La manifestation constante de l’Esprit

Puisque la manifestation de l’Esprit est pour celui qui fait la volonté de Dieu, la manifestation PERMANENTE de l’Esprit est seulement pour celui qui fait CONTINUELLEMENT la volonté de Dieu.

Jean XV, 4 – Demeurant en Christ.

« Demeurez en moi, et moi en vous. Comme le sarment ne saurait, de lui-même porter du fruit, s’il ne demeure attaché au cep, de même vous n’en pouvez porter, si vous ne demeurez en moi. (Jean XV, 4). »

(Jean XV, 5) « Celui qui demeure…. porte beaucoup de fruit. »
La manifestation perdue

Nous arrivons maintenant au dernier des trois secrets du Saint-Esprit. On en reconnaîtra l’importance par l’expérience caractéristique suivante qui n’est pas rare parmi lès chrétiens. Un enfant de Dieu, sous l’influence du Saint-Esprit, voit les droits de Dieu sur sa vie, et la dépose à ses pieds en sacrifice vivant. En retour de sa consécration, Dieu lui accorde une plénitude de puissance et de vie spirituelle qui dépasse ses plus chères espérances et dont son âme se réjouit. La présence de l’Esprit dans son cœur est si manifeste, qu’il lui semble avoir atteint un nouvel état de puissance spirituelle qui jamais ne s’affaiblira. Mais peu à peu un changement se produit. L’éclat paraît s’obscurcir ; la puissance commence à décliner ; la manifestation s’amoindrit. Il continue encore à « s’attribuer » une grâce perdue, à appeler sien ce qu’il ne possède plus, dans l’espoir de faire revenir la bénédiction. Puis il s’abat dans le désespoir, finit par ne parler de tout cela que comme d’une expérience disparue, d’une bénédiction dont il jouissait autrefois, mais qui s’est maintenant évanouie. Qu’est-il arrivé ? Ce n’est pas que l’Esprit ait cessé d’habiter dans ce croyant ; mais il a cessé de se manifester dans sa plénitude. Il n’est pas ici question de présence perdue, mais de manifestation perdue. Ce n’est pas celui qui bénit, c’est la bénédiction qui est partie.


La manifestation de la plénitude de l’Esprit a été ce qu’il fallait quant à sa nature et à son degré, mais non pas quant à sa permanence. La continuité lui a fait défaut : elle a disparu lentement comme la rougeur crépusculaire d’un coucher de soleil :
Et pourquoi ?

1. Jean XIV, 21, Manifestation permanente pour qui fait continuellement la volonté de Dieu 

Jean XIV, 21, Christ établit les conditions générales, de la manifestation de l’Esprit, lorsqu’il dit : « Celui qui a mes commandements et qui les garde …. je me manifesterai à lui. »
Parlant clairement ici de la manifestation de lui-même par l’Esprit, il déclare comme vérité universelle que la condition de cette manifestation, c’est de garder ses commandements, et il entend par là, non les commandements de la loi, mais ceux de la grâce, – la foi et l’amour, – qui sont l’accomplissement de la loi. En d’autres termes, Christ affirme simplement que la manifestation de Dieu est pour celui qui fait la volonté de Dieu.
Ainsi, quand l’homme était un pécheur, la volonté de Dieu à son égard comme à l’égard de tout perdu, était qu’il se repentît et crût au Seigneur Jésus-Christ pour le salut de son âme. Il le fit, et reçut, lors de sa conversion, l’Esprit, qui demeure en lui pour toujours, comme nous l’avons vu. Plus tard il reconnaît en lui une vie égoïste ennemie de la vie de Dieu, une vie du moi qui s’oppose à la volonté divine. La volonté de Dieu est qu’il abandonne cette vie du moi, et qu’il se livre complètement à Dieu. Cela aussi, il le fait, et immédiatement il reçoit, lors de sa consécration, une puissante manifestation de Dieu, par la plénitude de cet Esprit qui déjà demeurait en lui. À ces deux actes de soumission, Dieu a répondu en se manifestant au croyant comme il l’avait promis.
Au lieu d’en rester là, réclamant cette bénédiction et essayant de vivre sur cette expérience, le croyant aurait dû se hâter de saisir la vérité suivante : Puisque la manifestation de l’Esprit est pour celui qui fait la volonté de Dieu, la manifestation PERMANENTE de l’Esprit est seulement pour celui qui fait CONTINUELLEMENT la volonté de Dieu. La permanence de la manifestation ne peut venir que d’une soumission continuelle, d’une vie journalière conforme à la volonté de Dieu.


Ainsi la consécration de la vie n’est qu’un commencement. Il faut que cet acte de consécration s’incarne dans une vie de consécration, pour que la bénédiction première devienne une bénédiction continue. La consécration est le point de départ, plutôt que le point d’arrivée à la plénitude de l’Esprit. Ce n’est pas une étoile qui, une fois fixée, illumine notre vie de son rayonnement sans que nous prenions jamais soin d’elle ; c’est une porte d’entrée qu’il faut constamment tenir ouverte si nous voulons que la lumière pénètre chez nous continuellement. Voilà justement où a manqué le croyant qui déplore son « expérience perdue ». Il a connu le premier et le second secret du Saint-Esprit, mais non pas le troisième et dernier. Il a reçu le Saint-Esprit par son union avec Christ, il a été rempli du Saint-Esprit par sa consécration à Christ ; mais il ignore la constante manifestation de cet Esprit, en demeurant en Christ. Il a vu le point d’arrivée de l’expérience chrétienne dans la consécration, au lieu de le voir dans le fait de demeurer en Christ. Il a reçu « la plénitude » ; il a possédé « la seconde bénédiction » ; il a été « rendu parfait » ; et alors il a fait ce qu’il n’est permis de faire à nul mortel, il s’est arrêté, s’est reposé sur une expérience soi-disant acquise. Désirant retenir « la bénédiction » reçue, il lui manque la connaissance du secret final et suprême par lequel on la retient, le secret de demeurer en Christ. Il est égaré, déconcerté et désappointé parce qu’il n’a pas compris qu’un homme peut recevoir l’Esprit, et avoir à apprendre à marcher selon l’Esprit.


2.  Marcher selon la chair, annihile la manifestation de l’Esprit

 résulte de la double nature du croyant, déjà étudiée plus haut. Si, au moment où la vie nouvelle de l’Esprit remplit le croyant qui se consacre, l’ancienne vie de la chair disparaissait, il n’aurait nul besoin d’apprendre le secret de demeurer en Christ. Mais ce n’est pas le cas. Il est vrai que « le vieil homme a été crucifié. » Mais il est crucifié en Christ, et c’est seulement en demeurant en Christ que nous réalisons cette vie de crucifixion et de résurrection. La chair reste encore dans le croyant. Autrement, pourquoi est-il constamment exhorté à marcher selon l’Esprit, et à ne pas marcher selon la chair ? Il ne devrait pas marcher dans la chair, il n’est pas nécessaire qu’il y marche, mais le fait qu’il peut marcher dans la chair et que souvent il le fait, prouve que la chair est là.

Chaque fois qu’il cède à la chair et qu’il marche selon la chair, il annihile et arrête la manifestation de l’Esprit. Car Dieu ne peut pas se manifester au moyen de la chair. Les affections de la chair mènent à la mort et sont « inimitié – contre Dieu », elles ne peuvent se concilier avec l’Esprit. Dans la mesure donc où le croyant marche dans la chair, à chaque action accomplie sous l’influence de la chair, la manifestation de l’Esprit cesse. Si l’Esprit agissait autrement, il mettrait l’approbation de Dieu sur des actes inspirés par la chair qu’il hait et qu’il a condamné à mort. Ce serait non seulement laisser la chair « se glorifier en sa présence », mais ce serait lui donner la gloire même de cette présence. Ce serait apporter la gloire de la Schékinah dans le temple impur d’une idole païenne ; ce serait accorder à Dagon l’auréole divine, au lieu de le frapper des coups du jugement divin.

Même si un homme a été rempli de l’Esprit à sa consécration, Dieu ne peut mettre son sceau sur sa vie, si elle n’est pas conforme à sa volonté ; il ne peut continuer à travers une vie entière une manifestation de l’Esprit, qui ne serait due qu’à un acte passé d’obéissance.

Le croyant a besoin de voir ceci clairement. Il faut qu’il comprenne que la manifestation est pour quiconque fait la volonté de Dieu et que, chaque fois qu’il accomplit la volonté de la chair, cette manifestation doit se voiler. Il y a un sentiment conscient de condamnation et d’obscurcissement intérieur dans le coeur du croyant lorsqu’il cède à la chair, comme si un nuage passait entre lui et Dieu et troublait la lumière divine dans les profondeurs de son âme. C’est que la chair est précisément le voile qui se place entre l’âme et la présence consciente de Dieu chaque fois que le croyant marche en elle. C’est pour cela qu’il importe de dépouiller le vieil homme et de demeurer en Christ, ce qui d’après les solennelles déclarations de Paul est la vie bénie qui doit être atteinte. Une chute dans la vie de la chair ne coûtera pas le salut de l’âme, car il n’est pas question ici du salut mais de la communion avec Christ.

Le fils qui a cédé à un acte de désobéissance ne perd pas sa qualité de fils, mais il attriste son père et rompt l’entente du cercle de famille. Notre qualité de fils a autant de certitude que le sang de Christ et l’étreinte de la puissante main du Père peuvent lui en donner. Mais la communion avec Dieu est comme la surface d’un miroir délicat ; le souffle même de la vie de la chair y condensera assez de buée pour en voiler la présence radieuse. Comme il est donc insensé de faire fond sur une expérience passée de la manifestation de l’Esprit, alors que le premier pas fait sous l’inspiration de la chair cache cette manifestation. Et comme il est nécessaire d’apprendre au plus tôt ce dernier secret, celui de demeurer en Christ, afin de savoir comment ces « ruptures » de la communion deviennent de plus en plus rares, jusqu’à ce qu’enfin on marche selon l’Esprit, et que le but glorieux soit atteint où « la loi de l’esprit de vie qui est en Jésus-Christ nous affranchit de la loi du péché et de la mort. »

3. La Parabole du cep et des sarments

Aucun enseignement dans les pages de la Parole de Dieu ne nous révèle mieux les vérités du Saint-Esprit que la parabole du cep et des sarments. Elle n’est pas seulement d’une clarté et d’une simplicité merveilleuses, mais elle embrasse la totalité du triple secret du Saint-Esprit. Représentez-vous un sarment greffé sur le cep. Aussitôt que l’union est complète, le sarment reçoit la vie que le cep y fait entrer. De la même manière, le croyant reçoit le Saint-Esprit en s’unissant à Christ par la foi lors de sa conversion. Supposez quelque obstruction dans les vaisseaux du sarment qui arrête l’affluence de la sève, et qui, tout en permettant au sarment de recevoir cette sève, l’empêche d’en être rempli. Au moment où l’obstacle est enlevé, le sarment se remplit de la vie du cep. C’est l’image du croyant qui a bien reçu le Saint-Esprit, mais le manque de consécration de sa volonté et de sa vie empêche la plénitude de cette vie qu’il a reçue.

Aussitôt qu’il se donne entièrement à Dieu, il est rempli de l’Esprit déjà reçu. Mais trop souvent il y a des temps d’arrêt. Il s’efforce de vivre sur son expérience passée ; le sarment ne le peut et même ne l’essaye pas. Il ne suffit pas que le sarment ait reçu la sève à l’époque de la greffe ; ni qu’il en ait été rempli le jour où il s’y est entièrement livré. Mais chaque jour, à chaque heure de son existence, il faut qu’instant après instant il tire sa vie du cep qui le nourrit. Il faut qu’il tire de lui non seulement sa naissance et ses bourgeons, mais ses feuilles, ses fibres, son bois, ses fleurs et enfin ses fruits. Il demeure sur le cep. Il n’essaye pas de croître aujourd’hui sur la plénitude d’hier. Il n’essaye pas de tirer du cep un jour, et de ne rien tirer le lendemain. S’il agissait ainsi au jour de la vendange, il n’aurait aucun fruit. Il faut qu’il demeure sur le cep. L’application au croyant est évidente. Tel est le dernier secret qu’il doit apprendre. Car, dit Jésus « comme le sarment ne peut porter de fruit de lui-même s’il ne demeure attaché au cep, vous ne le pouvez non plus à moins de demeurer en moi. »

4. Celui qui garde ses commandements demeure en Dieu, et Dieu en lui

Et maintenant, qu’est-ce que demeurer en Christ. Que veut dire Christ, lorsqu’il se sert de ces mots pour décrire le dernier secret du Saint-Esprit ?

Comment demeurons-nous en lui, de façon à connaître la joie de sa promesse : « et moi en vous ? » Si, comme cela est certain, le point culminant de la vie chrétienne est ici atteint, quelle importance n’y a-t-il pas pour nous à ne pas nous contenter de notions vagues et générales, mais à savoir d’une manière claire et définie, ce qu’il faut entendre par cette expression. Des hommes ont écrit de magnifiques essais sur ce mot « demeurer », la poésie religieuse est remplie de descriptions à ce sujet ; de belles pensées ont été émises, mais tout cela a été vague, nuageux et mystique et n’a pas répondu à notre désir intense de savoir exactement ce que c’est que « demeurer », afin d’incarner pratiquement dans notre vie journalière cette vérité souverainement importante.

La difficulté vient de ce que nous cherchons les pensées des hommes au lieu des pensées de Dieu. Nous ignorons la plus grande règle d’étude de la Bible qui est celle-ci :

Lorsque nous trouvons un passage dont le sens nous est caché, demandons au Dieu qui a écrit le livre ce qu’il a voulu dire, au lieu de consulter l’homme. Pour cela, si quelque portion de la Parole est obscure, cherchons quelque autre portion de cette Parole qui éclaire la première. Notre manque d’égards pour la Parole de Dieu se montre à propos de l’expression que nous étudions.

Pendant que les hommes ont tâtonné, spiritualisé et théorisé sur cette vérité, la définition de Dieu lui-même, aussi claire, aussi simple et pratique que Dieu seul la donne, nous crevait les yeux. Nous la trouvons I Jean III, 24 : Celui qui garde ses commandements DEMEURE en Dieu, et Dieu en lui. Comme il est étrange que nous nous y soyons si longtemps trompés. C’est la même vérité simple que celle de la manifestation (Jean XIV, 21). Et pourquoi ? Parce qu’il est ici question non pas de salut, mais de communion. Il s’agit non pas de notre sécurité, mais de notre marche en Christ.

Ne pas croire en Christ, nous coûterait nos âmes, mais ne pas demeurer en lui après avoir cru, nous coûte notre communion consciente avec lui, et voile la manifestation de sa présence.

« Demeurer » exprime d’un seul mot les conditions de la manifestation. Car « si quelqu’un garde mes commandements, je me manifesterai à lui (Jean XIV, 21) » et « si quelqu’un garde mes commandements il demeure en moi (I Jean III, 24) » ; donc, c’est à quiconque demeure que je me manifeste. Tout ceci est logique.

DEMEURER consiste à observer CONTINUELLEMENT ses commandements, et en réponse à cela, il se manifeste dans une communion PERMANENTE avec ses enfants.

Mais quelqu’un dira : « Si demeurer en Christ dépend de l’observation de la multitude des commandements de sa Parole, je ne pourrai jamais y arriver, car je ne puis même pas me les rappeler tous, encore moins les garder ; ainsi donc je dois désespérer de jamais apprendre ce dernier secret du Saint-Esprit. » Vous n’y êtes pas, bien-aimé. Cherchez encore sa Parole (I Jean III, 23) : « Et voici son commandement, que nous CROYIONS au nom de son Fils Jésus-Christ, et que nous nous AIMIONS les uns les autres, comme il nous l’a ordonné. » Pour nous qui sommes sous la grâce, tous les commandements sont accomplis dans le grand double commandement de la FOI et de L’AMOUR, de la foi qui est agissante par l’amour.

Nous atteignons ici une vérité si importante, qu’elle mérite toute l’étude et toutes les prières dont nous sommes capables, et nous allons lui consacrer les deux derniers chapitres de cet opuscule.
Nous avons vu que Christ se manifeste par le Saint-Esprit à quiconque lui obéit, c’est-à-dire garde ses commandements.

Nous avons vu aussi que l’observation constante de ses commandements est ce qu’il appelle « demeurer en lui » et qu’elle amène non son entrée en nous, non sa présence, qui toutes deux sont déjà l’apanage du croyant, mais la révélation constante de lui-même par l’Esprit, ce après quoi languit tout coeur fidèle.

Nous avons encore vu que tous ces commandements, dont l’observation constitue l’acte permanent de « demeurer en lui » sont renfermés dans le double et grand commandement de la foi et de l’amour.

I Jean III, 23  Le rôle de la foi,

En conséquence, nous allons insister, ici, d’abord sur le rôle de la foi, C’est-à-dire sur la première moitié du grand commandement de I Jean III, 23, dont l’observation continue apporterait à nos coeurs leur plus impérieux désir, et constituerait ce « demeurer en lui » dont la conséquence est que lui aussi demeure en nous.

Quelle est donc cette foi qui forme une partie intégrante si considérable de l’acte permanent de demeurer ? Diffère-t-elle de la foi par laquelle nous sommes justifiés, par laquelle nous recevons le pardon des péchés et le don du Saint-Esprit ? Si oui, en quoi diffère-t-elle ? – Nous répondrons que l’essence de cette foi, comme l’essence de toute foi, c’est de regarder à Jésus. Elle diffère de la foi déjà connue, en ce sens qu’elle regarde CONSTAMMENT à Jésus pour qu’il manifeste constamment l’Esprit en elle, de la même manière qu’au début, elle regarda à lui pour obtenir le don de cet Esprit. Pour éclaircir cette pensée, il suffit de deux remarques :


1. Le croyant spirituellement mort doit nâitre de nouveau

« En moi, c’est-à-dire en ma chair, il n’y a rien de bon. » « Car vous êtes morts, et votre vie est cachée avec Christ en Dieu (Col. Ill, 3). » Ainsi, le croyant n’a aucune autre vie spirituelle en lui-même que celle de Jésus-Christ.

Il a la vie physique, la vie de l’âme, mais il n’a pas de vie divine en dehors de Jésus-Christ. Le simple fait de la nouvelle naissance en est une preuve absolue. Cet état intérieur de mort spirituelle est si désespéré qu’une nouvelle naissance est nécessaire. La vieille vie ne peut pas être réformée ni améliorée, ni utilisée en aucune façon par Dieu. Il n’y a aucun procédé, même de divine alchimie, par lequel le vil métal de « la chair » puisse être transformé en l’or fin de « l’Esprit ».

Le croyant doit naître de nouveau, naître de Dieu , naître d’En Haut, naître de l’Esprit. La vie qui entre alors en lui est une vie nouvelle; ce n’est pas la sienne propre, mais la vie de Dieu en lui. Ce n’est pas un homme dont la vie charnelle s’est améliorée, mais un homme en qui Dieu habite. Ce n’est pas qu’il ait une meilleure vieille vie que le pécheur, mais il a une vie nouvelle, que le pécheur ne possède pas. Il n’est pas invité à amender, mais à dépouiller le « vieil homme ». Dieu a la même sentence pour la vieille vie en lui que dans le pécheur, à savoir la condamnation.


2. C’est Jésus-Christ qui est nôtre vie spirituelle.

« Je suis le chemin, la vérité et la vie. » « Quand Christ, qui est votre vie apparaîtra… » « Dieu nous a donné la vie éternelle, et cette vie est en son Fils. Qui a le Fils a la vie, et qui n’a pas le Fils n’a pas la vie. » « En elle était la vie. » « Je suis le pain de vie. » « Je leur donne la vie éternelle. » Ainsi, quoique le croyant soit en lui-même spirituellement mort, pourtant Christ est sa vie spirituelle. Il ne reçoit pas la vie comme un don distinct de Christ, mais il la reçoit en recevant Christ lui-même, Jésus-Christ ne communique pas de la vie, il se communique lui-même. La vie spirituelle entre chez le croyant par l’entrée même de Christ, qui EST vie. La vie spirituelle du croyant n’est donc pas un bien qui lui appartient en propre, mais le bien de Christ qui habite en lui. Le croyant ne reçoit jamais un don de vie spirituelle qui ne devienne sa propriété personnelle, indépendante et séparée de Christ : il reçoit Christ lui-même, qui habite en lui avec la puissance de l’Esprit. 

La vieille nature demeure perdue après la conversion


Le croyant nous est donc présenté comme un homme, en lui-même mort spirituellement, mais habité par l’Esprit de Jésus-Christ qui est sa vie spirituelle. La vieille nature est aussi perdue chez le croyant après sa conversion qu’avant. Elle doit être considérée comme absolument sans valeur. Ses affections charnelles sont « la mort », « l’inimitié contre Dieu » ; elle ne se soumet pas à Dieu, et n’est pas plus susceptible de progrès spirituel chez le croyant que chez le pécheur.

Le seul parti du croyant est donc d’abandonner sa vie propre, comme perdue sans espoir aucun, et de commencer à compter uniquement sur la vie de Christ qui est en lui.

La vie de la foi regarde continuellement à Christ, chaque jour et à chaque heure

Celui dont la nature est pécheresse ne peut que regarder à Celui qui est sans péché ; celui qui est faiblesse doit regarder à Celui qui est force ; celui qui est vide doit regarder à Celui qui est plénitude ; celui qui est mort doit regarder à Celui qui est vie. Sa nouvelle vie ne doit pas être un « moi » amélioré ; « ce n’est plus moi, mais CHRIST QUI VIT EN MOI, et la vie que je mène maintenant dans la chair, je la vis dans la foi (Gal. Il, 20). » Paul trouve qu’il n’est pas seulement justifié par la foi, « mais qu’il doit vivre par la foi » ; non seulement qu’il a reçu l’Esprit, mais qu’il doit marcher dans l’Esprit. Il a atteint la plus large conception de la foi que le croyant puisse embrasser, car il a atteint non seulement la foi par laquelle nous sommes nés de Dieu, mais la foi par laquelle nous vivons en Dieu, la foi qui fait « demeurer » en Dieu. En quoi consiste cette foi ? C’est l’attitude habituelle d’une âme qui, en elle-même spirituellement morte, regarde continuellement à Christ, chaque jour et à chaque heure ; – la vie d’un autre, la plénitude de la vie de Jésus. Telle est la vie de la foi ; telle est la marche selon l’Esprit ; tel est le rôle de la foi dans l’acte permanent de « demeurer » en Christ.

La parole de Dieu a bien des choses à dire de la foi, prise dans toute l’ampleur de sa signification, et elle semble ne jamais se lasser d’en faire ressortir la suprême importance. « Ainsi, comme vous avez reçu le Seigneur Jésus-Christ, marchez en lui » : voilà l’une des vérités que Paul est le plus attentif à inculquer à ses auditeurs. Et comment avons-nous reçu Jésus ? N’est-ce pas en cessant nos oeuvres de propre justice ? N’est-ce pas en mettant fin à tout effort personnel, à toute justification de nous-mêmes, en nous jetant comme des perdus dans les bras de Jésus-Christ, et en mettant en lui seul notre confiance ? Pouvions-nous, par n’importe quel effort propre, opérer le pardon de nos péchés, et notre réconciliation avec Dieu ? Pouvions-nous effacer une seule de ces taches dont la multitude teignait de cramoisi notre vie pécheresse ? Non ; car « sans effusion de sang, il n’y a point de rémission de péchés. » Nous avons dû forcément nous abandonner à Jésus, avec une foi privée de tout soutien pour qu’il accomplisse ce dont nous n’avons pas pu nous-mêmes venir à bout. Voilà comment nous avons reçu Jésus-Christ.

S abandonner à Christ pour la manifestation constante de cet Esprit

De la même manière, nous avons à marcher en lui. Une marche est simplement un pas réitéré; comme nous avons une première fois pris le parti de nous confier en Christ seul pour recevoir le Saint-Esprit, de même nous devons, à chaque pas de notre marche avec lui, nous abandonner à lui seul pour la manifestation constante de cet Esprit. Désirons-nous la puissance ? Regardons à lui pour la recevoir chaque fois qu’elle nous est nécessaire. Soupirons-nous après l’amour ? Regardons à lui pour qu’il nous donne le sien, car nous sommes froids et égoïstes. Nous faut-il l’onction pour son service ? Regardons à lui toujours. Avons-nous besoin de direction, de sagesse, de tact, de douceur, de support, de paix, de joie ? Regardons à lui pour tout cela.
Cette même vérité apparaît dans Rom. VI, 4:

« Comme Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, de même, nous aussi, nous devons marcher dans une vie nouvelle. » La déclaration ici faite est que notre marche chrétienne dans la vie nouvelle doit ressembler à la résurrection de Christ d’entre les morts. Pouvons-nous concevoir une image plus parfaite de l’impuissance que celle d’un homme mort ? Christ, quant au corps, était mort. Ce corps mort ne pouvait de lui-même se lever, se mouvoir, respirer, s’agiter ; il était en lui-même sans aucun pouvoir. Heure après heure se passe, et il gît dans la tombe, sous l’étreinte de la mort, sans avoir en lui-même aucun pouvoir de se ressusciter, mais attendant l’attouchement de Dieu le Père. Alors intervient la puissante vivification de la résurrection, par laquelle Dieu le rappelle d’entre les morts. Christ ne s’est pas ressuscité lui-même ; il n’en était pas ainsi ordonné ; il fut ressuscité par un autre, par le Père. C’est de cette manière que le croyant doit marcher dans la vie nouvelle. Il doit se mettre dans l’esprit qu’il est mort, et, jour après jour, heure après heure, regarder à un autre, compter sur un autre, sur Jésus-Christ, sur le Saint-Esprit en lui, pour chaque pas à accomplir exactement comme il a fait pour le premier pas, la conversion.

Notre marche constante « dans l’Esprit »

Bien-aimés, comprenons-nous bien que notre marche « dans l’Esprit » doit être constamment, à CHAQUE instant, une vie de foi comme notre salut a été un acte de foi ? qu’il nous faut non seulement être régénérés par la foi, mais vivre par la foi ? Croyons-nous que c’est là la pensée de Christ, lorsqu’il disait : « Hors de moi, vous ne pouvez rien faire ? » Osons-nous présider cette réunion, écrire cette lettre ou cet article, prononcer cette allocution, offrir ce traité, parler de Christ à cette âme, prendre telle décision, faire telle démarche, osons-nous entreprendre quoi que ce soit, sans cette rapide élévation de notre foi vers Celui en qui seul habite la vie spirituelle ? Avons-nous incarné le fait de notre propre insuffisance dans notre marche chrétienne journalière ? Comprenons-nous bien que tout cela n’est pis seulement un thème à essais religieux, ou un sujet de conversations mystiques, mais que c’est la vérité qui doit s’incorporer dans chaque acte, dans chaque parole, dans chaque pensée ? Regardons-nous constamment à l’habitation de Christ en nous ? Que notre moi soit digne de toute défiance, et Christ digne de toute confiance, nous le savons. Mais notre vie le prouve-t-elle ? Ce « hors de moi vous ne pouvez rien faire », est-il devenu partie intégrante de notre vie comme de notre credo ? » C’est l’Esprit qui vivifie (qui rend vivant), la chair ne sert de rien. » L’Esprit seul peut faire vivre ; l’Esprit seul peut faire sortir de la mort hommes ou femmes et leur donner vie. Les paroles prononcées, les prières proférées, les actes accomplis dans la seule énergie du moi n’ont aucune puissance de création spirituelle. Si cela est vrai, combien de nos oeuvres sont des « oeuvres mortes ! » À moins que l’Esprit ne parle par nous, ne prie par nous, n’agisse par nous, il n’y aura aucune résurrection chez ceux qui nous entourent.

Le sermon débité avec l’orgueil intellectuel, ou avec l’impétuosité d’une éloquence toute humaine, peut éveiller l’intelligence, soulever l’admiration, ou exciter l’émotion, mais il ne peut pas transmettre la vie. Et rien d’autre que la vie ne peut produire la vie, car « C’EST L’ESPRIT QUI VIVIFIE. »


« Je n’ai pas souvent à me reprocher de négliger mon service, mais je me reproche souvent de servir sans l’onction, » disait un pionnier chrétien bien connu. Le ministère sans l’Esprit, de quelle valeur est-il ? La réponse est toujours la même. « La chair ne sert de rien, » et montre quelle responsabilité solennelle est la nôtre si nous vivons sans « demeurer » en Christ, sans nous défier constamment de nous-mêmes, sans compter constamment sur l’Esprit qui habite en nous et sans tout recevoir de lui. 

La Voiture électrique ou le trolleys

 
La nécessité de « demeurer » en Christ peut s’illustrer à l’aide de faits d’une expérience Journalière. Il y a aujourd’hui deux systèmes par lesquels on fait mouvoir les voitures électriques.
Dans l’un, la force réside dans une batterie suffisamment approvisionnée pour faire rouler la voiture un certain nombre d’heures. La batterie, une fois, chargée, devient pendant ce temps-là une source indépendante de force et de lumière, et la voiture est elle-même un automoteur, n’ayant besoin d’aucun aide du dehors. Mais il y a un autre système, le trolley, qui diffère totalement du précédent. Ici, la voiture est un objet mort, inerte, sans aucune puissance de propulsion propre. Mais au-dessus d’elle court un mince câble d’acier, qui palpite de la vie qu’il tire sans interruption d’une usine électrique. Au moment où la voiture inerte allonge sa perche et entre en contact avec le courant qui passe, elle s’emplit de vie, de force et de mouvement. Or, cette vie et cette force ne sont pas les siennes propres, mais celles du câble, et sitôt que cesse le contact avec le fil chargé de vie, elle redevient la même masse inerte et immobile. Le maintien de son mouvement dépend entièrement du maintien de son contact.

L’analogie saute aux yeux. C’est ainsi que les enfants de Dieu doivent se tenir en contact continuel avec Jésus-Christ, s’ils veulent connaître les manifestations constantes du Saint-Esprit, car Dieu ne les remplit pas d’après le principe des batteries, mais d’après celui des trolleys. Il ne les charge pas d’une puissance indépendante, mais il les unit par la foi à Jésus-Christ qui seul est ainsi chargé. C’est Christ (Act. Il. 33 ) qui a reçu du Père le Saint-Esprit promis ; et c’est Christ qui « a répandu ce que vous voyez et entendez. »

C’est donc en vertu de notre union avec Christ que nous avons reçu le don du Saint-Esprit, et c’est seulement si nous demeurons en lui, si nous tirons de lui jour après jour notre vie par la communion, par la prière et par le regard, que nous expérimentons la manifestation constante de l’Esprit. Dieu ne nous remplit pas comme nous pourrions remplir un sceau, avec une provision indépendante et séparée de la fontaine. Il nous remplit comme un sarment l’est par le cep, grâce à son union avec lui, et parce qu’il tire de lui de jour en jour, d’heure en heure, tout ce dont il a besoin. Ainsi quiconque regarde à Jésus constamment ne manquera ni de bénédictions, ni de baptêmes, mais celui qui regarde aux bénédictions et aux baptêmes pourra souvent relâcher le lien qui l’unit à Jésus.

Le Seigneur veut nous garder dans cette position de dépendance. Sa volonté n’est pas de nous remplir de l’Esprit de telle sorte que nous puissions marcher seuls avec cette provision pendant un an, un mois, ou un jour. Agir ainsi serait nous rendre indépendants de Christ, nous remplir de confiance en nous-mêmes, nous gonfler d’orgueil, anéantir la foi, seul vrai fondement de la communion avec Christ pour porter des fruits de vie en lui. Non, bien-aimés, notre vie spirituelle n’est pas la nôtre propre, nous la tirons d’un autre. Dépendre de soi-même, c’est la stérilité ; dépendre de Christ, c’est la plénitude. « Vous êtes mort, et votre vie est cachée avec Christ en Dieu. » De même qu’au centre d’une ville il y a de grands dynamos vivant d’une vie merveilleuse qu’ils envoient à des centaines de tramways inertes qui comptent sur elle, de même, cachée en Dieu, il y a une vie divine que lui, le Père, répand en nous par le Fils. Quiconque demeure en lui sera toujours fertile et rempli ; quiconque essaie de vivre de ses bénédictions et de ses expériences d’autrefois déplorera bientôt son vide et sa stérilité.

Remarquez bien ici que « demeurer » n’exprime pas une attitude, mais un état. « Demeurer » ne précède pas le salut, mais le suppose.

Un homme a le salut en Christ en vertu de son union, mais bien des hommes perdent la manifestation de l’Esprit par manque de communion.
Maint chrétien a l’attitude vraie et un état faux ; sûr de son salut, il est lent dans sa marche et dans sa communion. La stérilité de sa vie et sa faiblesse à servir indiquent qu’il a perdu, non pas son salut en Christ, mais sa communion avec Christ ; qu’il a perdu n’on la justification, mais la manifestation, non la foi qui sauve, mais la foi par laquelle on « demeure » en Christ dans le sens indiqué.

L’unique pensée de quiconque a cette foi par laquelle on « demeure » en Christ, est donc de compter constamment sur Jésus pour sa vie spirituelle. Ces trois Mots COMPTER SUR JÉSUS dépeignent parfaitement la situation de l’âme qui demeure en Christ. La lune continue à compter sur le soleil pour tous les rayons qu’elle reflète ; le sarment compte constamment sur le cep pour tout ce qui constitue sa vie et ses fruits ; la fontaine compte sans cesse sur le réservoir qui lui fournit chacune des gouttes d’eau qu’elle offre à ses visiteurs altérés ; la lampe électrique compte invariablement sur le grand dynamo pour chaque parcelle du courant de lumière dont elle inonde les ténèbres de minuit. De même l’enfant de Dieu qui veut se rendre maître du dernier secret du Saint-Esprit, celui de sa manifestation constante, doit continuer à regarder à Jésus, moment après moment, jusqu’à ce que cette vie de foi devienne l’état constant de son âme. Cela peut être, cela sera difficile pour commencer.

Pratiquer ce principe de compter sur Jésus seul dans chaque détail de notre vie n’est pas peu de chose pour aucun d’entre nous. Imposer silence aux clameurs de la chair, ne plus se fier à l’intelligence naturelle ; comprimer la violence d’une hâte charnelle, se défier de tout plan qui ne découle pas de la prière, attendre jusqu’à ce que l’on soit convaincu de la volonté de Dieu, ne pas seulement dire : « pas de confiance en la chair », mais le pratiquer, c’est une attitude que l’on ne prend pas aisément et d’un seul effort. Mais ce sera la nôtre ; Jésus l’exige de nous, et tout commandement développe en nous la capacité de l’accomplir. Et comme l’échec de nos efforts pour « demeurer » en Christ a rendu plus manifeste notre profond besoin de réaliser cet état, nous y arriverons à la fin en comptant sur Jésus pour la force nécessaire. Acceptant notre propre incapacité, nous compterons sur Jésus pour être guidés et nous verrons de nos yeux les voies merveilleuses par lesquelles il nous fait passer ; nous compterons sur lui pour l’onction, et pour être aussi conscients de la présence de l’Esprit que nous le sommes de notre propre identité ; nous compterons sur lui pour porter des fruits et serons étonnés de la récolte qu’il peut tirer de pauvres sarments tels que nous. Qu’ils sont précieux tous ces résultats d’une vie passée à « demeurer en lui ».

Bien-aimés, sommes-nous assez mécontents de nous pour sentir le suprême besoin de Christ seul ? Réalisons-nous que par nous-mêmes nous sommes morts ? Réalisons-nous que ce fait seul qu’un homme doit naître de nouveau, est en soi l’acte d’accusation le plus terrible qu’un Dieu saint puisse prononcer contre nous, et la preuve absolue de l’insuffisance totale de notre vie naturelle ? Avons-nous accepté les conséquences logiques de la régénération, et leurs effets sur la sainteté de la vie ? Avons-nous conscience de notre besoin de vivre en Dieu, comme de naître de Dieu ? Sentons-nous le besoin de « demeurer » en Christ ? Cherchons-nous à « demeurer » en lui ? Sûrement, les fruits en sont riches, car lui-même a dit – Demeurez en moi, et moi en vous ! »

Nous avons étudié la foi qui est nécessaire pour « demeurer en Christ. » Nous avons vu comment le croyant doit regarder sans cesse à Christ, jour après jour, pour sa vie spirituelle, se tenir avec lui en contact permanent par la prière, la communion et la confiance, tout recevoir à tout moment de celui « en qui habite corporellement toute la plénitude de la divinité. » Mais « demeurer » en Christ consiste à garder ses commandements et il y en a plus d’un.

Il ne faut pas seulement « croire au nom de son fils Jésus-Christ », mais « aimer » ; non seulement avoir la foi, mais l’amour (I Jean III, 23). « Demeurer » en Christ est non pas seulement une communion, mais un service ; non pas seulement une attitude vis-à-vis de Dieu, mais une attitude vis-à-vis des hommes ; non pas seulement un regard sur Jésus, mais l’amour pour les autres.

Le rôle de l’amour


Quiconque veut « demeurer » en Christ et connaître la manifestation de l’Esprit qui en découle ne doit pas seulement recevoir à chaque instant la plénitude de Jésus, pour sa marche, mais aussi aimer constamment les autres au lieu de s’aimer soi-même. Que la manifestation continuelle de l’Esprit de Dieu n’appartienne qu’à ceux qui mènent non seulement une vie de foi, mais une vie d’amour, cela se fonde sur la nature même de Dieu. Car…

1. Dieu, qui est amour –

ne peut se manifester qu’à ceux qui veulent ainsi aimer. Nous le considérons comme l’amour dans la déclaration de sa Parole : « Dieu est amour et celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu. » « Celui qui n’aime pas, ne connaît pas Dieu. » « Je t’ai aimé d’un amour éternel. » « Ayant aimé les siens, il les aima jusqu’à la fin. » « Comme mon Père m’a aimé, je vous ai aussi aimés. » « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique. »

Nous voyons cet amour en Dieu le Père faisant dès l’éternité le plan du salut des hommes. Nous le voyons en Dieu le Fils, quand il offre sa vie pour l’humanité, quand son coeur agonise de compassion pour les multitudes qu’il compare à des brebis sans berger ; quand il supporte avec une patience majestueuse les insultes et les railleries du jugement, quand il s’incline sous les verges, quand enfin, il porte nos péchés en son corps sur le bois, et que son dernier soupir se dépense dans une plaintive prière en faveur de ses bourreaux.

Nous croyons aussi que Dieu le Saint-Esprit est amour. Comme il est tendre quand il plaide avec les hommes ! Comme il est doux dans ses reproches ! Comme il est patient et infatigable dans nos résistances ! Comme il a de la peine à abandonner l’homme, malgré ses moqueries et ses dédains ! Qu’il est prompt à pardonner les péchés les plus grossiers et les folies des années précédentes. Oui, le Père qui a donné son Fils unique pour nous envoyer le salut ; le Fils qui a versé son sang sur une croix infâme pour nous l’apporter, et l’Esprit, qui pendant des milliers d’années a couvé les hommes et a opéré en eux pour le leur appliquer – ces trois sont un seul Dieu d’AMOUR éternel, dévoué, immuable.

Il s’en suit que la nature même de Dieu, qui est l’amour – exige, pour se manifester, une vie qui réalise l’amour comme il le réalise lui-même. Le seul moyen d’assurer la manifestation du courant électrique, est de lui procurer le fil d’acier, de cuivre, ou tout autre fil conducteur que sa nature requiert. De même, le seul moyen d’assurer en nous une constante manifestation de Dieu, c’est de lui procurer le conducteur que sa nature réclame, à savoir une vie consacrée pour toujours à aimer comme il aime. La vie d’un enfant de Dieu, qui arrive ainsi à réaliser le grand commandement : « Aimez-vous les uns les autres » est, pour la manifestation du Dieu d’amour, un conducteur tout aussi sûr que le fil de métal pour la manifestation de la force électrique.

Telle est la loi de l’Esprit ; c’est la seule ligne d’après laquelle il veuille opérer. Qui attendrait que cet Esprit se manifeste dans une vie de meurtre ou de sensualité ? Il ne peut pas non plus se manifester dans une vie dont le principe directeur est l’amour du moi, car lui-même est absolument désintéressé.

Ainsi donc, lorsque Jésus-Christ établit clairement que la manifestation de l’Esprit de Dieu est pour celui qui garde ses commandements, et, lorsqu’il ajoute : « C’est ici mon commandement, que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés », il fait de la manifestation de l’Esprit de Dieu une nécessité logique en quiconque cesse de s’aimer soi-même pour aimer les autres, et une impossibilité logique en quiconque refuse d’aimer.

2, La manifestation de l’Esprit à celui qui a comme but et principe l’amour des autres

Par conséquent, la manifestation la plus complète de l’Esprit de Dieu est réservée à celui qui adopte délibérément comme but et principe de sa vie, L’AMOUR DES AUTRES, au lieu de L’AMOUR DU MOI.

Telle est la loi selon laquelle l’Esprit agit ; qui veut avoir la manifestation de cet Esprit, doit accepter cette loi comme loi de sa vie nouvelle.

Cette loi il est vrai, est exactement opposée à celle qui a inspiré sa vie passée. Mais c’est ici le point capital. Il lui faut un nouveau principe d’action (« je vous donne un commandement nouveau »), car il se consacre désormais à une vie différente, à une vie nouvelle, à la vie de l’Esprit. Et c’est ainsi que Christ, en nous donnant une nouvelle nature, nous donne un nouveau commandement.

Quand il nous donne une nouvelle vie, il nous donne une nouvelle loi adaptée à cette vie. Et puisque la nouvelle nature est la mortelle ennemie et le contraire de l’ancienne, nous devons nous attendre à ce que la nouvelle loi soit exactement le contraire de l’ancienne. Le croyant qui désire la manifestation de l’Esprit doit donc recevoir un nouveau principe totalement différent de celui qui a inspiré presque tous les actes de sa vie passée : le principe d’aimer les autres au lieu de s’aimer soi-même.

Ce changement porte loin, il sonde le coeur !

Cesser de tout retenir, commencer à tout donner ; cesser de tout chercher, commencer à tout perdre ; cesser de mettre l’accent sur le soin à prendre de notre personne et commencer à prendre soin des intérêts d’autrui ; ne plus aspirer à la première place, mais s’accommoder à la dernière ; viser à servir, et non à être servi; ne plus provoquer les louanges des hommes, mais les éviter; ne plus sauver sa vie, mais la sacrifier pour les autres ; ne plus, amasser, jouir et se mettre à l’aise, mais souffrir, dépenser, et se dépenser pour Christ même, – tout cela est le renversement complet du principe qui dirige le coeur naturel, c’est-à-dire de l’amour du moi. Pour le monde, cela est scandale ! Qu’un homme renonce délibérément à toute recherche du moi, à toute gloire propre, à tout gain et avantage personnel, s’adonne à lutter, à peiner, souffrir, sacrifier pour les autres, voilà ce que l’homme naturel ne veut pas accepter. C’est monstrueux, c’est un suicide. Mais, bien-aimés, c’est exactement ce que fit Jésus-Christ, et ce que vous et moi devons faire pour connaître la manifestation de sa vie au-dedans de nous.

Aussi, certainement que l’amour du moi est la première loi de la nature, l’amour des autres est la première loi de Dieu. Dépourvu de tout intérêt personnel, la loi de l’amour permettra à celui qui s’y livre de connaître Dieu mieux qu’il ne pourra jamais le connaître autrement. Celui qui se soumettra le plus complètement au commandement nouveau, sera le plus rempli de la vie nouvelle. Ce commandement nouveau est l’expression suprême de la volonté de Dieu eu égard à notre course terrestre. Celui qui s’y adonne renverse l’idole de son existence et réalise à sa place tout le courant de la manifestation de l’Esprit. L’homme qui autrefois ne connaissait que la vie du moi dans toute sa plénitude en vient à connaître la plénitude de la vie de Christ.


3. Qui veut connaître la manifestation constante de Dieu, doit nécessairement DEMEURER dans l’amour.

Il faut non seulement accepter ce grand commandement comme la règle de notre vie, mais le faire passer dans la pratique de notre vie journalière.

L’acte par lequel nous nous consacrons à Dieu pour accomplir le commandement de l’amour ne suffit pas, il doit être suivi de la pratique de ce commandement de jour en jour et d’heure en heure.

La manifestation de sa présence et de son amour, qui accompagne la consécration, perdra sa continuité si nous ne vivons pas journellement de la vie pour laquelle nous nous sommes consacrés à Dieu, la vie de l’amour. De là la nécessité de demeurer dans l’amour. Car « celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui (I Jean IV, 16). » Demeurez dans l’amour, c’est incarner la grande loi de l’amour dans tous les détails de notre vie journalière. Non seulement nous devons renoncer à la vie égoïste par un acte de solennelle décision, mais l’habitude de l’égoïsme doit être remplacée par l’habitude de l’amour. Nous avons à pratiquer en toutes circonstances le nouveau commandement, « recherchant la charité », comme dit saint Paul, jusqu’à ce qu’elle inspire notre vie dans tous ses détails.
Nous avons à faire de l’AMOUR MUTUEL la. pierre de touche qui éprouve toutes les pensées, les paroles et les actions de notre vie journalière, jusqu’à ce que toutes soient rendues conformes à la loi qui dirigeait la vie même de Jésus-Christ. La réprimande que vous avez administrée hier à un frère en Christ était-elle inspirée par l’amour ou par l’irritation ? Le conseil que vous avez donné a-t-il été dicté par l’amour ou par l’orgueil ?

La réunion que vous avez présidée, l’allocution que vous avez prononcée, ont-elles été des actes d’amour, dans le but d’être utile aux autres, ou pour ajouter à votre propre réputation ?
L’argent que vous avez donné, l’avez-vous donné par amour pour les perdus, ou par orgueil, et pour vous faire valoir ?

Les remarques que vous avez faites sur votre prochain sont-elles des preuves de votre amour ?
Les pensées que vous nourrissez dans votre coeur à son sujet sont-elles pleines d’amour ?
Vos dons, vos dépenses, votre ministère, vos prières, vos projets, proviennent-ils de l’amour ?

Voilà le suprême critère de tous les détails de votre vie, par lequel vous pouvez savoir si c’est « Dieu qui agit » en vous ou si c’est le moi. Cette vie d’amour amène rapidement la manifestation de l’Esprit ! Essayez de vivre un jour dans cette attitude d’amour pour les autres, au lieu de vous aimer vous-mêmes ; que vos paroles soient douces et aimables ; vos actions utiles, désintéressées, et pleines d’égards ; vos heures remplies d’un service aimant et dévoué ; que votre coeur devienne la demeure de pensées sympathiques et bienveillantes : Alors ce sera la bénédiction et vous aurez conscience de la présence bénie de l’Esprit. Mais, si vos paroles sont rudes, vos pensées jalouses et haineuses, vos actions égoïstes, vos heures remplies de la recherche de vous-mêmes, vous éprouverez l’obscurcissement de la présence de Dieu et l’affliction de l’Esprit ?

Dans les élévateurs pour grains se trouvent différents compartiments, pour les diverses variétés de céréales. Ouvrez un conduit, et le blé fait voir son courant d’or qui déborde. Ouvrez-en un autre, et le froment ambré se répand en un torrent sans fin. Ouvrez-en d’autres, et l’avoine, l’orge ou le seigle s’échapperont chacun du conduit spécial qui leur est réservé. De même en nous habitent l’Esprit et la chair ; la nature divine qui est l’amour, et la vieille nature qui est l’égoïsme.

Au moment où nous accomplissons un acte, où nous disons une parole ou méditons une pensée d’amour, c’est Dieu, le Dieu d’amour, qui se manifeste en nous, mais si nous parlons avec dureté, agissons avec égoïsme, pensons avec envie, haine ou dépit, c’est la chair qui se manifeste. Cette loi est aussi certaine que la loi par laquelle l’espèce de grain manifestée dépend du conduit particulier qui est ouvert. Si nous voulons obéir à l’amour, incarner l’amour, demeurons dans l’amour ; nous aurons sûrement le bienfait d’une manifestation consciente du Dieu qui est amour, car nous avons ouvert les canaux par lesquels l’Esprit d’amour s’engage à se répandre. Mais si nos paroles sont amères, nos pensées et nos projets repliés constamment sur nous-mêmes, nos actions purement égoïstes, alors la manifestation de la chair, de la vie du moi, est tout aussi certaine et inévitable que la manifestation de l’Esprit chez celui qui marche dans l’amour. Christ ne peut pas se manifester par une vie de meurtre et de vol, c’est évident. Mais il est également évident pour nous que Christ ne peut se manifester par aucun acte égoïste ou non-chrétien. Toute racine d’amertume, toute condescendance pour l’égoïsme, tout jugement dur dans notre vie journalière doit rompre la communion entre Christ et nous, et la rompt nécessairement. Avec quel soin nous devrions donc DEMEURER DANS L’AMOUR ! Que chaque action soit faite par amour ! Évitez un acte égoïste comme vous éviteriez un acte sensuel. Reculez, devant une pensée ou un suggestion vides d’amour, comme devant le sifflement d’un serpent. Évitez les paroles précipitées, amères, comme des flèches ou des poignards empoisonnés. Faites votre compte – à l’étonnement du coeur naturel – que Dieu aime, indépendamment de la manière dont il est traité – « Il est bon pour les ingrats et les méchants », et tels nous devrions être. Ainsi donc, si un tort grave, une insulte ou une méchanceté vous font quitter votre attitude d’amour, ne vous justifiez pas, mais hâtez-vous de confesser votre faute, et demandez pardon à celui qui a prié pour ses bourreaux.

Notez que l’expression suprême de l’amour, C’EST DE SERVIR, même jusqu’au sacrifice et à la mort. L’amour n’est pas un pur sentiment, un simple débordement d’émotion. Sans doute, il doit d’abord se trouver dans le coeur, car l’attitude du coeur doit être en permanence celle de l’amour. Mais de là il se répand en services, en secours, en sacrifices pour les autres. « Petits enfants, aimons en effet et en vérité, dit Jean. » « Nous connaissons à ceci l’amour de Dieu, c’est qu’il a donné sa vie pour nous (I Jean III, 16). » Dieu a tant aimé qu’il s’est donné pour un monde perdu. Voilà la preuve de l’amour. Le fruit inévitable d’une vie intérieure d’amour, c’est le service – extérieur qui en découle. Le véritable amour sert ; l’amour de Christ inspire le service. Même ceux qui sont couchés sur des lits de souffrances peuvent, dans les soupirs secrets de leur coeur, et en priant pour les autres, vivre de la vie d’amour aussi parfaitement que ceux qui servent de leurs mains, de leur langue ou de leur plume. Car il en est ici comme de ce qui est dit de l’aumône : « Si l’on donne de bon coeur, on est agréable selon ce qu’on a. et non selon ce qu’on n’a pas. »


4. La foi est la porte de toute communion avec Dieu : l’amour est la porte de tout service en faveur des hommes. Quiconque les tient toutes deux constamment ouvertes a appris à demeurer en Christ.

Le croyant est le temple du Saint-Esprit. Ce temple a deux portes. La foi est la porte qui s’ouvre du côté de Dieu, l’amour est la porte qui s’ouvre du côté des hommes. Par la foi, la vie divine déborde sur nous : par l’amour, elle déborde sur les autres. La foi est le canal de la communion avec Dieu ; l’amour est le canal de tout service en faveur dés hommes. Dieu ne désire pas seulement verser sa vie en nous par la foi, mais la déverser par nous sur les autres par l’amour. L’esprit ne veut pas seulement que nous le laissions entrer en nous, mais aussi que nous le laissions passer par nous sur les autres.

Ce n’est pas assez pour nous de recevoir le Saint-Esprit. Ce n’est pas assez de posséder son amour, sa paix et sa puissance ; nous devons les communiquer à ceux auxquels Dieu les destine.

Il y a un monde non sauvé, mourant, perdu, que Dieu aime autant qu’il nous aime. À moins que ces âmes ne voient Christ en nous, elles ne le verront jamais ; à moins qu’elles n’entendent parler de lui, elles mourront dans les ténèbres ; à moins qu’elles ne le touchent par notre contact, jamais elles ne connaîtront le contact de sa vie et de sa puissance.

Lorsqu’il parcourait la terre, sa vie se répandait en bienfaits de tous genres sur tous ceux qui l’entouraient. Maintenant il n’est plus dans le monde, mais nous sommes dans le monde, membres de son corps, sarments du divin cep, et il aspire à répandre encore sa vie par notre moyen. La foi est donc le canal qui nous amène le flux divin ; et l’amour le canal du divin reflux. Grâce à la foi, Dieu est à même de travailler en nous ; grâce à l’amour, il est à même de travailler par nous. C’est là « la foi QUI AGIT PAR LA CHARITÉ », selon l’expression employée par saint Paul (Gal. V, 6) ; la foi, qui regarde constamment à Jésus, qui reçoit d’heure en heure la vie qu’il répand en nous, la déverse tout aussi constamment par l’amour, qui est la porte ouverte sur ceux qui périssent. Celui-là demeure en Christ qui tient ces deux portes toujours ouvertes. On ne ferme impunément ni l’une ni l’autre. Fermer la porte de la foi, c’est affaiblir l’homme intérieur par manque de communion ; fermer la porte de l’amour, c’est l’affaiblir par manque d’activité. Ainsi le croyant est un canal que Jésus compare à un fleuve (Jean VII, 38) – « DE lui couleront des fleuves d’eau vive… Il disait cela de l’Esprit que devaient recevoir… » Ce qui a été reçu doit se répandre. Un bon canal reçoit toujours, est toujours plein, et coule toujours.

Un bon canal doit être constamment ouvert au point d’entrée et au point de sortie. C’est ainsi que les deux portes de la foi et de l’amour doivent être constamment ouvertes. Par la foi, la porte ouverte du côté de Dieu, nous recevons constamment la vie divine dans sa communion ; par l’amour, la porte ouverte du côté des hommes, nous laissons constamment cette vie divine s’écouler sous forme de service et de bienfaisance. Le canal qui a l’une de ses issues bouchée cesse d’être un canal. L’entrée sans la sortie, c’est la stagnation ; et la sortie sans l’entrée, c’est le vide.

Nous ne pouvons sans danger ni cesser de croire ni cesser d’aimer. Nous devons passer du flux de la communion au reflux du service, puis du service qui épuise à la communion qui remplit.
Quiconque ferme soit la porte de la communion soit celle du service, écrit sur sa vie : « On ne passe pas ; » mais il ne l’a pas plus tôt fait que l’Esprit, d’une main invisible, écrit sur la même vie : Pas de communion.

Ne se rendant pas compte que les deux sont nécessaires pour constituer une vie chrétienne, harmonieuse et complète, les hommes ont essayé de les séparer, et de vivre, de l’une sans pratiquer l’autre. Les uns ont compris que hors de Christ ils ne pouvaient rien faire, ils ont vu la nécessité d’une communion étroite et constante avec lui : ils ont eu conscience de la bénédiction et de la puissance d’une vie de prière : alors ils se sont exclusivement adonnés au côté « FOI » de la vie chrétienne.

Ils se sont retirés d’un monde rempli de péché et de folie ; ils se sont cachés dans la retraite des cloîtres et des cellules ; ils se sont livrés à la prière, à la méditation et à la communion. Mais lorsque Dieu se révélait à eux par la vie de communion, au lieu d’ouvrir là porte de l’amour, de s’appliquer à servir et à faire part de leur bénédiction et de leur vie spirituelle à ceux qui en avaient besoin, ils essayaient de garder pour eux-mêmes la vie qui leur était donnée pour tous. De là vint cette sorte de vie morbide, malsaine, qu’on menait dans les monastères et dans les cellules et qui dégénérait en mort et en stérilité spirituelle, parce qu’elle n’était pas accompagnée de l’activité journalière de l’amour. Christ lui-même n’aurait pas pu vivre une telle vie, mais aussitôt « oint du Saint-Esprit, il alla faisant le bien. » Le côté foi de la vie de communion est absolument essentiel ; nous devons faire notre compte de notre mort spirituelle ; nous devons regarder â Jésus continuellement ; nous devons, heure après heure, tirer de lui la vie divine. Mais la foi sans les oeuvres est morte le flux sans le reflux est la stagnation ; la communion sans le service n’est rien.

D’autres se livrent complètement au service et à l’activité chrétienne. Leur vie est un cercle continuel de réunions, de comités, de visites, de discours et de services innombrables. Mais pour eux l’heure de la prière est un facteur inconnu, la communion un mot sans importance, et l’attente devant Dieu la perte d’un temps précieux ; la direction de l’Esprit et la vie de foi des sons vides de sens. Ces vies, malgré toute leur activité, manquent de quelque chose d’essentiel tout en se dépensant avec intensité. Il y a du frottement et de l’échauffement, du tourment et de l’anxiété, une absence consciente de puissance vivifiante dans le service, un manque de joie, de paix et de bénédiction. Les oeuvres opérées par notre vertu propre sont des oeuvres mortes ; la chambre de prière est la seule usine de force ; le service sans l’onction est sans vie ; il nous faut le contact de Christ avant celui des hommes ; nous ne pouvons répandre que ce que nous recevons de lui. Un seul contact avec un fil chargé d’électricité fera tressaillir un homme dans tout son être, mais vous pouvez le toucher tous les jours avec un fil inerte salis jamais l’éveiller. La foi sans le service est morte ; le service sans la foi n’est rien.

Celui donc qui tient continuellement ouvertes ces deux portes de la foi et de l’amour ; celui qui devient ainsi le canal du Saint-Esprit, a appris le dernier secret du Saint-Esprit, le secret de la vie de communion.

AINSI DONC, DEMEURER EN CHRIST, C’EST VIVRE D’UNE FOI CONSTANTE DU COTÉ DE CHRIST, ET D’UN AMOUR ININTERROMPU DU COTÉ DU PROCHAIN.

Bien-aimés, avons-nous appris ce dernier secret du Saint-Esprit ? Vivons-nous de la vie de communion ? Comprenons-nous notre dépendance absolue, d’heure en heure, de Jésus-Christ, la seule plénitude de vie pour nous ? Apprenons-nous à compter sur lui en toute circonstance ? Est-ce là l’attitude habituelle, de notre âme ? Sommes-nous lents à parler, à faire des plans, à agir, jusqu’à ce que nous soyons entrés en contact et en conseil avec lui ? Avons-nous non seulement donné notre vie pour lui, mais, ce qui est encore plus important, nous maintenons-nous dans une attitude telle qu’il puisse répandre sa vie par notre moyen ? En un mot, persistons-nous, vivons-nous, demeurons-nous dans la foi ?

En outre, comprenons-nous qu’il est amour ? qu’il veut que nous lui ressemblions, et qu’il nous dit en conséquence : « Je vous donne un commandement nouveau, c’est que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés. » Avons-nous abandonné l’amour de nous-même, et fait de l’amour des autres le but suprême de notre vie ? Si oui, est-ce ainsi que nous vivons ? Nous demandons-nous jour après jour, heure après heure : « Ai-je agi par amour ? Ai-je fait ce projet par amour ? Ai-je parlé par amour ? Ai-je donné, servi, fait du bien par amour, par amour pour les autres ? » Est-ce que nous réprimons toute parole dure, toute pensée égoïste. Est-ce que nous renonçons à tout acte intéressé. Est-ce que nous comprenons que l’amour nous oblige au service pratique, constant des autres, notre vie durant, comme Christ a servi sur la terre ? Observons-nous continuellement ces deux commandements ? Les deux portes sont-elles ouvertes ? Nos heures tranquilles sont-elles occupées par la communion ? et nos heures de travail par le service de l’amour quelque humble et ordinaire que ce service puisse nous paraître. Commençons à comprendre, au moins quelque peu, cette parole étonnante : « Ce n’est plus moi qui vis, mais Christ qui vit en moi ? » Avons-nous goûté ainsi ce que c’est que de demeurer en Christ ? Cherchons-nous à pratiquer cette communion ? Si oui, réjouissons-nous. Car alors, ce n’est pas seulement une promesse ou un ordre, mais c’est pour nous l’expérience personnelle et consciente, que la sainte Parole décrit en ces mots :

« Et nous CONNAISSONS QU’IL DEMEURE EN NOUS PAR L’ESPRIT qu’il nous a donné. »