livrez entièrement votre vie à Dieu, il enlève ce voile, et tôt ou tard, il vous montre ce que vous avez à faire.

Voilà la vérité, quelque obscure que soit actuellement votre route, quelque pénible et compliquée que soit votre situation présente. Vous pouvez avoir à attendre ; soyez patients. Dieu vous dégagera assurément de toutes vos entraves et accomplira pour vous sa volonté bénie, si vous voulez vous confier et obéir à sa direction. Bien des âmes, autrefois si enveloppées qu’elles semblaient devoir désespérer de la liberté, servent aujourd’hui de témoins de Christ dans de sombres pays lointains.

Nous avons un ami qui, tôt après sa conversion, fut amené à comprendre le glorieux privilège d’une vie consacrée. C’était un homme d’affaires, lié à son comptoir, dans une situation qui semblait lui fermer l’accès à tout ministère. Lisant un jour un article édifiant dans un journal religieux, il demanda à l’auteur la permission de l’imprimer et de le répandre gratuitement. L’autorisation lui fut joyeusement accordée, et la petite brochure sortie de la presse à main de notre ami, alla porter la bénédiction à tous ceux qu’elle put atteindre. Des lettres de pécheurs convertis par son moyen, d’enfants de Dieu vivifié par cette lecture arrivaient des prisons du Wisconsin, des camps de bois du Michigan, de tous les bouts du pays et des champs missionnaires lointains. Deux ans plus tard, grâce à des offrandes volontaires, un million de traités avaient été expédiés et la Parole de Dieu répandue avec des résultats que seule, l’éternité révélera. Notre homme d’affaires est un des plus heureux serviteurs du Roi des rois, car il fait l’oeuvre même que Dieu lui destinait, et qu’il lui confia aussitôt que sa vie lui fut consacrée. C’est ainsi que Dieu fera sortir des ténèbres et de l’incertitude chacun de ses enfants, et les conduira dans la lumière et dans la joie d’un service préparé pour eux, remplis de sa puissance, et qui fera le bonheur de leur vie, s’ils consentent à se confier en celui qui opère en eux, et désire travailler puissamment par. eux.

Manifestation.

Nous avons constaté la présence, l’habitation du Saint-Esprit dans le coeur du croyant ; par manifestation, nous désignons sa présence consciente, la révélation intérieure de l’Esprit à notre esprit. Remarquez au sujet de cette manifestation.


1. Sa certitude.

Se produira-t-il une telle manifestation de la plénitude de l’Esprit quand nous lui consacrerons notre vie ? Serons-nous avertis d’un grand changement intérieur ? Y aura-t-il une transformation consciente, un nouvel éclat conscient de l’expérience chrétienne ? Voici notre réponse :

Est-ce que le fleuve indolent, stagnant, change d’état sensiblement quand les eaux de la mer se précipitent dans son embouchure et que l’élan et le choc des vagues le purifient ? Est-ce que le vieux château sombre et isolé sent l’air frais et doux envahir ses salles quand tout à coup on les ouvre au vent qui souffle ? Est-ce que les yeux sans regard, voilés par les ténèbres pendant des années, sont conscients de la brillante lumière du jour quand pour la première fois elle se présente à leur vue ravie ! De même il y a une manifestation consciente pour l’âme qui s’est donnée à Dieu complètement et pour toujours. Il y aura un changement, une réalisation de la présence du Saint-Esprit à un degré auparavant inconnu, le sentiment que la grande crise de la vie spirituelle s’est opérée.

Peu importe que cette manifestation fasse irruption en nous comme un éclat soudain du soleil qui jaillit à travers les nuages sombres, ou qu’elle s’insinue doucement comme la clarté lentement progressive mais sûre du crépuscule du matin. C’est assez de savoir qu’une telle manifestation se produit, que l’Esprit se révèle par une plénitude, une puissance et une bénédiction jusqu’alors ignorées. Ses supplications pour que nous lui consacrions notre être n’étaient point sans but ; notre consécration n’était pas une démarche vaine. Il accomplit sa promesse :

« Je me manifesterai comme je ne me manifeste pas au monde. » Dès lors, il y a une hauteur et une profondeur, une paix, une puissance, une joie et une bénédiction, une communion et une utilité, des prières et des actions de grâces, que le passé n’avait jamais réalisées.

L’âme qui se donne à Dieu pleinement est transformée au delà de ses plus avides espérances ; les bienfaits de la vie abondante s’accroissent en richesse et en plénitude de jour en jour ; Dieu fait « infiniment plus que nous ne pouvons demander et comprendre ». Nous sommes « fortifiés de sa puissance par son Esprit dans l’homme intérieur » ; remplis de toute la plénitude de Dieu, et de cette plénitude découlent service, témoignage et bénédiction pour tout notre entourage.


2. Son adaptation à chacun.

La manifestation variera selon les individus. Deux hommes, absorbés dans une conversation, se sont arrêtés sur une voie de chemin de fer, sans remarquer l’approche, d’un train qui fond rapidement sur eux. Soudain des mains amies les arrachent à la mort terrible qui les menaçait. Tous deux se relèvent pâles et défaits, se rendant compte qu’un même événement leur est arrivé, qu’ils ont été délivrés d’une mort cruelle. Remarquez comme ils sont affectés différemment – l’un a les yeux remplis de larmes, sa voix tremble d’émotion contenue, son coeur s’élève à Dieu dans une profonde gratitude ; l’autre est tout transporté par son émotion, il saute de joie, il embrasse ses sauveurs et raconte avec exaltation sa délivrance à tous ceux qu’il rencontre. Le même bienfait a été accordé à chacun d’eux, mais l’expérience qu’ils en ont se manifeste diversement, parce que leur tempérament est différent. Il en est de même ici.


Deux enfants de Dieu lui consacrent leur vie dans un abandon complet. En réponse, le même événement leur survient – une plénitude de l’Esprit inconnue auparavant et qui leur semblait impossible. Mais la manifestation de cette plénitude ne sera pas la même ; elle variera nécessairement avec le tempérament de chacun. Car Dieu ne donne pas seulement la plénitude, mais c’est lui aussi qui a créé les vases destinés à cette plénitude et il les a créés différents. La coupe, le vase et le gobelet d’or sont tous remplis, mais l’eau y prend la forme du récipient. La lumière qui provient d’un même fil électrique est partout la même, mais elle se teinte diversement d’après la couleur des globes où elle brille. Paul et Jean étaient des hommes puissamment remplis du Saint-Esprit ; mais la manifestation de cette plénitude a été modifiée d’une manière frappante par leur tempérament individuel. Paul est triomphant, bouillant, véhément. Il éclate à chaque instant en cris de victoire, de louange et de joie. Son coeur brûle d’amour pour Christ avec une intensité qui semble devoir le consumer. La vie semble trop courte à son âme avide pour tout le dévouement, le zèle et l’enthousiasme dont le Saint-Esprit avait gravé l’idéal dans l’Église primitive. Paul était assurément rempli du Saint-Esprit, et des milliers de martyrs et de héros missionnaires, doués de la même intensité d’émotion et inspirés par la vision de cette vie pleine de l’Esprit, l’ont imitée, l’ont illustrée de leur exemple par une vie de sacrifice pour le Maître.


Pourtant, quiconque. s’imaginerait ne pas être rempli du Saint-Esprit parce qu’il ne jouirait pas d’une manifestation en tous points semblable serait fort loin de la vérité.


Examinons le cas de Jean.

Personne plus que lui était près du coeur de Jésus. Il s’appuyait sur son sein, il interprétait les secrets les plus intimes de son âme. Ses écrits, pénétrés de l’Esprit même de Christ, nous transportent jusque dans le sanctuaire où le Dieu saint est présent. Calme, contemplative, son âme ne semble pas éclater en cris de triomphe comme celle de Paul, mais elle est ravie, absorbée, perdue dans la vision du Christ. Néanmoins Jean, le disciple bien-aimé, le confident du Christ était rempli du Saint-Esprit aussi parfaitement que Paul, le grand apôtre des Gentils. Dans cette marche calme et sainte de Jean avec Dieu, nous avons un type de manifestation de l’Esprit qui s’est reproduit dans des milliers de vies, dont la communion constante, le ministère de supplications, le service tranquille sont précieux aux yeux du Seigneur et portent la marque assurée de la plénitude. Les Jean, les Rutherford, les Bengel du peuple de Dieu sont aussi certainement remplis de l’Esprit que les Paul, les Tudson et les Paton. Quand donc nous avons consacré notre vie, soyons reconnaissants envers Dieu de la manifestation particulière qu’il pourra nous accorder.

En convoitant le genre d’expérience d’un autre, sous prétexte qu’il correspond mieux à nos propres idées sur ce que devrait être la manifestation de la plénitude de l’Esprit, prenons garde de déprécier et de déshonorer ce que Dieu nous a accordé. S’il nous accorde des visions extraordinaires, s’il nous remplit d’extases célestes, s’il nous ravit jusqu’au troisième ciel – c’est bien. Mais s’il nous donne en partage une expérience plus calme ; s’il répand en nous l’esprit de supplication ; s’il nous remplit d’une paix aussi profonde que la joie des autres est exaltée ; s’il nous oint de puissance dans la prière plutôt que de puissance dans la chaire, – cela aussi est bien. Car il sait ce qu’il fait, et « l’Esprit distribue ses dons à chacun comme il lui plaît ».


3. Son accompagnement, la souffrance.

Dans I Pierre IV, 1-2, cette vérité est établie : « Puis donc que Christ a souffert dans la chair ;
faites vous une arme de cette pensée-là ; car celui qui a souffert dans sa chair en a fini avec le péché, et ne doit plus, pendant le temps qui lui reste ici-bas, vivre selon les passions des hommes, mais selon la volonté de Dieu. » La chair – la nature charnelle – qui en Christ était sans péché, est en nous pécheresse ; c’est la sphère où le péché agit, « le corps du péché ». Voilà pourquoi, si nous livrons entièrement notre vie à Dieu pour faire sa volonté, la vieille volonté propre, la vie de la chair, éprouvera le contact de la croix de Christ, car c’est lorsque nous la tenons pour crucifiée avec Christ, par la consécration et par la foi, que nous cessons de faire notre volonté propre, pour accomplir la volonté parfaite de Dieu. Cela présage de la souffrance, et la Parole nous dit clairement : « Armez-vous de cette pensée-là et attendez-vous à souffrir dans la chair, car pendant le temps qui vous reste ici-bas, vous devrez vivre « non selon les passions des hommes, mais selon la volonté de Dieu ». Or, telle est justement l’expérience que nous faisons en cherchant à connaître la plénitude de l’Esprit. Quand nous abandonnons notre vie à Dieu, au lieu de la grande manifestation de paix et de joie que nous espérions, nous sommes confus d’en trouver une autre totalement différente.
Nous voilà dans la lutte et dans l’agonie, nous éprouvons de féroces résistances et des souffrances aiguës ; de l’agitation, de l’incertitude, de la détresse. Au lieu de la lumière, ce sont les ténèbres ; au lieu de la paix, une cruelle inquiétude ; au lieu de la plénitude, un grand vide spirituel et la stérilité dans notre âme ; au lieu d’un progrès, un recul apparent.

Ce sentiment intérieur de souffrance intense, que nous ne pouvons ni définir, ni décrire, et qui nous jette dans, un trouble presque sans espoir, se prolonge longtemps. Cette expérience est absolument normale et il faut s’y attendre dans toute vie consacrée. « Vous êtes dans l’erreur, ne connaissant pas les Écritures. » Si nous les avions, connues, si nous nous les étions appliquées, nous nous serions fait « une arme de cette pensée », nous aurions attendu d’avance précisément cette expérience.


Que tout croyant qui passe par cette crise ne se laisse ni troubler ni décourager, car elle est la preuve certaine que Dieu va lui accorder la plénitude après laquelle son coeur soupire.

Le chemin de la chambre haute de la Pentecôte passe par le Calvaire ; Dieu n’a qu’un remède pour le moi et pour les péchés – la croix de Christ. L’homme qui s’écria : « Ce n’est plus moi qui vit, c’est Christ qui vit en moi, » venait de dire : « je suis crucifié avec Christ. » Mais cela fait souffrir d’être crucifié, même avec Christ ! De là viennent l’obscurité, la lutte, la souffrance et l’agonie. Mais « ne crains point, crois seulement, » « si nous sommes étroitement unis à lui par une mort semblable à la sienne, nous le serons aussi par une même résurrection », et il en résulte le repos de Dieu, sa paix et sa puissance.


4. Son moment – celui de la consécration.

Comme nous l’avons établi, il ne faut pas, au moment où nous nous livrons à Dieu, commencer par sonder notre expérience intime pour voir s’il a rempli sa promesse de se manifester.

Le moment où nous déclarons nous consacrer n’est pas toujours celui où nous nous consacrons réellement à Dieu, car il peut y avoir quelque chose dans notre vie que nous négligeons consciemment de consacrer, et qui empêche la manifestation de l’Esprit au moment de la consécration apparente. Cependant, en jetant un regard en arrière, nous voyons clairement cette vérité générale que l’expérience de la plénitude de l’Esprit a été la réponse de Dieu à notre consécration, et nous lions ensemble ces deux faits d’une manière précise dans les annales de notre vie spirituelle. Ceci achève d’éclairer la controverse sur la question de savoir si la manifestation de la plénitude de Christ est, ou n’est pas, une expérience postérieure à la conversion, une soi-disant « seconde bénédiction ».


Si, comme nous l’avons vu, l’expérience de la plénitude de l’Esprit est liée en fait, et dans l’ordre du temps, avec la consécration de notre vie à Dieu, alors la seule question est celle-ci : « Quand nous sommes-nous consacrés ? » Si, à la conversion, nous n’avons pas seulement mis en Christ notre confiance pour être sauvés, mais encore nous lui avons abandonné notre vie par une pleine consécration, alors, non seulement nous avons reçu l’Esprit, mais encore nous avons connu sa plénitude. Mais si un intervalle plus ou moins long sépare notre salut de notre consécration à Dieu, alors la plénitude de l’Esprit doit être une expérience postérieure à la conversion. Logiquement, un tel intervalle est toujours nécessaire ; pratiquement, il peut être si court que les deux expériences soient presque simultanées ; généralement, l’intervalle existe, long, pénible et inutile, dans lequel l’âme cherche à tâtons l’inconnu, ou résiste au connu, à la vérité.


Logiquement, un intervalle est nécessaire, car l’appel à la consécration suppose le salut. « Je vous supplie, frères, par les compassions de Dieu (Rom. XII, 1). » C’est l’amour qui naît dans nos coeurs parce que Christ nous a sauvés, qui nous porte à lui consacrer notre vie. La vie consacrée est la réponse des rachetés au Rédempteur et ce n’est pas avant d’avoir expérimenté l’amour de Celui qui les a aimés le premier, que leur coeur peut être enflammé de l’amour qui les porte à la consécration. La conversion doit donc nécessairement précéder la consécration.


Pratiquement, l’intervalle peut être si court qu’on le remarque à peine. Le même torrent de grâce qui porte une âme dans le royaume de Dieu la remplit en même temps d’une reconnaissance si grande qu’elle ne peut attendre un instant pour consacrer sa vie. Heureuse cette âme-là. Paul semblait à peine sauvé que déjà, dans l’attitude de la consécration, il s’écriait : « Seigneur, que veux-tu que je fasse ? » Charles-G. Finney, après avoir trouvé Christ, raconte qu’en sortant des profondeurs de la forêt, et en se rendant à son bureau d’avocat, il se surprenait à répéter à haute voix : « Il faut que je prêche l’Évangile. » Presque inconsciemment il avait, à l’heure même de sa conversion, consacré sa vie à Dieu, et la vision de ses clients, de ses dossiers et de ses ambitions professionnelles s’était évanouie devant la vision de Celui qui était mort pour lui. Il en résulta pour lui, tandis qu’il était seul la nuit suivante dans son bureau, une manifestation si glorieuse de la plénitude de Dieu que bien peu d’âmes en ont reçu une pareille depuis les temps de la primitive église et qu’on ne peut en lire le récit sans éprouver une sainte et divine émotion.


Habituellement, il y a un intervalle considérable entre la conversion et l’entière consécration à Dieu. Mais cet intervalle est inutile et douloureux. Il ne répond pas aux désirs et aux plans de Dieu, mais vient de ce que nous ignorons cette grande, vérité fondamentale, ou de ce que, la connaissant, nous résistons avec persistance à l’appel de Christ. Enfin, après des années de ténèbres et de désobéissance, nous cédons, et entrons en possession d’un ciel de paix que nous aurions pu tout aussi bien nous approprier plus tôt, au lieu de rester si longtemps dehors, ballottés sur une mer furieuse.

5. Son progrès. La manifestation de la plénitude de l’Esprit peut être progressive.

 Non pas que la volonté de se consacrer doive passer par des phases successives, car c’est un acte déterminé, accompli une fois pour toutes, et parfaitement agréable à Dieu comme tel. Cependant peu de croyants comprennent de suite la portée d’une complète consécration à Dieu ; les conséquences pratiques d’un tel acte ne leur apparaissent et ne passent dans leur vie que peu à peu, et à ce perfectionnement correspond un progrès dans la manifestation, progrès, plus marqué dans certaines vies que dans d’autres. Quelques âmes abandonnent leur vie à Dieu en un moment par une consécration complète, absolue, intense, qui essoufflerait les âmes timides et plus lentes, et Dieu leur répond d’une manière aussi immédiate, par le sceau de la plénitude manifestée. D’autres cèdent lentement et par degrés, et leur expérience prend une forme également, graduelle et progressive.

Voici qui, peut-être, servira d’illustration :

Vous possédez une grande propriété foncière. Après mûre délibération, vous vous décidez à la vendre, vous la vendez de bonne foi, et vous n’avez plus qu’à signer l’acte. Mais avant la signature, vous découvrez avec surprise un magnifique cours d’eau dont vous ignoriez l’existence, et qui rehausse la valeur de votre domaine. Ce n’est qu’au prix d’un combat pénible que vous le donnez avec le reste du terrain, car il vous était inconnu quand vous avez consenti au marché. Mais vous êtes un honnête homme, et finalement vous cédez, car vous avez vendu le fonds « avec toutes ses dépendances. » Bientôt après, vous découvrez des gisements de charbon sous le même sol et constatez qu’on pourrait y établir une mine extrêmement productive. Mais il est trop tard, et après une lutte prolongée, vous décidez que la mine de charbon s’en ira aussi, car la vente a été conclue d’une manière absolue et sans réserve. Puis, quand arrive le jour de la signature, vous découvrez des traces d’or au fond de la rivière et vous êtes bientôt étonné d’apprendre que la propriété qui vous échappe est une des plus riches régions aurifères du continent. Alors se produit une lutte épouvantable ; c’est la suprême épreuve. Vous essayez de vous persuader que les mines d’or n’étaient pas comprises dans la vente ; que le prix demandé est misérablement dérisoire ; que l’honneur ne vous oblige pas à signer le marché. Pourtant dans votre coeur vous savez que la vente a été sans réserve, qu’elle comprenait tout, même l’air au-dessus et le sol au-dessous ; et la conscience que Dieu vous a donnée plaide sans relâche jusqu’à ce qu’enfin, après des efforts terribles, vous cédez, vous avancez la main, et vous scellez l’acte qui vous enlève toutes ces richesses.

Il en est de même dans beaucoup de vies.

Vous vous livrez à Dieu absolument et sans réserve, et ce fait, qui lui est agréable, apporte à votre âme une bénédiction manifeste. Mais au début, vous ne connaissez pas toute l’étendue et toute la portée d’une telle consécration et si vous les connaissiez, vous reculeriez peut-être de frayeur. Notre Seigneur y pourvoit avec compassion et tendresse ! Heureux que notre volonté lui soit consacrée, il nous révèle bientôt quelque idole que nous chérissons, et nous montre qu’elle est comprise dans la consécration que nous lui avons faite pour ainsi dire en blanc. Peut-être que nous luttons et résistons, mais notre acte de consécration était honnête et sincère, et nous finissons par céder. Pas à pas il nous conduit, nous montrant, aussi rapidement que nous pouvons le supporter, comment cet acte de consécration englobe tout ce qui nous est cher. Quand ces différentes expériences ont augmenté notre foi en son amour, il nous amène face à face avec notre mine d’or, notre Isaac, quelque trésor de volonté propre, d’amour-propre, ou d’orgueil pour la conservation duquel nous donnerions tout ce qui nous reste dans la vie et notre vie même. Mais, l’acte a été passé ; il est sans réserve ; il faut tout lâcher. Et de ce combat résulte le perfectionnement de la consécration qui apporte dans notre coeur la plénitude tant désirée de la manifestation.

Réjouissons-nous qu’il y ait des âmes intrépides qui s’écrient : « Seigneur, que ta volonté soit faite », auxquelles il répond par une révélation de toute l’étendue et de toute la portée. de la consécration, et dont la soumission instantanée et entière obtient la manifestation immédiate de sa plénitude. Mais il est doux de le voir conduire avec amour et patience les âmes plus timides et hésitantes jusqu’au haut de l’échelle de la vie consacrée, jusqu’à ce que pas à pas elles atteignent aussi à ces hauteurs sublimes que d’autres conquièrent d’un seul bond.