Le Triple Secret Du SAINT-ESPRIT

Bien-aimés, vivons-nous de cette vie d'amour abondant ? En connaissons-nous la puissance, la joie et la plénitude ? Sinon, nous manquons la haute vocation de Celui qui est venu, non pas afin que nous ayons un peu d'amour, mais afin que nous en ayons abondamment.

1. Le secret de son entrée ou l’union avec Christ.

 

Ce Jésus, ayant reçu du Père la promesse du Saint-Esprit.
(Actes II, 32-33.)

C’est par Dieu que vous êtes en Jésus-Christ.
(I Cor. I, 30.)

En Jésus… vous avez été scellés de l’Esprit saint de la promesse.
(Éph. I, 13.)

 

La vie abondante.

Je suis venu afin que mes brebis aient la vie, et qu’elles l’aient en abondance.
(Jean X, 10.)

 

Lorsque le voyageur en route pour l’Ouest franchit les monts Alleghany, son regard en éveil ne peut manquer d’apercevoir la surface étincelante d’un petit lac artificiel, dont les eaux bleues reflètent l’azur du ciel, et qui rehausse la beauté du grand système de voies ferrées qui traversent notre pays natal. Ce petit lac, emprisonné au pied des collines, sert de réservoir à une active cité du voisinage, et s’alimente d’un ruisseau de montagne de modeste débit. Pendant la sécheresse de l’été dernier, la source nourricière ne donna plus qu’un mince filet ; le lac baissa jusqu’aux dernières limites ; et toutes les calamités inhérentes à une longue disette d’eau, avec ses menaces constantes pour la santé et le bien-être, s’abattirent sur la ville. Les autorités imposèrent la plus stricte économie ; le service des eaux fut interrompu, sauf quelques heures par jour ; et la maigre provision du précieux liquide fut soigneusement ménagée pour le cas de nécessités plus pressantes encore.
À cent cinquante kilomètres de cette ville s’en trouve une autre plus petite, située aussi au milieu des montagnes. Dans son centre même, jaillit une fontaine naturelle d’une abondance illimitée et d’une beauté merveilleuse. Pendant le même été de désastreuse sécheresse, cette source fameuse, sans rien diminuer de son étonnante affluence, sans descendre d’un pouce au-dessous des bords qui l’endiguent, fournit à la ville altérée la plus ample provision, et répandit encore par son déversoir tout un courant scintillant, bondissant, d’une richesse intarissable ; c’est ainsi qu’elle justifiait royalement son privilège, non seulement de rafraîchir la ville de son onde, mais encore de lui donner son nom de « Belle-Fontaine », La plus grande des deux villes avait de l’eau, il est vrai, mais la plus petite en avait en « abondance ». Le maigre petit ruisseau qui gouttait dans le réservoir suffisait à peine pour sauver de la soif ardente. Mais la fontaine vivante, bouillonnante, répandant avec prodigalité ses trésors liquides pour sa ville natale, eût encore suffi à étancher la soif d’une autre ville plus considérable que sa grande voisine.

Il en est ainsi de la vie du Saint-Esprit chez les enfants de Dieu. Plusieurs n’ont cette vie intérieure qu’à l’état de fil d’eau de quelques gouttes qui suffisent à peine à les sustenter et à les rafraîchir en temps d’épreuve et de détresse, et jamais ils ne savent ce que c’est que la plénitude. Il en est d’autres en qui se réalisent joyeusement les paroles, de Jésus : « Je suis venu pour qu’ils aient la vie et qu’ils l’aient en abondance. » Non, seulement l’Esprit Saint remplit leur vie intérieure il surabonde, et déborde, portant autour d’eux la bénédiction aux affamés et aux altérés qui cherchent le secret de leur vigueur. L’affliction survient, mais ne peut leur ravir leur paix profonde. Les jours s’assombrissent, mais leur foi d’enfant abonde de plus en plus, Les coups de l’affliction les frappent lourdement, mais, comme les puits à pétrole, lorsqu’un explosif a brisé leur réservoir rocheux, font jaillir un courant plus abondant, ainsi leur vie répand sur leur entourage une somme toujours croissante et enrichissante de bénédictions. Un intarissable fleuve de prières coule de leur coeur. La louange s’élance aussi instinctive et spontanée de leurs lèvres que la joyeuse chanson de l’alouette. La confiance est pour eux une seconde nature ; la joie en est le fruit naturel, et le service ininterrompu n’est pas pour eux un esclavage du devoir, mais la gracieuse réponse de l’amour.

Ils ne ressemblent pas à ces pompes toujours à sec qu’il faut amorcer à force de stimulants et d’exhortations avant d’en tirer quelques rares gouttes ; ce sont plutôt des puits artésiens profondément de ses voyages, le coeur battant sans arrêt du puissant amour du Saint-Esprit lui-même.

Qui a pu lire sans un tressaillement de coeur l’histoire de Délia, la reine d’une ruche impure de la rue Mulberry, et sa délivrance d’une vie de honte ? C’est l’amour de Christ qui brûla le coeur de Mme Whittemore et la porta à essayer de sauver cette perdue. C’est l’amour qui exhala cette ardente prière sur la rose immaculée, avant de l’offrir à la pauvre égarée. C’est l’amour qui attira la malheureuse à la porte de l’espoir quand la conviction s’empara d’elle. C’est l’amour qui l’accueillit, qui pleura sur elle, et lui fit fondre le coeur de contrition et de repentance. Alors l’amour engendra l’amour.

Sauvée sans réserve, cette affranchie offrit sa vie rachetée, comme un vase d’albâtre du plus suave parfum qu’elle brisa aux pieds de Celui dont l’amour l’avait sauvée, et elle s’en alla raconter aux autres l’histoire de cet amour.

Dans les prisons, dans les bouges, dans les réunions en plein air, partout où cette rachetée raconta l’histoire de Celui qui nous a aimés et qui s’est donné pour nous, l’amour brûlant du Saint-Esprit enflammait tellement son âme, que des hommes endurcis par le péché courbaient la tête et sanglotaient sous ses paroles frémissantes et enflammées, et étaient entraînés par vingtaines dans le Royaume de Dieu. Pendant une courte année, l’amour de Dieu coula à pleins bords dans ce coeur pleinement consacré, et s’en fit un canal par lequel il vivifia, électrisa et inspira tous ceux qui s’en approchaient ; puis elle retourna vers la source de sa vie d’amour abondant.
Dans une ville du centre habite un ami qui est uni à notre âme par des crampons d’acier, par les précieux liens de la fraternité en Christ Jésus. Par la grâce de Dieu, il fut miraculeusement sauvé d’une vie d’incrédulité moqueuse, railleuse, mortelle pour l’âme. Pendant des jours et des semaines consécutives, il est engagé dans les soucis absorbants d’une profession séculière. Puis, sans le prévenir, le Saint-Esprit le charge tout à coup du fardeau des âmes perdues. Conduit par l’Esprit dans sa chambre où il s’enferme, il est alors tellement inondé de l’amour de Dieu pour les perdus, que pendant des heures entières, il reste prosterné, sanglotant ses prières entrecoupées pour leur salut. Puis, sortant dans le pays d’alentour, avec ses messages puissants, convaincus, qui jaillissent d’un coeur débordant d’amour il prêche l’Évangile de Christ, là où le besoin s’en fait sentir. Depuis le peu d’années qu’il est converti, ce zélé serviteur de Dieu a obtenu plus de six cents âmes comme fruits de sa vie d’amour abondant.

Bien-aimés, vivons-nous de cette vie d’amour abondant ? En connaissons-nous la puissance, la joie et la plénitude ? Sinon, nous manquons la haute vocation de Celui qui est venu, non pas afin que nous ayons un peu d’amour, mais afin que nous en ayons abondamment.
C’est encore une vie de

Paix abondante.

Le fruit de l’Esprit est la paix.
(Gal. V, 22.)

La paix de Dieu…. gardera vos coeurs et vos esprits.
(Philip. IV, 7.)
Je vous laisse MA paix,
(Jean XIV, 27.)

Ici surgit à l’esprit la vision d’une délicieuse matinée d’été. Nous nous délassons, tranquillement étendu dans un fauteuil, lorsque les volets intérieurs de la fenêtre, sous le souffle d’une brise qui passe, s’ouvrent tout à coup. Aussitôt s’offre à notre regard un magnifique tableau : le ciel bleu sans nuage, de vertes collines qui s’allongent et se perdent dans le lointain et un noble fleuve qui sourit et ballotte ses vagues étincelantes sur son large cours inondé de soleil. La vision dure un instant, puis, sous une bouffée capricieuse du vent contraire, les volets se referment soudain avec bruit. D’un seul coup, la gloire et la beauté de la scène s’évanouissent et restent cachées jusqu’à ce qu’un autre souffle de vent revienne en dévoiler les délices, destinées seulement à disparaître encore.

Telle est, nous semble-t-il, la paix du coeur naturel. Pour un moment, tandis que tout va bien, et que nos desseins réussissent, nos coeurs sont dans la joie et la paix. Mais qu’une bouffée d’adversité, l’échec de quelque projet favori nous surprenne, d’un seul coup, notre paix s’évanouit, l’inquiétude et le souci s’installent à leur place. Certes nous avons la paix, mais les manifestations en sont inconstantes et volages ; un jour, elle nous remplit de calme, le lendemain, elle nous laisse dans les ténèbres et le désespoir.

Quel contraste avec la paix que procure l’abondance de vie ! Car il y a une paix « qui surpasse toute intelligence » et, comme on l’a très bien dit, « toute inintelligence », une paix qui nous garde plutôt que nous ne la gardons, une paix dont il est dit : « Tu garderas dans une paix parfaite le coeur qui s’assure en toi », une paix qui, ne provenant pas d’une tranquillité extérieure, mais d’un Christ intérieur, ne peut être troublée par l’épreuve ou la tempête. C’est la paix que donne la plénitude de l’Esprit. La mer a une surface qui s’agite, bouillonne, moutonne, écume, se soulève, chandelle et retombe sous chaque coup de vent qui assaille son instabilité. Mais elle a aussi des profondeurs qui restent depuis des siècles dans une paix immuable : le vent ne les balaye pas, les vagues ne les remuent pas. De même il y a, pour le coeur timide, des profondeurs immobiles de paix, dont le calme ininterrompu ne peut se dépeindre que par ces mots surprenants : « La paix de Dieu. »


La paix de Dieu ! Pensez-y un moment. Qu’elle doit être merveilleuse, la paix de Dieu ! En lui, il n’y a ni faiblesse, ni erreur, ni péché. En lui, il n’y a ni passé à déplorer, ni avenir à redouter ; ni faute qui inspire le gémissement, ni méprise à craindre ; ni plans traversés, ni desseins contrecarrés. La mort ne peut le vaincre, la maladie ne peut l’affaiblir, son idéal est toujours atteint, sa perfection réalisée. Passé, présent ou avenir, le temps qui s’efface ou l’éternité sans fin, la vie ou la mort, l’espérance ou la crainte, la tempête ou le calme, rien de tout cela ne peut troubler la paix de Celui qui s’appelle Le Dieu de paix. Et c’est cette paix qu’il nous appartient de posséder. « La Paix de Dieu gardera vos coeurs et vos esprits. » Non une paix humaine conquise par des efforts personnels ou une discipline à laquelle on s’astreint, mais la paix divine, la paix même que Dieu a, ou plutôt est. Voilà pourquoi Jésus dit : « Je vous donne ma paix. » Une paix humaine, opérée par l’homme, qui naît ou périt selon les vicissitudes de la vie, est sans valeur ; mais la paix de Christ, quel don précieux !

Remarquez les circonstances où se trouvait. Jésus quand il prononça ces paroles comme cette paix nous semble alors étonnante ! C’était juste avant sa mort. Devant lui est le baiser d’un traître, le sifflement des fouets, le dur et sanglant chemin de la mort, la disparition de la face de son Père, sa royauté insultée par la couronne d’épines et le manteau de pourpre, et l’effrayante gradation des tortures de la croix. Si jamais une âme d’homme dut être déchirée par l’agonie, accablée d’horreur, certes ce fut alors ! Mais au lieu de tristesse, de crainte et de frisson d’épouvante, écoutez ses prodigieuses paroles : « Je vous laisse Ma paix ! » Sûrement une telle paix en vaut la peine ! Sûrement une paix qui tient bon devant une vision si hideuse de trahison, d’agonie et de mort est une paix abondante ; il peut bien en dire : « Je vous la laisse, car elle durera ; c’est la paix de Dieu : elle demeure à toujours. Mes enfants, remarquez mon heure de crise, qui que ce soit d’entre vous n’en aura jamais de plus sombre ; ma paix demeure inébranlable. Ma paix a supporté l’épreuve suprême, donc elle ne peut jamais faiblir ; eh bien ! je vous la transmets. »

Il y a quelques années un ami nous raconta un incident de l’inondation de Johnstown que nous n’avons jamais oublié. Il demeurait en aval de cette ville infortunée, et quand l’inondation fit rage, il se précipita en même temps que d’autres sur un pont, muni d’une corde, pour arracher à la mort les malheureux entraînés au fil de l’eau. Pendant qu’il attendait, son attention fut attirée par l’approche d’une maison à moitié submergée que le torrent impétueux poussait rapidement vers lui, et sur le toit de laquelle il vit une femme étendue. Le coeur palpitant de sympathie, et avec le désir, ardent d’arriver à la sauver, il s’apprêta rapidement, et, comme l’étrange radeau approchait du pont, il jeta la corde, mais il manqua le but. Il court de l’autre côté du pont tandis que la maison s’engouffre sous une arche, et avec une hâte et une intensité fébriles, il jette encore sa corde, mais une fois de plus il échoue. « Alors, dit notre ami, lorsque tout espoir de salut se fut évanoui pour elle avec la seconde tentative infructueuse, et que son arrêt de mort devint inévitable, cette femme, inclinée sur la pente escarpée du toit, et sa tête appuyée sur sa main, se tourna, et me regarda avec douceur. Jusqu’à mon dernier jour je n’oublierai jamais l’expression de ce visage. Au lieu de la crainte, de l’horreur et de l’agonie qui, selon mon attente, devaient le crisper, c’était le calme et le repos, une paix inexprimable, sereine, stable. Elle me fit un gracieux signe de tête en reconnaissance de mes efforts pour la sauver, et, dans cette heure suprême, sa paix rayonnait d’une gloire dont rien sur terre ou sur mer ne peut donner l’idée, et dont l’éclat ne se laissait altérer ni par le rugissement terrible de la tempête ni par la lutte des éléments. »

« Ah ! mon ami, pensais-je, tandis que sa touchante histoire faisait jaillir les larmes de mes yeux, ce devait être une enfant du Seigneur ; elle Le connaissait ; et ce qui la gardait, c’était la « Paix de Dieu. »

Enfin, c’est une vie de: Puissance abondante pour le service.

Puissance abondante pour le service.

« Vous recevrez là puissance quand le Saint-Esprit viendra sur vous », avait dit Jésus, à ses disciples. Et leur vie devint aussitôt un incessant exemple de hauts faits accomplis avec la puissance de l’Esprit. « Étienne, rempli de foi et de puissance, faisait de grands prodiges et des miracles parmi le peuple (Act. VI, 8). »


Charles-G. Finney, entrant dans un moulin, était si rempli de la puissance de l’Esprit, que les ouvriers tombèrent à genoux en larmes par la seule présence de l’évangéliste, avant qu’il eût prononcé un mot.

Dans un « camp meeting », où les sermons les plus éloquents n’avaient absolument pas réussi à amener les hommes à la repentance, toute l’assemblée fondit en larmes de conviction et de douleur en entendant les paroles calmes d’un homme simple, manifestement rempli de l’Esprit. Un mot, une prière, un appel sérieux, un cantique, qui autrement passerait inaperçu, pénètre au fond du coeur, accompagné d’un mystérieux pouvoir, s’il provient d’une vie remplie de l’Esprit.

Moody témoigne qu’avant de connaître la plénitude de l’Esprit, jamais non plus il ne connut la plénitude de la puissance de Dieu dans sa prédication, mais qu’après cela jamais sa prédication ne manqua de produire quelques fruits.

Et la puissance de la vie abondante ne se limite pas à la prédication de la Parole de Dieu. Dieu donne à quelques-uns la puissance de la prière ; à d’autres la puissance du témoignage ; à d’autres la puissance du chant ; à d’autres la puissance dans l’épreuve et la douleur. Toute âme qui réalise la vie abondante de l’Esprit touche le coeur des autres avec une puissance dont l’étendue et l’intensité n’apparaîtront qu’à l’avènement du Seigneur.

La plénitude de l’Esprit ne limite pas ses fruits à l’amour, la paix et la puissance abondantes. C’est encore une vie d’abondante joie ; « la joie de l’Éternel sera votre force ; d’abondante patience, nous ceignant de courage au sein d’épreuves qui, sans cela, nous seraient insupportables ; d’abondante douceur, puisque la douceur même de Christ prend possession de nous ; d’abondante bonté, d’abondante foi, d’abondante humilité, d’abondant empire sur nous-mêmes. Tout cela n’est pas destiné aux seuls apôtres, pasteurs, missionnaires ou moniteurs, mais à tous les enfants de Dieu, car il est clairement dit : « La promesse est pour vous et pour vos enfants et pour tous ceux qui sont au loin. »


Quel en est le secret ?

Comment donc les aspirations de nos coeurs après la plénitude de l’Esprit seront-elles satisfaites ? Comment connaîtrons-nous son abondance d’amour, de paix, de joie et de puissance pour le service ? Quel est le secret de cette vie abondante, de cette plénitude de l’Esprit ?
Nous répondrons d’abord négativement : Ce n’est pas que nous n’ayons pas reçu le Saint-Esprit. Devant la faiblesse, la stérilité, le manqué d’amour, de joie, de paix et de force de beaucoup de vies chrétiennes, et sachant que ces fruits doivent résulter de là vie abondante de l’Esprit, un grand nombre se jettent dans cette conclusion extrême que l’Esprit n’a pas été reçu, sinon comment expliquer la faiblesse des manifestations de sa présence et de sa puissance ?
La première vérité que nous avons besoin de voir clairement, c’est donc que chaque enfant de Dieu a. reçu le don du Saint-Esprit. Il est de suprême importance, dans la recherche du secret de la vie abondante, que ce fait glorieux soit clairement reconnu et accepté par le croyant. Car s’il n’a pas reçu le Saint-Esprit, alors son attitude doit consister à attendre, à supplier et à rechercher le don qui ne lui appartient pas encore. Mais s’il a reçu le Saint-Esprit, il doit adopter une attitude entièrement différente, et au lieu d’attendre le Saint-Esprit, et de prier pour le recevoir, il doit se soumettre et s’abandonner à Celui qu’il a déjà reçu. Dans le premier cas, nous attendons que Dieu fasse quelque chose ; dans le second, c’est Dieu qui attend que nous fassions quelque chose.

On voit immédiatement que si une personne observe l’une de ces attitudes alors qu’elle devrait observer l’autre, elle ne peut aboutir qu’à la confusion et à l’échec. Par exemple, la condition toute simple de notre salut est la repentance de nos péchés et la foi en Jésus-Christ notre Seigneur. Or, maintenir une âme vraiment repentante dans l’attitude de la recherche du pardon et dans la supplication, au lieu de la pousser à croire, par un simple acte de foi en la Parole de Dieu, qu’elle a été pardonnée en Christ, est une erreur désastreuse qui a pour résultat les ténèbres et le désespoir, au lieu de la lumière et de la joie que Dieu veut lui communiquer. Par contre, essayer d’amener un pécheur impénitent à « croire seulement », plutôt qu’à se repentir d’abord de ses péchés, ce sera le maintenir dans les ténèbres tout aussi épaisses du formalisme et de l’hypocrisie. Les deux cas sont les mêmes. Si le manque de plénitude est dû, comme nous en sommes persuadés, non à l’absence du Saint-Esprit en nous, mais au fait que nous ne nous sommes pas abandonnés à cet Esprit, alors, c’est une méprise terrible et mortelle que de pousser une âme à attendre et à chercher, au lieu de la presser de se soumettre et de s’abandonner. C’est lui faire poursuivre un but contraire à celui de Dieu. Elle est toujours à crier à Dieu de lui donner le Saint-Esprit, de la baptiser de l’Esprit. Mais Dieu l’a déjà fait pour toute âme qui est en Christ, et il l’appelle à remplir certaines conditions par le moyen desquelles elle connaîtra la plénitude de l’Esprit, non de l’Esprit à venir, mais de l’Esprit qui déjà est en elle. N’avons-nous pas vu des enfants de Dieu dans l’attente, les cris et l’agonie, pendant des jours, des mois et même des années longues et pénibles, pour obtenir le don du Saint-Esprit, parce qu’ils ne connaissaient pas la vérité révélée sur ce point ? Car c’est la Vérité qui nous affranchit et sans elle il n’y a pas de liberté.

Ainsi donc, la Parole de Dieu enseigne clairement que nous tous, qui sommes enfants de Dieu, nous avons « reçu le Saint-Esprit », ou, comme l’Écriture l’exprime « le don du Saint-Esprit. »


1. Nous avons rempli les conditions requises pour recevoir le don du Saint-Esprit.

 Quelles sont ces conditions ? Nous devons nous attendre à ce qu’elles soient très simples, et facilement intelligibles pour les moins instruits. Dieu ne voudrait pas faire dépendre le plus grand don de son amour après celui de son Fils, de conditions autres que les plus simples et les plus claires. À travers tous les siècles, sa Providence préparait l’accomplissement de la grande promesse de l’Esprit. Il ne voudrait pas maintenant qu’aucun de ses enfants se trompât de chemin. Il en a fait une grande route, et y a dressé des poteaux indicateurs si clairs, si explicites que seules les opinions humaines préconçues, doctrines, théories, théologies et obscurcissement d’esprit, ont pu nous égarer aussi complètement.
Et, quand nous avons essayé de mettre de côté nos propres vues et de chercher notre lumière dans la seule Parole de Dieu, nous avons compliqué la question en nous bornant à étudier exclusivement l’expérience des apôtres le jour de la Pentecôte. Voyant là le « modèle placé pour nous sur la montagne », nous avons cru, consciemment ou inconsciemment, que les mêmes circonstances devaient se répéter. Notons ici que dans notre recherche des conditions du don du Saint-Esprit, nous nous sommes arrêtés sur ce que les apôtres ont éprouvé, sans tenir compte de ce qu’ils ont enseigné, le jour de la Pentecôte. Or, l’expérience que fait un homme à sa conversion peut être tout à fait merveilleuse, et accompagnée de circonstances impressionnantes. Mais bien des hommes qui ont fait, à ce moment-là, une expérience authentique et glorieuse échouent complètement dans leurs efforts pour conduire à Christ d’autres âmes. Pourquoi ? Parce qu’ils introduisent dans les directions qu’ils donnent aux chercheurs anxieux des conditions tirées de leur propre expérience, et qui ne sont pas les conditions essentielles de l’Écriture. Ils nous enseignent à prier sans cesse, à attendre non seulement dix jours, mais dix ans s’il le faut, la promesse du Consolateur, à espérer d’étonnantes expériences, etc…

Combien d’âmes avides ont été ainsi plongées dans une confusion sans espoir, et dans les ténèbres spirituelles. C’est la même erreur que pour la conversion. On s’efforce de nous guider exclusivement par l’expérience apostolique, plutôt que par l‘enseignement apostolique. Mais leur expérience est bien plus difficile à analyser que leur enseignement, et on peut dire en toute sincérité que leur expérience sortait des règles établies pour nous, sous ces trois rapports importants, qu’ils ont vécu avant la venue de Christ, pendant sa vie terrestre, et après son départ. De sorte qu’ils ont eu, une certaine expérience du Saint-Esprit comme croyants de l’Ancienne Alliance, une autre expérience quand le Christ ressuscité souffla sur eux et dit : « Recevez le Saint-Esprit », une autre encore lorsque Christ, après son Ascension, répandit sur eux le Saint-Esprit à la Pentecôte. Il n’en est pas de même de nous. Selon nous, la question importante n’est pas de savoir comment les apôtres – qui ont pour ainsi dire vécu à travers la dispensation, du Père, celle du Fils, et celle du Saint-Esprit – ont reçu le Saint-Esprit, mais comment des hommes qui ont vécu, comme nous, sous la dernière seule, l’ont reçu. L’expérience qui peut nous servir de modèle n’est pas tant celle des apôtres, qui même avaient cru en Jésus avant le don du Saint-Esprit, que celle des âmes converties par les apôtres.
Ces âmes ont cru en Jésus exactement comme nous, après que l’oeuvre du Christ a été accomplie, et après que le Saint-Esprit a été donné. Demandons-nous donc, non pas ce qu’a été l’expérience des apôtres, mais ce qu’a été leur enseignement, non pas comment ils ont reçu le Saint-Esprit, mais comment ils ont appris aux autres à le recevoir. Et ici, comme toujours, nous trouvons la Parole de Dieu merveilleusement simple, si nous voulons mettre de côté nos préjugés, et l’écouter parler. Car, ce même jour de la Pentecôte, l’enseignement des apôtres a été tout aussi clair que leur expérience a été merveilleuse.

S’il y eut jamais un moment où la présence de Dieu remplit un être humain, brûla dans un coeur humain, et inspira à des lèvres humaines un enseignement sans erreur, sûrement ce fut lorsque Pierre prêcha son grand sermon le jour de la Pentecôte. Tout enflammé qu’il était par la Vertu d’En-Haut, ce fut le Dieu de vérité lui-même qui parla par sa voix, et qui, au cri d’appel de la multitude : « Que ferons-nous ? » répondit par des directions divines et des enseignements divins. Et que dit-il ? « Alors Pierre leur dit :
Repentez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ pour la rémission des péchés, et vous recevrez le don du Saint-Esprit (Act. II, 38). »

Il est évident, d’après beaucoup de passages de la Parole de Dieu, que le baptême était une ordonnance administrée à quiconque croyait en Christ comme en Celui qui a porté nos péchés, de sorte que Dieu annonce ici par Pierre cette grande vérité que : Les deux grandes conditions pour recevoir le Saint-Esprit sont : la Repentance et la Foi en Christ pour la rémission des péchés. Aucune autre condition n’est exigée.

Repentez-vous de vos péchés, croyez au Seigneur Jésus pour la rémission de vos péchés, et vous obtiendrez le don du Saint-Esprit. Il y a pour nous deux choses à faire, puis Dieu en fait une. Si vous faites ces deux choses, Dieu dit que vous recevrez. La promesse est absolue, l’homme n’a pas le droit d’introduire aucune autre exigence entre « repentez et croyez » et « vous recevrez », puisque Dieu n’en ajoute aucune. Si une âme se repent sincèrement, et croit au Seigneur Jésus-Christ pour la rémission de ses péchés, alors Dieu ne manque pas d’accomplir sa promesse – « Vous recevrez. »

La seule question que l’enfant de Dieu, qui doute s’il a reçu le don du Saint-Esprit, doive se poser, est celle-ci : « Me suis-je détourné du péché avec un coeur honnête, et me suis-je confié, non en mes propres oeuvres, mais en Jésus-Christ comme en Celui qui a porté mes péchés et qui me sauve ? Si oui, Dieu m’a donné le Saint-Esprit, et la paix que je sens dans mon coeur vient de ce seul Esprit dont il est dit que « si un homme ne l’a pas, il n’est pas à Lui. » Si nous ne nous sommes jamais sincèrement repentis, ou si nous n’avons jamais mis notre confiance en Jésus seul, alors, nous n’avons pas reçu l’Esprit. Mais si nous avons rempli ces deux simples conditions – et il est aisé de nous en rendre compte – alors Dieu a dû nous accorder son grand don.

Cependant Dieu ne permet pas que nous ayons pour seul appui la logique, quand même elle serait aussi sûre qu’on vient de le voir, mais il confirme par une seconde preuve l’assurance que nous avons d’avoir reçu l’Esprit, à savoir :


2. Par le témoignage de l’Esprit lui-même ;

par notre propre expérience de son entrée en nous le jour où nous avons rempli ces conditions. « Étant donc justifiés par la foi, nous avons la paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus-Christ. » Plusieurs d’entre nous ne se rappellent-ils pas le jour même, l’heure, l’endroit où, après s’être repentis et avoir mis leur foi en Jésus-Christ, leurs coeurs ont été remplis d’une paix merveilleuse, et de la joie qui en résulte ? Même si pour quelques-uns, elle ne s’est pas produite à un moment ou dans un lieu précis, pourtant, l’expérience de notre coeur au sujet de cette paix, et de la façon dont elle a remplacé la détresse et le trouble qui depuis des années habitaient en nous, pour être graduelle, n’a été ni moins claire ni moins étonnante. L’Esprit a rendu témoignage à notre esprit. Aucune force existante ne pouvait nous apporter la paix au sujet de nos péchés passés, sinon le Saint-Esprit. Jésus seul est notre paix en ce qui concerne le passé, et le Saint-Esprit seul pouvait faire faire à nos coeurs l’expérience de cette paix. Le fait qu’elle est en nous, est une preuve absolue que l’Esprit y est aussi. Que personne ne nous dérobe cette attestation consciente de sa présence. Nous savons qu’il est en nous parce que nul autre que lui ne pouvait, opérer en nous des résultats comme ceux dont nous avons conscience. Nous nous, sommes repentis ; nous avons cru, et il est entré et habite en nous à toujours. Que nos coeurs se calment. Peu importe si ce n’est pas là, ce que nous voulions dire pur « le don du Saint-Esprit, » c’est ce que Dieu dit. Et plus tôt nous employons les termes de Dieu, acceptons les déclarations de Dieu, et obéissons aux commandements de Dieu plus vite aussi les ténèbres qui couvrent cette grande vérité seront dissipées, et laisseront luire sur nos âmes la claire splendeur du jour.


3. C’est la constante assertion de la Parole de Dieu au sujet des croyants.

 Remarquez l’énergie. de ces expressions : « Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous (I Cor. III, 16) ; » non pas que nous serons dans la suite, mais que maintenant, nous, croyants, nous sommes le temple de Dieu, et que l’Esprit habite maintenant (le verbe est au présent) en nous. Remarquez encore le temps des verbes de la phrase suivante : « Eh ! quoi, ne savez-vous pas que vos corps sont le temple du Saint-Esprit qui est en vous, et que vous avez reçu de Dieu (I Cor. VI, 19). « Et encore : « Car vous êtes le temple du Dieu vivant (I Cor. III, 16). » Et encore : « Examinez-vous vous-mêmes pour voir si vous êtes dans la foi : éprouvez-vous vous-mêmes. Ne reconnaissez-vous pas que Jésus Christ est en vous ? à moins peut-être que cette épreuve ne tourne contre vous (2 Cor. XIII, 5). » Comme ce dernier passage est clair sur le point qui nous occupe.

Notez de nouveau la simple condition : « Examinez si vous êtes dans la foi, » c’est-à-dire : « Êtes-vous des croyants ? Vous reposez-vous tout simplement sur le Seigneur Jésus Christ pour votre salut ? Si Oui, ne reconnaissez-vous pas qu’en ce qui vous concerne, Jésus-Christ est en vous ? à moins qu’en vous examinant vous-mêmes, l’épreuve ne tourne contre vous, et que votre confiance ne repose non sur Christ, mais sur autre chose. »

Comme tout cela est simple et comme tout cela s’accorde avec la vérité telle que Pierre la prêchait ! Pierre dit : « Repentez-vous, et croyez en Jésus-Christ », et Paul dit à ceux qui se sont repentis et sont maintenant des croyants : « Ne savez-vous pas que la seule question que vous deviez vous poser est celle-ci : Est-ce que je me confie en Christ ? Si oui, Jésus habite en vous par le Saint-Esprit. » Bien-aimés, n’eussions-nous jamais eu la moindre expérience sensible de la présence du Saint-Esprit en nous, ce serait encore une témérité de notre part, pour ne rien dire de plus, que de nier le fait glorieux de son habitation en nous en face des assertions constantes, explicites de Dieu qui déclare que nous sommes son temple, qu’il habite en nous et que nous avons reçu actuellement de Dieu ce grand don de l’Esprit.


4. Christ et les Apôtres considèrent toujours cette vérité comme admise quand ils s’adressent aux croyants.

Entendez le cri de surprise de Paul de ce que pour un moment ils pourraient avoir perdu de vue cette vérité fondamentale : « Eh ! quoi, ne savez-vous pas (I Cor. VI, 15) ? » Est-ce ignorance ou bien oubli de cette grande et glorieuse vérité que le Saint-Esprit habite en vous ( I Cor. Ill, 16) : « Allez-vous douter de sa présence sous prétexte que l’expérience que vous en faites n’est pas aussi surprenante que vous le supposiez ?

N’oubliez pas que son habitation en vous dépend non de vos émotions, mais de votre union avec Christ qui depuis longtemps a été opérée par Dieu, grâce à votre foi en lui ( I Cor. I, 30) ». Voyez encore Act. XIX, 2 ; Paul ne demande pas : « Avez-vous reçu le Saint-Esprit depuis que vous avez cru ? » mais : « Avez-vous reçu le Saint-Esprit lorsque vous avez cru ? » montrant ainsi que, d’après lui, tout enfant de Dieu reçoit ce don au montent même de sa repentance et de sa foi en Christ.

Notez de même l’attitude de Christ en face de la même vérité dans l’usage constant qu’il fait du mot « demeurer ». « Demeurez en moi, et moi en vous. » « Si vous demeurez en moi… » « Et maintenant, petits enfants, demeurez en lui (I Jean, II, 28). » Quelle est ici la vérité ? Clairement celle-ci : Le mot « demeurer » signifie rester, habiter dans un endroit où l’on se trouve déjà. Ainsi lorsqu’on invite un groupe de personnes à demeurer, à rester dans une chambre, chacun comprend de suite que les personnes à qui on s’adresse sont déjà dans cette chambre. Lorsque Paul dit : « A moins que les matelots ne demeurent dans le vaisseau, vous ne pouvez être sauvés (Act. XXVII, 31), nous comprenons que les matelots étaient déjà dans le vaisseau. Par contre, l’invitation de Christ au pécheur est : « Viens, » parce qu’il est loin de Christ. Mais le mot qu’il adresse au croyant est : « Demeure, reste, » car il est déjà, et pour toujours, en Christ. Nul ne peut être en Christ, et n’avoir pas reçu le Saint-Esprit. C’est impossible. Car C’est lui qui donne le Saint-Esprit. En lui est la vie, et au moment même où nous sommes unis à lui par la foi, il faut que nous recevions l’Esprit. Le fil ne peut être uni au dynamo sans recevoir le fluide électrique ; le sarment ne peut être uni au cep sans recevoir le frisson de la vie ; nous ne pouvons pas davantage être unis à Christ par la foi sans recevoir le grand don que nous confère sa résurrection. « Je suis le cep, et vous êtes les sarments. »

Mais quelqu’un dira : « Je crois que c’est le Saint-Esprit qui m’a régénéré, et que je ne pouvais pas naître de nouveau sans son intervention

Mais je ne crois, pas que ce soit là ce que Dieu appelle « recevoir le Saint-Esprit. » N’y a-t-il pas pour le croyant une seconde expérience dans laquelle, après sa conversion, il reçoit le Saint-Esprit pour servir avec une puissance et un succès plus grands qu’il n’avait jamais connus auparavant ? Est-ce que Paul n’a pas dit aux Éphésiens convertis : « N’avez-vous pas reçu le Saint-Esprit depuis que vous avez cru (Act. XIX, 2) ? » et cela ne prouve-t-il pas clairement qu’on peut être chrétien et pourtant n’avoir pas reçu ensuite le Saint-Esprit ? »

À cela, nous répondons à la fois oui et non.

Il existe une plénitude du Saint-Esprit qui n’est pas donnée à la plupart des chrétiens à leur conversion, et qui, par conséquent, est d’ordinaire, dans l’ordre du temps, une seconde expérience. Mais elle n’est pas « le don du Saint-Esprit », ni « la réception du Saint-Esprit », ni « le baptême du Saint-Esprit » tel que la Parole de Dieu l’enseigne.

Le Saint-Esprit est reçu une fois pour toutes à la conversion. Il est une personne. Il fait son entrée alors une fois pour toutes, et pour demeurer. Nous le recevons alors – quoique peut-être nous ne nous abandonnions pas à lui – pour le service comme pour la régénération. La plus grande expérience de sa présence et de son pouvoir qui fait suite à la conversion tôt ou tard, ce n’est pas le don du Saint-Esprit, la réception du Saint-Esprit, ou le baptême du Saint-Esprit, dans le sens où Dieu emploie ces termes, mais c’est, en réponse à notre consécration, la plénitude de cet Esprit-Saint qui déjà nous a été donné à la régénération.

Le jour de la Pentecôte, le Saint-Esprit est descendu pour former l’Église, le corps mystique de Christ. En ce grand jour, Christ baptisa l’Église du Saint-Esprit. En conséquence, puisque chacun de nous devient par la foi un membre de ce corps, nous sommes baptisés du même Esprit qui habite dans ce corps ; nous recevons le don du Saint-Esprit. Nous ne pouvons pas saisir cette vérité trop clairement, car notre coeur naturel plein de ruse n’est que trop prompt à se réfugier dans la prière, dans l’attente pour recevoir, et à éluder ainsi le moyen réel, qui est un abandon absolu à Celui que nous avons reçu. La chair est si subtile qu’elle est heureuse, par ses prières d’attente, de rejeter sur Dieu la responsabilité de donner, si par là elle peut éviter le moyen réel que Dieu nous impose, et qui est une soumission pleine et entière à Celui qui déjà nous a été donné. Il en est exactement comme du pécheur qui aime beaucoup mieux prier, et attendre de Dieu une bénédiction, que de faire le sacrifice qui lui apporterait la bénédiction.

Mais comment expliquer l’enseignement donné aux convertis d’Éphèse d’après lequel on doit recevoir le Saint-Esprit après avoir cru ? Cela ne prouve-t-il pas qu’un grand nombre, quoique chrétiens, n’ont pas reçu le Saint-Esprit, et que là est le secret de leur impuissance et de leurs défaites ? Eh bien ! si nous étudions ce cas à la lumière de la Parole de Dieu, et avec un esprit sans détour, nous verrons que ce passage si souvent cité (Act. XIX, 2), non seulement ne se comprend pas, si les croyants ne doivent recevoir le don du Saint-Esprit qu’après la régénération, mais qu’il est même une des plus fortes preuves, que les apôtres s’attendaient à ce que les hommes reçoivent le Saint-Esprit à la conversion. En d’autres termes, l’enseignement de Paul est exactement celui de Pierre sur ce grand sujet. Nous nous rappelons que d’après le chapitre précédent, les simples conditions indiquées par Pierre pour recevoir le don du Saint-Esprit, étaient la Repentance et la Foi en Jésus-Christ pour la rémission des péchés. Ces deux choses étaient seules nécessaires. Mais remarquez aussi que toutes deux étaient nécessaires. Une seule n’eût pas été suffisante. Il faut qu’on se repente et qu’on croie.

Se borner à se repentir de ses péchés, sans croire en Jésus-Christ pour la rémission des péchés, ne confère à personne le don du Saint-Esprit, car l’une des deux conditions essentielles est absente. De même, essayer de croire au Seigneur Jésus-Christ sans se repentir de ses péchés ne conférera pas, ne peut conférer le don du Saint-Esprit, pour la même raison, à savoir l’absence, cette fois-ci, de la condition nécessaire de la repentance.

Nous, n’avons pas besoin de faire plus que Dieu ne demande, mais nous ne pouvons pas faire moins. L’expérience de tout ouvrier du Christ confirme cela. Que de fois nous rencontrons des hommes qui cherchent le salut, mais ne trouvent jamais la paix qui est le témoignage du Saint-Esprit, parce qu’il y a quelque péché secret qui n’a pas été abandonné, quelque lacune spéciale dans leur repentance. Ou encore, telle personne qui se repent vraiment ne peut trouver la paix parce qu’elle ne veut pas croire en toute simplicité à l’oeuvre d’expiation accomplie par Jésus-Christ pour la rémission de ses péchés.

Une multitude de cas semblables prouvent jusqu’à l’évidence cette grande vérité de la Parole de Dieu qu’il n’y a que deux conditions essentielles pour recevoir le don du Saint-Esprit, à savoir la repentance et la foi, et que la seule raison pour, laquelle on ne le reçoit pas, c’est qu’on ne s’est pas repenti, ou bien qu’on ne croit pas en Jésus-Christ pour la rémission des péchés.

Avec cette vérité dans l’esprit, considérez maintenant Act. XIX, 1-6. Paul arrive à Éphèse, et y trouvant quelques disciples, il leur dit, non pas, nous l’avons vu. « Avez-vous reçu le Saint-Esprit depuis que vous avez cru ? » mais. « Avez-vous reçu le Saint-Esprit quand vous avez cru ? » montrant par là que lui, Paul, s’attendait à ce qu’ils aient reçu le Saint-Esprit à l’époque où ils avaient renoncé au péché. Ces hommes répondent négativement. Alors, Paul commence de suite à en rechercher la cause, et il la cherche dans l’ordre exact des conditions indiquées par Pierre et qui ont. déjà été citées

– « De quel baptême avez-vous donc été baptisés ? »

– « Du baptême de Jean », répondent-ils

– Oh ! je comprends, réplique Paul, « mais ne savez-vous pas que Jean a baptisé seulement du baptême de la repentance ? Or, la repentance ne suffit pas pour conférer le don du Saint-Esprit ; vous devez aussi croire en Jésus-Christ. » Après avoir entendu cela, ils crurent en Jésus-Christ et furent baptisés en son nom, ils reçurent le Saint-Esprit. Ces gens n’étaient pas croyants à notre manière. C’était, pratiquement, des croyants de l’ancienne alliance, non de la nouvelle. On ne peut les classer que parmi les convertis de Jean, qui n’ont pas reçu, et ne pouvaient recevoir le Saint-Esprit, car ils ne remplissaient pour cela que l’une des deux conditions, la repentance.

Bien loin d’être des croyants à notre manière, et de pouvoir être cités pour prouver que les croyants doivent recevoir ; le Saint-Esprit comme une seconde expérience après la conversion, ces gens, nous apprend-on distinctement, n’avaient pas cru du tout en Jésus-Christ jusqu’à ce moment. Paul ne fit que suppléer à la condition de salut qui leur manquait sous le Nouveau Testament, et qui est la foi eu Christ, condition qu’on aurait dû leur enseigner au moment de leur repentance.

Ils se trouvaient dans la même situation qu’une âme pénitente de nos jours qui s’est sincèrement repentie de ses péchés, mais n’a pas encore été amenée à croire en Jésus-Christ pour la rémission de ses péchés. Tel était l’obstacle à la réception du don du Saint-Esprit, tel il est encore maintenant. Mais alors le contexte scripturaire, qui nous explique les choses, nous semble fixer pour toujours le sens de ce passage controversé.

Si nous revenons au chapitre précédent, nous trouvons une explication qui rend l’épisode entier aussi clair que le jour. Au verset 24 il est dit : « Un certain juif nommé Apollos… vint à Éphèse… il parlait avec ferveur d’esprit, et enseignait soigneusement ce qui concerne Jésus, bien qu’il n’eût connaissance que du baptême de Jean, » C’est-à-dire du baptême de la repentance (Act. XIX, 4). Tout en connaissant à fond les écrits de l’Ancien Testament, il ignorait évidemment le plan complet du salut, de sorte que Priscille et Aquilas, après l’avoir entendu, « le prirent avec eux, et lui exposèrent plus exactement la voie de Dieu (v. 26), » l’instruisant sans aucun doute de la foi en Christ pour la rémission des péchés. Apollos part maintenant pour Corinthe, et Paul arrivant à Éphèse, trouve des disciples qu’Apollos avait mal instruits, une douzaine de personnes, qui n’avaient pas reçu le Saint-Esprit. Et pourquoi ?

Simplement parce qu’ils n’avaient pas encore cru en Jésus-Christ. Ils étaient bien croyants, dans le sens où les disciples de Jean étaient des croyants, puisqu’ils avaient « la repentance envers Dieu », mais ils n’avaient pas « la foi en notre Seigneur Jésus-Christ. » Voilà pourquoi Paul ajoute la condition qui manque à leur conversion selon le Nouveau Testament, et ils reçoivent le Saint-Esprit, non comme une seconde expérience faite par des croyants accomplis, mais, comme la première expérience de gens qui n’avaient pas du tout cru en Christ comme nous croyons en lui. Au lieu de prouver que le chrétien ne reçoit pas le don du Saint-Esprit à sa conversion, mais comme un second revêtement, ce passage est une preuve irrévocable du contraire et démontre que les apôtres en cas de non-réception commençaient à rechercher laquelle des deux simples conditions du salut évangélique avait été négligée au moment où l’on était devenu disciple, soit la repentance, soit la foi.

Prenons encore le cas des Samaritains, rapporté Actes VIII, 5-25. « Ici, objecte-t-on, nous sommes clairement avertis qu’ils crurent à la prédication de Philippe au sujet de Christ, et qu’ils furent baptisés. » C’est vrai, ils crurent, intellectuellement tout au moins, au Seigneur Jésus-Christ. Pourquoi donc ne reçurent-ils pas le Saint-Esprit ? – Étant donné que Dieu dit clairement que quiconque se repent et croit en Christ, le reçoit, il faut conclure en toute évidence qu’ils ne s’étaient pas sincèrement repentis. Voilà donc un cas, pensons-nous, où l’autre condition, celle de la repentance d’un coeur sincère, a fait défaut, quoique les Samaritains aient professé de croire en Christ. Ce fut sûrement le cas de l’un d’entre eux. Car Simon le magicien avait confessé sa foi et reçu le baptême à cette époque, et pourtant Pierre lui déclare : « Ton coeur n’est pas droit devant Dieu. »

Un examen attentif de ces passages, les deux principaux que l’on cite pour prouver que le don du Saint-Esprit est accordé comme une seconde expérience dans la vie du croyant, montrera, croyons-nous, qu’ils ne s’appliquent nullement à nous, si nous sommes des croyants, mais prouvent seulement que celui qui cherche Christ doit, et se repentir, et croire pour recevoir le don du Saint-Esprit.

Il résulte encore de là, que tout enfant de Dieu a, lui aussi, été baptisé du Saint-Esprit. Le don du Saint-Esprit et le baptême du Saint-Esprit sont à nos yeux absolument synonymes dans le sens où Dieu emploie ces expressions. Jean baptisait d’eau, en disant à ses disciples de croire en Celui qui viendrait après lui et qui les baptiserait du Saint-Esprit. Tel était le caractère distinctif dont le Christ ressuscité devait marquer son baptême.

Lorsque des hommes se tournaient vers Dieu à la prédication de Jean, il les baptisait d’eau. Mais quand ils se tournent vers lui sous la dispensation évangélique, Jésus-Christ les baptise du Saint-Esprit. Il n’y a pas un seul exemple dont nous nous souvenions, où le baptême du Saint-Esprit ait été une seconde expérience du croyant. Les apôtres furent à diverses reprises « remplis » d’une nouvelle onction, semble-t-il, du Saint-Esprit, mais n’en reçoivent pas un nouveau baptême. Et jamais il n’est dit d’un seul converti qui a reçu l’Esprit dans la régénération, qu’il en a été ensuite baptisé. La raison en est claire. Le baptême était simplement un rite initial. Il était administré à l’entrée du Royaume de Dieu. Les deux baptêmes se placent à la même époque, soit celui de Jean, baptême d’eau, soit celui de Christ, baptême du Saint-Esprit, c’est-à-dire au seuil de la vie chrétienne, et non à une étape ultérieure.

Ainsi donc, quand on presse les croyants de recevoir le baptême de l’Esprit, nous sommes d’accord si l’on veut, mais avec l’arrière-pensée qu’il s’agit de la plénitude de l’Esprit qui n’est encore ni connue ni possédée, bien qu’elle soit notre apanage d’enfants de Dieu. L’expression employée n’est pas heureuse, car à notre connaissance elle n’est jamais employée en ce sens dans l’Écriture, et elle induit les hommes en erreur, en leur faisant attacher à une certaine phrase une signification différente de celle que Dieu lui donne. Deux interlocuteurs qui se servent d’un mot auquel chacun attache un sens différent aboutiront bientôt à une confusion sans issue. Il en a été ainsi sur cette grande question, et elle s’éclaircirait merveilleusement si nous voulions non seulement étudier ce qu’en dit la vérité de Dieu, mais encore adopter les termes par lesquels elle s’exprime, et employer « le don », « recevoir » « le baptême du Saint-Esprit », exactement dans le sens où Dieu les emploie lui-même dans sa Parole inspirée.

En fait, la réception du Saint-Esprit dépend d’une série de conditions et la plénitude du Saint-Esprit dépend d’une autre. Sous prétexte que nous n’en possédons pas la plénitude, nous sautons à la conclusion que nous ne l’avons pas reçu. La vérité, c’est que nous devons accepter une fois pour toutes le fait que nous l’avons reçu, et nous hâter de chercher le secret de sa plénitude.

Bien-aimés, que votre coeur ne se répande pas plus longtemps en supplications pour recevoir le don du Saint-Esprit, mais plutôt qu’il soit rempli de louanges de ce que vous l’avez reçu, et de ce qu’il habite en vous. Lisez et relisez les déclarations positives de Dieu à ce sujet. Pesez-les avec soin. Rappelez-vous vos expériences de joie et de paix lorsque le Saint-Esprit fit son entrée. Notez l’affirmation constante des épîtres que le croyant est le sanctuaire, le « lieu saint » où l’Esprit habite. Puis souvenez-vous que celui qui se place au point de vue de Dieu est sur un terrain solide. Ne laissez personne ébranler votre confiance sur ce point. Répétez les paroles divines : « Vous êtes le temple du Saint-Esprit, qui est en vous, que vous avez reçu de Dieu, » jusqu’à ce que vous soyez a jamais affermi dans cette glorieuse vérité.

Si, malgré tout, vous avez conscience du manque de force, de joie, de fruits, dans votre vie, sachez qu’il existe une plénitude de cet Esprit qui est en vous une vie de paix abondante, de puissance, de joie, d’amour ; une vie de liberté, une vie de victoire sur vous-même et sur le péché ; que cette vie est offerte à tout enfant de Dieu qui veut la recevoir en en remplissant les conditions ; que, par conséquent, elle est pour vous. Hâtez-vous donc d’apprendre le secret de sa plénitude.

En résumé, nous croyons que la Parole de Dieu enseigne :
Que tout croyant a reçu le Saint-Esprit, le don du Saint-Esprit, le baptême du Saint-Esprit ;
Que le secret tout simple de son entrée est la repentance et la foi ;
Qu’il y a une plénitude du Saint-Esprit, plus abondante que celle qui est habituellement reçue à la conversion ;

Qu’il y a certaines conditions à cette plénitude, différentes des conditions au moyen desquelles le Saint-Esprit a été reçu. On peut donc recevoir le Saint-Esprit, et cependant n’en pas connaître la plénitude ;

Quel est alors le secret de cette plénitude ?

2. Le secret de sa plénitude.

La consécration à Christ.

Donnez-vous à Dieu.
(Rom. VI, 13.)

Offrez vos corps à Dieu.
(Rom. XII, I.)

Paul, esclave de Jésus-Christ.
(Rom. I, 1.)

S’il est vrai que nous avons reçu le don du Saint-Esprit ; que nous avons été baptisés du Saint-Esprit ; qu’il est entré dans notre vie pour y demeurer à toujours ; quel est alors le secret de la plénitude, de la vie abondante de paix, de force et d’amour ?

Nous répondons :

L’abandon absolu, sans condition, de notre vie à Dieu, pour faire sa volonté au lieu de la nôtre. 

Ainsi, quand nous abandonnons nos péchés et croyons, nous RECEVONS le Saint-Esprit ; quand nous abandonnons notre vie et croyons, nous sommes REMPLIS du Saint-Esprit. L’envoi du Saint-Esprit est la réponse de Dieu à la REPENTANCE et à la foi ; la plénitude de l’Esprit est la réponse de Dieu à l’ABANDON et à la foi.

À la conversion, l’Esprit entre ; à l’abandon l’Esprit, déjà entré, prend entière possession. La suprême condition humaine de la plénitude de l’Esprit est une vie entièrement abandonnée, à Dieu pour faire sa volonté. Cela est vrai :


1. D’après la raison.

 Tous les nuages qui ont obscurci le pur éclat de cette grande vérité dans nos âmes s’évanouiront aux regards de quiconque réfléchira sérieusement à la grande vérité scripturaire et expérimentale de la double nature du croyant.

Remarquons d’abord la condition du pécheur. Il n’a qu’une nature, « le vieil homme ». Il est proclamé absolument mort dans ses fautes et dans ses péchés. Il a la vie du moi, et non la vie de Dieu, en lui. Il marche selon la chair, et rien que selon la chair. L’Esprit peut contester, et conteste avec lui, mais non en lui, car celui-là seul « qui est à Christ » a l’Esprit.

Mais voilà qu’intervient un changement merveilleux. Il se repent, et croit au Seigneur Jésus-Christ. Qu’arrive-t-il ? Il est né de nouveau, né d’en haut, né de Dieu, né de l’Esprit. Et que signifient ces expressions ? Simplement qu’une vie nouvelle, une vie divine, la vie de Dieu, est entrée en lui. Dieu lui-même, dans la personne de son Saint-Esprit, est venu habiter en lui ; il a reçu le Saint-Esprit. Il a maintenant ce que le pécheur n’a pas, une nouvelle nature.

Mais quand la vie nouvelle, la vie de l’Esprit est entrée, est-ce que la vieille vie, le « vieil homme » est sorti ? Hélas, non ! Si le vieil homme était parti, recevoir l’Esprit, serait alors en être rempli de suite, et, pour toujours, car il aurait l’entière possession de notre être. Mais tel n’est pas le cas. La vieille vie ne s’en va pas lorsque la nouvelle fait son entrée ; la Parole de Dieu et notre propre expérience sont très claires à ce sujet. Maintenant le croyant possède, dirait-on, une double nature. En lui « la chair » et « l’Esprit », la vieille vie et la nouvelle coexistent. Les deux habitent en lui. Mais, comme de mortels ennemis, ils luttent pour avoir la direction de sa vie. « La chair a des désirs contraires à ceux de l’Esprit et l’Esprit en a de contraires à ceux de la chair. » Car chacun des deux veut non seulement être en lui, mais avoir pleine possession de lui. Chacun désire le remplir.

Le problème est donc changé. Ce n’est plus comment recevra-t-il l’Esprit ? Cette question est résolue ; il a reçu l’Esprit. Mais il trouve que l’Esprit n’est que co-occupant en même temps que la chair. La question est donc désormais : Ayant en lui deux natures, comment pourra-t-il être rempli d’une seule d’entre elles ? Comment connaîtra-t-il la plénitude et la vie abondante de l’Esprit, et sera-t-il délivré de la vie et du pouvoir de la chair ? La réponse semble limpide. Comment pourra-t-il avoir la plénitude, sinon en se livrant complètement à celle des deux natures dont il veut être rempli ? Il a le pouvoir de choisir ; il peut se livrer à l’une où à l’autre. N’est-il pas clair que la vie à laquelle il se livrera le remplira ? Quand autrefois il se livrait comme esclave à la chair (Rom. VI, 19), n’était-il pas rempli de toute sorte d’injustice (Rom. I, 29). De même à présent, dans la proportion où il se livre à l’Esprit (Rom. VI, 19), ne sera-t-il pas rempli de cet Esprit ? Il en est comme du doux air pur du printemps quand il entre dans un appartement rempli de mauvaises odeurs. Vous lui ouvrez une chambre, mais vous laissez les autres fermées et en possession de la vieille atmosphère fétide. Il est vrai que l’air pur est entré, mais comment remplira-t-il la maison à moins que vous ne lui livriez complètement cette maison, ouvrant tous les recoins et tous les angles à son souffle embaumé ? Ou bien encore, c’est comme une fontaine alimentée par deux puissantes sources jaillissant du sol, l’une d’eau, l’autre de pétrole. Il n’y a pas de doute que la fontaine reçoive de l’eau, car l’eau y coule à flots sans cesse. Mais, comment peut-on la remplir d’eau, sinon en la livrant tout entière à la source vivifiante, en détournant et en bouchant la source de pétrole ? Il en est de même du Saint-Esprit.

Il est vrai qu’il est entré dans le coeur de chaque croyant, et qu’il y habite et y demeurera toujours. Cependant, tout croyant ainsi cohabité par la chair et par l’Esprit, peut continuer à céder à la chair, au point de contrarier, étouffer et entraver toute manifestation de la plénitude de l’Esprit qui est en lui. Le fait que, même après la réception de l’Esprit il peut y avoir un empire du moi dans notre vie lorsque nous négligeons de nous livrer à l’Esprit, explique parfaitement et suffisamment que la plénitude de l’Esprit nous fait défaut. Quiconque réalise l’effrayant pouvoir de la vie propre au-dedans de lui, son hostilité contre Dieu, sa sensualité, qui contriste, et éteint l’Esprit, empêchant l’épanouissement de ses fruits bénis, comprend que la plénitude du moi suffise à expliquer le manque de plénitude de l’Esprit. L’embarras ne vient pas de ce que l’Esprit n’est pas entré, mais de ce qu’il ne rencontre pas la consécration qui lui permettrait de se manifester dans la plénitude qu’il voudrait obtenir. Le remède est donc clair, logique, inéluctable : refuser de livrer davantage sa vie à la domination du moi, et s’abandonner à l’Esprit pour que « la loi de l’Esprit de vie nous affranchisse, en Jésus-Christ, de la loi du péché et de la mort. »

C’est encore vrai :


2. D’après la révélation.

La Parole de Dieu est claire sur ce point. Paul s’appelle à diverses reprises « l’esclave » de Christ, entièrement consacré à lui pour faire non sa propre volonté, mais celle de Christ. « Je vous conjure donc, frères, par les compassions de Dieu, d’offrir vos corps à Dieu en vivant sacrifice (Rom. XII, 1 ). »


Écoutez Paul exhorter les croyants en ces termes :

« Livrez-vous à Dieu. » « Ne vous livrez, pas au péché. » « Si vous vous livrez à quelqu’un pour lui obéir, vous en devenez l’esclave. (Rom. VI, 16). » Comme vous vous êtes livrés au service de l’iniquité, de même livrez-vous au service de la justice, pour votre sanctification (19). « Mais maintenant, étant affranchis du péché (c’est l’acte de Dieu en Christ) et devenus les esclaves de Dieu (c’est votre acte de consécration qui vous fait réaliser la liberté qui est en Christ), vous avez pour fruit la sanctification (22), » c’est-à-dire vous connaissez la force, la bénédiction, la plénitude, et tous les fruits du Saint-Esprit à qui vous vous êtes désormais livrés. Notez la frappante répétition, et la place significative (Rom. VI) de cette exhortation à nous livrer à Dieu. Elle suit le cinquième chapitre aux Romains. C’est que le croyant justifié par la foi, n’a pas plus tôt reçu le Saint-Esprit qu’il est de suite pressé de se livrer à Dieu entièrement et absolument. Pourquoi ?

Parce que Paul connaît les deux natures du croyant : il sait qu’il doit se livrer à celle dont il veut être rempli ; il sait que s’il veut être rempli du Saint-Esprit, il doit se livrer à lui, sinon il continuera à vivre sous le pouvoir et dans la plénitude de la chair. Ainsi, l’absolue consécration de notre vie à Dieu est le premier progrès que la Parole de Dieu nous presse de faire après notre conversion.

À chaque converti qui vient de recevoir le Saint-Esprit, et tandis que son coeur est brûlant de l’amour de Christ qui l’a sauvé, on devrait présenter, avec sérieux et tendresse, la revendication de ce Christ sur sa vie rachetée, et l’appel plein d’amour qu’il nous adresse pour que nous nous consacrions à lui absolument et sans réserve. Il n’existe pas d’autre moyen d’après la raison, la révélation, et l’expérience. Hélas, que nous sommes aveugles ! On exhorte les convertis à étudier la Parole, à redoubler de prières, à abonder en bonnes oeuvres, à donner leur argent au Seigneur, à être fidèles aux réunions, à se joindre à diverses sociétés, à se fatiguer dans un cycle sans fin d’actions diverses. Mais malheur à nous ! en omettant la seule condition suprême que Dieu révèle, nous négligeons de lever la seule écluse qui permettrait à la plénitude convoitée de venir inonder notre vie. Que cet acte de consécration soit le pivot sur lequel la porte de la Plénitude tourne pour s’ouvrir, c’est ce que prouve encore :


3. L’Expérience des enfants de Dieu.

 Cela n’est-il pas vrai de chacun de vous, bien-aimés, qui marchez dans le sentier de cette vie bénie ? Le Saint-Esprit a tracé, dans le secret de votre âme, une image idéale de la marche avec Dieu, et elle a refusé avec persistance de s’effacer, même au sein de nos défaillances et de nos échecs. Certains soupirs après une richesse et une plénitude de vie en Christ n’ont jamais cessé de hanter votre âme. Certaines voix vous ont appelés pendant des années vers des hauteurs inexplorées de communion, de privilège et de service. Vous avez fait de grandes fautes ; vous avez été induits en erreur par un faux enseignement ; vous avez cherché à tâtons la vérité au sein des ténèbres. Mais avec la paix et la joie d’une vie enracinée en Jésus-Christ et qui remplit votre âme lorsque vous regardez en arrière vers le passé, ne voyez-vous pas que le pivot de la bénédiction et de la plénitude a été la consécration de votre vie au Seigneur Jésus-Christ ?

Qu’il ait dépensé de longues années pour atteindre ce tournant, ou qu’il s’y soit élancé d’un seul bond, tout enfant de Dieu consacré sait que cet acte d’abandon à Dieu a été le pas décisif qui l’a amené à la plénitude d’une marche plus étroite avec Dieu. Votre expérience peut avoir été compliquée, confuse, difficile à interpréter ; mais que cet acte de consécration ait été l’affaire principale, et que la plénitude de l’Esprit ait été le résultat d’un tel acte, la réponse de la grâce de Dieu à cet acte, tous vous en rendrez témoignage. La vie d’hommes tels que Carey, Martyn, Paton et Livingstone, démontre cette vérité d’une manière éclatante. La plénitude et la puissance dont Dieu a marqué ces vies, résultaient du côté humain, d’une consécration sans restriction et sans hésitation, dans le sens le plus complet, pour faire la volonté de Celui qui les avait suscitées. De tels hommes seulement peuvent communiquer sa plénitude.

Que la consécration soit le secret de la plénitude, c’est ce que prouve encore :


4. La Résistance de la chair.

Nous pouvons être sûrs qu’une décision à laquelle le moi s’oppose souverainement est la décision suprême de l’Esprit. Le point sur lequel la chair concentre sa résistance la plus désespérée doit être justement celui où l’Esprit désire nous conduire. C’est là la clef de la situation. Le moi se révoltera avec fureur contre la résolution arrêtée de livrer à Dieu notre vie, tandis qu’il nous laissera tenir des réunions, signer des engagements, remplir des charges dans l’église, donner la moitié même de notre fortune.

Quelqu’un met-il en doute que la volonté propre soit la forteresse de la chair, et que l’acte de consécration soit le suprême désir de l’Esprit, essayez, homme ou femme, cet acte d’entier abandon ! Dites à Dieu : « Seigneur, j’abandonne ici tous mes projets et desseins, tous mes désirs et, toutes mes espérances, et j’accepte ta volonté pour ma vie entière. Tout ce dont tu as besoin, prends-le ; tout ce que tu veux qui m’arrive, envoie-le ; partout où tu veux que l’aille, conduis-moi ; tout ce que tu veux que j’abandonne, révèle-le. Voici, je viens pour faire ta volonté. » Immédiatement, vous verrez les puissances de la chair donner l’assaut à cette décision. Quelles protestations bruyantes ! Quelle hostilité féroce ! Quelles luttes angoissées ! Quelles mortelles défaillances de l’âme à cette simple pensée ! Quelles épreuves amères pour l’orgueil et la réputation ! Quels immenses sacrifices se révèlent, auxquels on n’avait jamais pensé auparavant ! La chaire, le champ d’évangélisation, les idoles abandonnées, les prétentions, les occupations ou possessions sacrifiées, comme tout cela va se dresser comme autant de spectres devant l’âme tremblante ! Le jour où l’enfant de Dieu se décide à livrer sa volonté ne sera pas à moitié écoulé qu’il s’épouvantera de sa répugnance à obéir à Dieu ; il sera stupéfait et humilié au delà de toute mesure des efforts désespérés et répétés du moi pour lui faire quitter la position qu’il a prise.

De même que les cris frénétiques et les sauvages battements d’ailes de l’oiseau prouvent que votre main dévastatrice s’approche de son nid, de même la résistance passionnée que le moi oppose à la consécration de notre vie prouve que par cet acte l’égoïsme court le risque d’être anéanti sous la puissante main de Dieu. Enfant de Dieu, cette inimitié vraiment effrayante, vraiment féroce de la chair ne prouve-t-elle pas que sa forteresse est démasquée, que son secret est trahi, que, ce à quoi elle résiste avec le plus de violence, c’est précisément ce que Dieu nous ordonne de faire avant tout ?

L’avez-vous fait ? Car :


5. Rien ne peut remplacer votre acte de consécration.

 Quand Dieu fixe à quelle condition il bénira, aucune autre condition, si bonne soit-elle d’ailleurs, ne peut y être substituée. Voilà pourquoi toutes vos larmes, votre attente et vos prières, et même vos cris d’agonie devant Dieu, n’ont rien pu faire que de vous laisser affligé, déçu et affolé par l’absence de toute réponse.

Vous avez prié au lieu d’obéir.

La prière est très bonne avec l’obéissance, mais non pas à sa place. « L’obéissance vaut mieux que le sacrifice. » Elle vaut donc mieux que la prière quand elle est ce que Dieu demande.
Ce n’est pas nous qui, supplions Dieu ; c’est Lui qui nous supplie ! Écoutez-le dans la personne de Paul son serviteur : « Je vous supplie, frères, par les compassions de Dieu, d’offrir vos corps en sacrifice vivant. » L’avez-vous fait ?

Quand nous supplions Dieu de faire quelque chose pour nous, nous nous attendons à ce qu’il agisse. Quand Dieu nous supplie de lui faire don de nos corps en vivant sacrifice, il s’attend à ce que nous agissions. Mais hélas ! nous détournons la tête et commençons à prier ; car, disons-nous, la prière n’est-elle pas une bonne chose ? Oui, certes, mais non pas quand on s’en sert pour esquiver l’obéissance ! Comme la chair est subtile ! Comme dans notre aveuglement nous jouons avec Dieu à propos croisés.

« Abraham, dit l’Éternel, parce que tu as fait cela je te bénirai (Gen. XXII, 16). » Et qu’avait-il donc fait qui attirait sur lui une plus grande bénédiction que jamais auparavant ? C’est qu’il avait tout abandonné à Dieu dans le sacrifice de son fils. Enfant de Dieu, avez-vous fait cela ? Rien d’autre ne compte. La prière constante, la supplication importune, l’attente fatigante, les efforts pour croire, considérer la chose comme faite, rien ne sert si vous ne voulez pas faire cela. Cette vie non consacrée est la vraie citadelle du moi. Dieu ne la prendra pas de force. Mais quand la clef, la volonté, lui sera remise entre les mains de bon coeur, alors il inondera votre vie de la plénitude de sa bénédiction. Voulez-vous connaître ce qu’il promet quand il dit : « Je te bénirai ? » alors, « faites cela ». D’une manière absolue, sans réserve, avec confiance, livrez-vous, et votre vie, et tout ce que vous avez, entre ses mains pour le temps et pour l’éternité.

Donner son argent, son temps ou ses services, n’équivaut pas à donner sa vie. Des milliers essayent par ces moyens de faire taire leur conscience et de voler Dieu ? Il est indispensable que nous nous donnions nous-mêmes. Un fiancé serait affligé si, alors qu’il demande à sa fiancée son coeur et sa vie, elle lui offrait sa bourse, ses maisons ou ses terres, combien plus Dieu doit-il s’affliger de nos essais pour le séduire en lui donnant n’importe quoi, sauf la seule chose qu’il demande, nous-mêmes : « Mon fils donne-moi ton coeur. » Il y a tel don destiné à remplacer celui de nous-même ; mais il y a aussi un don de nous-même. L’un est un pauvre présent que le légalisme fait à l’amour ; l’autre est la joyeuse réponse de l’amour à l’amour. Ainsi, en refusant de nous donner à Dieu, nous lui refusons l’unique chose qu’il désire. Car Dieu s’est donné lui-même à nous, et nous a tout donné. Si notre réponse à l’ami de notre âme n’est pas la consécration loyale de nous-même, nous montrons par là que nous n’avons pas en lui une confiance entière. Mais cette défiance est comme une ombre qui obscurcit le coeur non consacré, et un obstacle qui le ferme à la plénitude de Dieu. Car Dieu ne peut donner la plénitude de l’Esprit à qui n’a pas une plénitude de confiance telle qu’il lui livre sa vie. Ainsi donc, bien-aimés, sachant que l’entière consécration peut seule apporter dans votre coeur sa plénitude de vie, veillez bien à ne pas la négliger.

Sachez encore que :

6. La responsabilité de posséder cette plénitude de l’Esprit

La responsabilité de posséder cette plénitude de l’Esprit vous incombe tout entière en un sens effrayant. C’est à vous seul de résoudre la question. Non pas que tout ne vienne de Dieu et de sa grâce, car tout vient de lui. Mais en Christ Jésus, tout ce qui incombait à la grâce a été achevé, car Dieu en donnant Christ a déjà fait tout ce qu’il peut faire pour nous. Voulons-nous que Dieu répande la plénitude du Saint-Esprit ? C’est ce qu’il a fait en Christ : « Toute la plénitude de la divinité habite corporellement en lui (Col. II, 9). » Voulons-nous alors que Dieu nous place « en Christ » où habite sa plénitude ? Il l’a fait : car « c’est par lui que vous êtes en Jésus-Christ (I Corinth. I, 30). » Il ne reste qu’une chose à faire, et c’est à vous à la faire. C’est de vous livrer tellement à Christ à qui vous êtes uni, que vous lui permettiez de répandre sa plénitude en vous et par vous. Cela, c’est vous qui devez le faire. N’essayez pas de rejeter la responsabilité sur Dieu. Si vous la rejetez sur lui, à son tour, il la rejettera sur vous, et à juste titre, car c’est à vous qu’elle appartient. C’est ce qu’il a fait pour vous Jusqu’à présent. Avez-vous été trop aveugle pour le voir ? Il s’est engagé à vous faire connaître sa plénitude aussitôt que vous lui consacrerez entièrement votre vie, mais il ne s’est pas engagé à consacrer celle-ci à votre place ni à vous obliger à la consacrer. Il ne contraindra pas votre volonté. Il s’en tient là, et il vous attend, et il vous a attendu toutes ces dernières années. Ne dites pas non plus : « J’ai prié, j’ai attendu, j’ai lutté, j’ai été en agonie, » au lieu d’obéir à son commandement et d’agir vous-même.

a question est celle-ci : « Avez-vous cédé ? » Racheté à prix, n’étant plus à vous-même, vous êtes-vous dessaisi de votre vie, et l’avez-vous consacrée sans réserve, sans crainte, pour l’éternité, au Seigneur Jésus-Christ, pour être à toujours son esclave volontaire ? Il n’est pas encore question de sa plénitude, qui est illimitée ; la question est celle de votre réceptivité, de votre consécration. Est-il digne de confiance, d’une confiance absolue ? Sinon, jusqu’à quel point voulez-vous vous livrer à lui ? Avec quelle mesure d’abandon voulez-vous vous remettre à lui ? À quelle hauteur de sa propre consécration parfaite voulez-vous vous élever ? La seule limite à sa plénitude sera celle que lui imposera la limite de votre abandon. Plus vous livrerez absolument, entièrement, irrévocablement, vous-même, votre temps, vos talents, vos biens, vos espérances, vos aspirations, vos projets, et toutes choses à Jésus-Christ, vous déclarant son esclave volontaire pour accomplir ou supporter sa volonté, plus vous connaîtrez la plénitude bénie de son Esprit. Vous aurez toute la plénitude à laquelle vous ferez de la place. En un sens tout dépend de vous. Quelle pensée redoutable. Traverser toutes les longues années de la vie ayant à votre portée à toute heure le privilège, la paix et la puissance de la plénitude bénie, et pourtant en rester privé !


Êtes-vous trop faible, trop timide, trop lent pour vous confier en lui aussi pleinement ? Avez-vous quelque répugnance à abandonner votre volonté, et quelque effroi de sa volonté ? Réfléchissez un moment à ce qu’est sa volonté. Le fils sanglant de Dieu, suspendu pour vous entre ciel et terre ; votre passage de la mort à la vie éternelle ; votre titre de fils ou de fille de Dieu ; la plénitude de son Esprit ; la paix, la joie, la communion avec lui ; la glorification instantanée, triomphante à son avènement ; une part glorieuse dans sa royauté ; des siècles éternels de félicité sans fin en sa présence, – voilà ce que vous savez de sa volonté à votre égard. Et pourtant vous redoutez cette volonté ! mais c’est le crime de haute trahison d’une âme contre son Seigneur légitime et plein d’amour !

Bien-aimé, au centre même de ta vie spirituelle, gîte un cobra meurtrier, celui de l’incrédulité, et tu ferais bien, par cet acte décidé, confiant, de consécration, de l’écraser d’un seul coup avant qu’il ne plante ses crocs plus profondément dans ton coeur.

L’audacieux grimpeur de rochers, se fiant à une corde fragile, se balance d’un coeur intrépide sur l’abîme vertigineux, tandis qu’au-dessous de lui les rochers cruels, ou la mer mugissante et traîtresse, attendent impatiemment qu’il tombe pour le tuer. Mais toi, bien-aimé, si aujourd’hui tu t’attaches à lui par une confiance aveugle et simple, aucun destin cruel ne te guette, car les puissantes mains qui te saisissent ont été percées pour toi ; le côté sur lequel te pressent ses embrassements pleins d’amour a été déchiré pour toi ; le coeur que ton obéissance fait bondir de joie, un jour s’est brisé pour toi. Oui, le Christ qui te supplie est le Christ de l’amour, et il désire te remplir de sa propre plénitude d’amour. C’est pourquoi ne le crains point, mais, abrité dans le secret de son coeur, combats le bon combat, endure les souffrances de la croix, ne t’arrête pas avant d’avoir sincèrement déposé ta vie à ses pieds ; et certainement « Il t’accordera le désir de ton coeur. »

La Confiance et l’obéissance à Dieu.

Une seule attitude convient à la vie consacrée pour connaître la plénitude de Dieu : celle de la confiance et de l’obéissance.

Nous avons à peine besoin de nous arrêter ici sur la nécessité de l’obéissance ; nous dirons simplement qu’elle est l’essence même de la consécration, qui n’est autre chose que l’abandon absolu de nos volontés en faveur de la volonté d’un autre, à savoir de notre Seigneur et Maître. Comme toute la catastrophe de la chute se résume dans l’accomplissement de notre volonté propre, toute la bénédiction de la vie nouvelle est comprise dans ces mots : « Me voici, ô Dieu, pour faire ta volonté. »

Dans la consécration est inclue l’obéissance ; dans l’obéissance est inclue la consécration. Cette consécration, qui est un acte suprême d’obéissance, marque et indique un commencement d’habitude, une vie d’obéissance au Saint-Esprit, à qui nous nous sommes livrés. L’obéissance est tellement impliquée dans l’idée même de consécration que nous n’y insisterons pas davantage dans les brèves limites qui nous sont assignées, et présenterons maintenant quelques pensées sur la notion qui va de pair avec elle, celle de la confiance.

1. Ayez confiance qu’il habite en vous.

Il y a, nous l’avons vu, tel enseignement erroné qui essaie d’expliquer notre impuissance et notre stérilité spirituelle en affirmant que nous n’avons pas reçu le don du Saint-Esprit, qu’il nous faut avant tout attendre la promesse du Consolateur, et que quand il entrera en nous, il fera disparaître notre faiblesse. Nous avons essayé de montrer simplement que cela est contraire à l’Écriture, et une source de confusion et d’erreur ; que le croyant ne consacre pas sa vie pour que l’Esprit entre en lui, mais parce qu’il est entré ; que l’entrée du Saint-Esprit n’est pas le point culminant, mais le point de départ de la vie du croyant ; que son habitation en nous n’est pas la clef de voûte, mais le fondement même de l’édifice entier de notre vie intérieure et de notre service extérieur. Pourtant, nous sommes si habitués aux anciennes idées sur ce sujet que la première chose que nous faisons, après avoir livré et consacré à Jésus notre vie, c’est d’examiner s’il entre en nous, c’est d’attendre sa promesse, c’est de compter qu’il viendra. Eh bien, c’est par opposition à toute cette manière de faire que nous pressons l’enfant de Dieu d’avoir confiance que le Saint-Esprit habite en lui. Ne l’attendez pas, cet événement, croyez-y ; n’y comptez pas, acceptez le ; ne le cherchez pas, reconnaissez-le ; il s’agit non de s’édifier dans ce but, mais de s’édifier sur cette base solide.

« Quoi ! direz-vous, je dois accepter comme un fait antérieur à ma pleine consécration la présence de l’Esprit en moi, sans qu’il y entre par la suite d’une manière sensible, sans qu’aucune expérience frappante ou émouvante me prouve qu’il accepte ma vie consacrée ! »

Précisément. Acceptez le fait que l’Esprit habite en vous, exactement comme vous avez accepté le fait de la rémission de vos péchés quand vous avez cru en Jésus-Christ, vous en avez une preuve mille fois plus certaine et rassurante que vos sentiments si mobiles, c’est l’éternelle, l’immuable Parole de Dieu.

La Parole est claire. Dieu vous demande une seule chose, à savoir que vous vous examiniez vous-même pour voir si vous êtes dans la foi, c’est-à-dire croyant (2 Cor. XIII, 5). Si oui, il vous affirme qu’il demeure en vous ; il répète que votre corps est le temple du Saint-Esprit, qui est en vous, que vous avez reçu de Dieu, qui habite en vous pour toujours (I Cor. III, 16).

Il ne vous demande pas d’inspecter vos émotions, mais de vous en tenir à sa Parole. Il ne vous demande pas d’attendre un sentiment, mais de vous appuyer sur un fait, acceptant sa simple parole comme la preuve du fait.

Alors, indépendamment de toute conscience de son habitation, comme vous croyez à sa présence en vous, que vous l’acceptez, la reconnaisse, et agissez d’après elle, vous trouvez bientôt que c’est un fait glorieux. Un bon vieux chrétien de couleur, a qui on demandait comment il avait eu conscience de l’habitation de l’Esprit dans son coeur répondit : « Croyez précisément qu’il y est, et il y est. » Ainsi mes bien-aimés, ayez confiance qu’il demeure en vous. Ne liiez pas cela, ne l’attendez pis, mais croyez-le et acceptez-le. Comme le bon vieux frère Lawrence, « pratiquez la présence de Dieu » et bientôt vous l’expérimenterez. « Agissez comme si j’étais en vous et vous reconnaîtrez que je suis en vous. » Vous vous aiderez beaucoup à avoir confiance qu’il habite en vous, si seulement vous saisissez une vérité importante qui trouve ici sa place ; la voici :

Il faut distinguer entre l’habitation du Saint-Esprit en nous, et la manifestation du Saint-Esprit dans sa plénitude. Par « habitation », nous voulons dire sa présence en nous – par « manifestation », le sentiment conscient de sa présence. Or, l’habitation du Saint-Esprit en nous dépend de notre union avec Christ, par la foi, comme nous l’avons vu. Mais la manifestation du Saint-Esprit dépend de notre obéissance à ses commandements (Jean XIV, 21).

Ainsi donc, l’habitation du Saint-Esprit en nous dépend d’un acte que nous avons à accomplir, sa manifestation dépend d’un état dans lequel il nous faut rester. Pour obtenir la première, il faut s’unir à Christ, pour la seconde, il faut vivre en communion avec lui, par l’obéissance. La première est opérée par Dieu et devient un fait permanent dans la vie du croyant, indépendamment du sentiment ou de la conscience qu’il en a.

La chose est sûre : « C’est par Dieu que vous êtes en Christ Jésus ( I Cor. I, 30). » C’est Dieu qui vous a uni, enfant de Dieu, à Jésus-Christ, et uni pour toujours. Lors de cette union, le Saint-Esprit est entré en vous, et y est venu pour y habiter éternellement (Jean XIV, 16). L’habitation du Saint-Esprit en vous pour toujours est aussi bien un fait que le pardon de vos péchés par Jésus, pour toujours. Si vous êtes un enfant de Dieu, l’Esprit demeure en vous ; si vous êtes un enfant obéissant, l’Esprit se manifestera en vous.

Votre naissance n’a pas dépendu de vous ; vous êtes né de Dieu ; mais votre marche dépend de vous, et avec elle la manifestation de l’Esprit. Habitation devrait être associée avec adoption ; manifestation avec obéissance et communion.

Ainsi donc, l’adoption est un don de Dieu irrévocable, de même que l’habitation de l’Esprit en nous. Mais l’obéissance et la communion étant en grande partie entre nos mains, sont variables, et il en est de même par conséquent de la manifestation ; c’est l’une des erreurs les plus mortelles dans lesquelles nous tombons, que de faire de la manifestation le témoin de l’habitation au lieu d’en faire le témoin de notre obéissance envers celui qui déjà habite en nous, et de notre communion avec lui. Ne doutez jamais de l’habitation de l’Esprit en vous quand vous ne sentez pas sa présence, pas plus que vous ne doutez de la mort de Jésus pour vous quoique vous ne sentiez pas cette mort.

Si nous ne sommes sauvés qu’autant que nous sentons qu’il y habite, malheur à nous ! car alors l’Esprit cesserait de demeurer en nous et nous serions des hommes et des femmes perdus, chaque fois que nous broncherions et désobéirions dans notre marche avec Dieu ! Quelle erreur effrayante et désastreuse. Si, au contraire, nous croyons que l’habitation du Saint-Esprit en nous dépend d’un fait immuable – notre union éternelle avec Christ par la foi, – mais que le sentiment de cette habitation dépend d’un état variable, – c’est-à-dire de la fidélité de notre marche avec Dieu ; – alors tout affaiblissement spirituel, au lieu de nous faire douter de la présence de l’Esprit en nous, nous portera à rechercher la cause qui nous a fait perdre le radieux éclat de cette glorieuse présence.
Vous voyez par là qu’un second objet est proposé à votre confiance.

2. Ayez la confiance qu’il se manifestera.

Ne dictez pas au Saint-Esprit quelle sorte de sentiment de sa plénitude vous désirez. N’insistez pas sur une vague soudaine d’émotions débordantes. Ne vous arrêtez pas à l’expérience lue ou entendue d’une autre personne, en attendant que Dieu la répète en vous. Remettez-vous à lui pour tout cela.

Nous sommes enclins, lors de la conversion comme lors de la consécration, à venir au Seigneur avec une idée préconçue du genre exact d’expérience que nous allons avoir. Ne sommes-nous pas presque invariablement désappointés ? Pourquoi ? Parce que Dieu sait beaucoup mieux que nous comment il doit nous faire sentir à chacun sa grâce. Est-ce que notre consécration, pour faire et accepter sa volonté au lieu de la nôtre, n’implique pas une tendre soumission envers lui au sujet de la manifestation comme pour tout autre sujet, et la douce acceptation de la mesure exacte de plénitude qu’il juge la meilleure pour nous ? Paul avait des manifestations si étonnantes des réalités spirituelles, qu’il avait besoin d’une écharde dans la chair, « de peur de trop s’enorgueillir ». Cela nous montre que le Seigneur sait exactement quelle forme et quel degré de plénitude donner à chacun pour nous garder de l’orgueil spirituel ou de l’exaltation. Que la manifestation soit soudaine ou graduelle, calme ou triomphante ; que ce soit une grande paix ou une grande puissance, peu importe.

Ce qui importe, c’est que nous remplissions les conditions de la promesse, et Dieu de son côté prendra soin d’accomplir cette promesse. Quiconque s’attache à la croix de Christ dans une pleine et entière consécration, s’en remettant à Dieu pour tout ce qui concerne son expérience de la plénitude, atteindra plus tôt et plus abondamment la bénédiction que celui qui, ignorant les conditions prescrites à un disciple fidèle, perd son temps à attendre des langues de feu et le bruit d’un vent impétueux et violent.

Rien n’est plus nuisible que d’être constamment à examiner sa vie intérieure pour voir si Dieu accomplit sa promesse dans notre expérience. C’est ressembler à l’enfant qui déterre à chaque instant la semence pour voir si elle a germé. La question de l’expérience de la plénitude de l’Esprit appartient au Seigneur. C’est l’oeuvre de sa seule grâce. Il a fait cette promesse : « Je me manifesterai ; c’est ma part de l’affaire ; laissez-la-moi. »

Notre préoccupation suprême doit être de remplir les conditions qui nous sont assignées et grâce auxquelles la bénédiction de Dieu vient, puis d’avoir confiance que Dieu fait sa part. Moins nous sommes anxieux au sujet de la manifestation de sa plénitude, plus tôt elle se produit. Une foi parfaite en Dieu, nous l’avons vu, c’est la condition essentielle. Mais dans l’examen de chaque impulsion de nos sentiments, n’y a-t-il pas une subtile incrédulité, la crainte que, peut-être, Dieu ne sera pas fidèle alors que nous nous le sommes ? Au fond, ne sommes-nous pas plus soucieux de la bénédiction, de la joie, du sentiment de la plénitude de l’Esprit, qu’avides, désireux, empressés de livrer notre vie à notre Sauveur, même si aucun sentiment n’en devait résulter ? Ainsi donc, bien-aimés, que votre consécration soit honnête, complète ; occupez-vous de cela seul, et laissez tout le reste à Dieu.

3. Conservez à l’Esprit votre confiance pendant qu’il opère en vous.

C’est le point qui réclame la foi la plus simple et la plus résolue. Considérez tout d’abord que vous avez été absolument incapable de façonner, de modeler, de purifier vous-même la vie que vous venez d’abandonner entre ses mains. De combien d’erreurs et de chutes elle a été remplie. Comme elle a été loin de votre propre idéal humain, sans parler de l’idéal de Dieu ! Combien pécheresse, faible et inconstante ! Tant que par vos efforts vous avez essayé, peiné et lutté pour la développer, la tâche vous a paru colossale et le résultat désespérant ! « Car ce n’est pas contre la chair et le sang que vous avez à combattre, mais contre les dominations, contre les puissances, contre les princes de ce monde de ténèbres », contre ceux qui sourient avec mépris de vos efforts.

Vous ne connaissez pas la force du mal ; vous ne connaissez pas le pouvoir de la vie du moi ; vous ne connaissez pas la puissance avec laquelle Dieu tient tête à l’un et à l’autre. Sans Dieu vous ignoreriez l’armure dont vous avez besoin, l’épée à manier, les luttes à livrer, la crise qui vous attend, comment le vieil homme sera dépouillé et le nouvel homme revêtu, quel lot vous est assigné et quel champ d’activité Dieu vous prépare. Quand vous calculez combien il est désespérant pour vous, mortels, d’avoir à mouler, à façonner une vie immortelle dont l’utilité, la portée et la destinée atteignent par leurs conséquences les mystérieuses profondeurs de l’éternité, ne comprenez-vous pas la folie d’essayer d’être maître de cette vie et de la diriger, au lieu de la remettre au Saint-Esprit qui en est l’auteur ? Pouvez-vous faire autre chose que de la lui confier pleinement et absolument, vous qui êtes si incapable, et ne pouvez en aucun cas réussir à la former, soit pour son rôle terrestre, soit pour son rôle éternel ?

Par contre, vous pouvez vous confier simplement et absolument à l’Esprit pour inspirer la vie que vous lui avez abandonnée. N’est-ce pas lui qui vous a créé ? Ne vous connaît-il pas comme le Dieu qui sonde tout peut seul vous connaître ? N’est-il pas instruit de vos péchés et de vos faiblesses, de votre sensualité, de vos échecs, de vos capacités et talents, du passé que vous regrettez, du présent qui vous mécontente et de l’avenir inconnu et éternel ? Ne sait-il pas exactement quand vous avez besoin d’être châtié, quand vous avez besoin d’être repris ? quand il faut vous faire sentir le poids de la croix, ou vous fortifier du rayonnement de sa propre joie ? quand employer le bistouri, et quand verser le baume adoucissant ? comment mouler et façonner, ciseler et tailler, entraver ou fortifier, piler, marteler ou polir, jusqu’à ce que la statue soit ce qu’il veut – l’image du Fils ? Ainsi donc, confiance en lui Quand il vous conduit dans ses sentiers épineux quand il vous met en présence d’un avenir sombre et menaçant ; quand il vous enferme dans ses difficultés pénibles et mystérieuses dans toutes ces circonstances, tenez-vous tranquilles ; dites-vous : « C’est Dieu qui opère », et FIEZ-VOUS à lui. Car l’Esprit doit nécessairement travailler en vous avant de travailler par vous. Il faut qu’il affine l’or avant de l’employer comme une monnaie de bon aloi – le choix de sa frappe. Et si vous ne restez pas sous sa main quand même il opère douloureusement, comment pourra-t-il rendre votre vie plus profonde, plus large, plus riche, selon ses desseins

Peu importe si ses procédés sont étranges, mystérieux, déconcertants même, si sa façon d’opérer n’est pas celle que vous aimeriez, s’il ne vous fait pas faire les expériences que vous attendiez. Il se peut en effet que vous n’y compreniez rien, mais Lui comprend, « car c’est Dieu qui opère en vous ? » Vous ne voudriez pas vous soustraire à ses mains, même si vous le pouviez, n’est-il pas vrai ? Maintenez-lui donc votre confiance pendant tout son travail intérieur.

4. Enfin, ayez confiance en lui pour qu’il travaille par vous.

Travailler pour Dieu est une chose, Dieu travaillant par nous en est une autre. Nous sommes souvent avides de la première, mais Dieu l’est toujours de la seconde. L’un des résultats les plus importants de la vie d’abandon, c’est que cette attitude permet à Dieu d’accomplir par nous sa parfaite volonté. Car c’est Dieu qui est à l’oeuvre dans l’évangélisation du monde ; c’est Dieu qui en a formé les plans, c’est Dieu qui a la puissance de les exécuter successivement. Le Dieu qui gouverne l’univers n’a pas besoin que nous nous tracassions pour lui. Tout en appréciant nos bonnes intentions, il peut trouver qu’elles contrecarrent les siennes. Il demande, non pas nos plans, mais nos vies, pour exécuter ses plans par notre moyen.

Voilà ce que Dieu fera certainement de toute vie qui lui est consacrée, si nous voulons simplement croire qu’il le fait, et le suivre. Sa Parole est claire à ce sujet. « Car nous avons été créés en Jésus-Christ pour les bonnes oeuvres, que Dieu a préparées d’avance, afin que nous y marchions (Eph. II, 10). » Dieu a établi en Jésus-Christ un plan de bonnes oeuvres et sitôt qu’un membre du corps de Christ se livre complètement à lui pour accomplir les oeuvres… qu’il a ordonnées, il assigne ou révèle à ce membre les oeuvres spéciales dans lesquelles il aura à marcher. C’est une promesse évidente de direction, non seulement pour la vie pratique, mais pour les oeuvres que Dieu a préparées pour chacun de ses enfants dès « avant la fondation du monde ».
Est-ce difficile à croire pour vous, bien-aimé ? Ce Dieu aurait un but pour chaque goutte de rosée qui brille au soleil du matin, pour chaque brin d’herbe qui s’élance de terre, pour toute fleur qui éclôt sur la montagne ou dans la plaine, et il n’aurait aucun plan pour la vie des hommes et des femmes en faveur de qui toutes ces choses sont créées ? C’est bien cela qui serait au plus haut point incroyable ! Et si vous répondez que des myriades de vies de ses enfants semblent flotter à la dérive sur le cours d’une existence sans but, – c’est vrai, hélas ! Mais Dieu ne peut pas révéler sa volonté à un moi qui n’a pas disparu ; ni ses plans à un moi rempli de ses propres plans. Ces plans et ces vies du moi voilent l’oeil spirituel par lequel nous pourrions voir les plans de Dieu et la volonté de Dieu. Mais quand vous livrez entièrement votre vie à Dieu, il enlève ce voile, et tôt ou tard, il vous montre ce que vous avez à faire.

Voilà la vérité, quelque obscure que soit actuellement votre route, quelque pénible et compliquée que soit votre situation présente. Vous pouvez avoir à attendre ; soyez patients. Dieu vous dégagera assurément de toutes vos entraves et accomplira pour vous sa volonté bénie, si vous voulez vous confier et obéir à sa direction. Bien des âmes, autrefois si enveloppées qu’elles semblaient devoir désespérer de la liberté, servent aujourd’hui de témoins de Christ dans de sombres pays lointains.

Nous avons un ami qui, tôt après sa conversion, fut amené à comprendre le glorieux privilège d’une vie consacrée. C’était un homme d’affaires, lié à son comptoir, dans une situation qui semblait lui fermer l’accès à tout ministère. Lisant un jour un article édifiant dans un journal religieux, il demanda à l’auteur la permission de l’imprimer et de le répandre gratuitement. L’autorisation lui fut joyeusement accordée, et la petite brochure sortie de la presse à main de notre ami, alla porter la bénédiction à tous ceux qu’elle put atteindre. Des lettres de pécheurs convertis par son moyen, d’enfants de Dieu vivifié par cette lecture arrivaient des prisons du Wisconsin, des camps de bois du Michigan, de tous les bouts du pays et des champs missionnaires lointains. Deux ans plus tard, grâce à des offrandes volontaires, un million de traités avaient été expédiés et la Parole de Dieu répandue avec des résultats que seule, l’éternité révélera. Notre homme d’affaires est un des plus heureux serviteurs du Roi des rois, car il fait l’oeuvre même que Dieu lui destinait, et qu’il lui confia aussitôt que sa vie lui fut consacrée. C’est ainsi que Dieu fera sortir des ténèbres et de l’incertitude chacun de ses enfants, et les conduira dans la lumière et dans la joie d’un service préparé pour eux, remplis de sa puissance, et qui fera le bonheur de leur vie, s’ils consentent à se confier en celui qui opère en eux, et désire travailler puissamment par. eux.

Manifestation.

Nous avons constaté la présence, l’habitation du Saint-Esprit dans le coeur du croyant ; par manifestation, nous désignons sa présence consciente, la révélation intérieure de l’Esprit à notre esprit. Remarquez au sujet de cette manifestation.


1. Sa certitude.

Se produira-t-il une telle manifestation de la plénitude de l’Esprit quand nous lui consacrerons notre vie ? Serons-nous avertis d’un grand changement intérieur ? Y aura-t-il une transformation consciente, un nouvel éclat conscient de l’expérience chrétienne ? Voici notre réponse :

Est-ce que le fleuve indolent, stagnant, change d’état sensiblement quand les eaux de la mer se précipitent dans son embouchure et que l’élan et le choc des vagues le purifient ? Est-ce que le vieux château sombre et isolé sent l’air frais et doux envahir ses salles quand tout à coup on les ouvre au vent qui souffle ? Est-ce que les yeux sans regard, voilés par les ténèbres pendant des années, sont conscients de la brillante lumière du jour quand pour la première fois elle se présente à leur vue ravie ! De même il y a une manifestation consciente pour l’âme qui s’est donnée à Dieu complètement et pour toujours. Il y aura un changement, une réalisation de la présence du Saint-Esprit à un degré auparavant inconnu, le sentiment que la grande crise de la vie spirituelle s’est opérée.

Peu importe que cette manifestation fasse irruption en nous comme un éclat soudain du soleil qui jaillit à travers les nuages sombres, ou qu’elle s’insinue doucement comme la clarté lentement progressive mais sûre du crépuscule du matin. C’est assez de savoir qu’une telle manifestation se produit, que l’Esprit se révèle par une plénitude, une puissance et une bénédiction jusqu’alors ignorées. Ses supplications pour que nous lui consacrions notre être n’étaient point sans but ; notre consécration n’était pas une démarche vaine. Il accomplit sa promesse :

« Je me manifesterai comme je ne me manifeste pas au monde. » Dès lors, il y a une hauteur et une profondeur, une paix, une puissance, une joie et une bénédiction, une communion et une utilité, des prières et des actions de grâces, que le passé n’avait jamais réalisées.

L’âme qui se donne à Dieu pleinement est transformée au delà de ses plus avides espérances ; les bienfaits de la vie abondante s’accroissent en richesse et en plénitude de jour en jour ; Dieu fait « infiniment plus que nous ne pouvons demander et comprendre ». Nous sommes « fortifiés de sa puissance par son Esprit dans l’homme intérieur » ; remplis de toute la plénitude de Dieu, et de cette plénitude découlent service, témoignage et bénédiction pour tout notre entourage.


2. Son adaptation à chacun.

La manifestation variera selon les individus. Deux hommes, absorbés dans une conversation, se sont arrêtés sur une voie de chemin de fer, sans remarquer l’approche, d’un train qui fond rapidement sur eux. Soudain des mains amies les arrachent à la mort terrible qui les menaçait. Tous deux se relèvent pâles et défaits, se rendant compte qu’un même événement leur est arrivé, qu’ils ont été délivrés d’une mort cruelle. Remarquez comme ils sont affectés différemment – l’un a les yeux remplis de larmes, sa voix tremble d’émotion contenue, son coeur s’élève à Dieu dans une profonde gratitude ; l’autre est tout transporté par son émotion, il saute de joie, il embrasse ses sauveurs et raconte avec exaltation sa délivrance à tous ceux qu’il rencontre. Le même bienfait a été accordé à chacun d’eux, mais l’expérience qu’ils en ont se manifeste diversement, parce que leur tempérament est différent. Il en est de même ici.


Deux enfants de Dieu lui consacrent leur vie dans un abandon complet. En réponse, le même événement leur survient – une plénitude de l’Esprit inconnue auparavant et qui leur semblait impossible. Mais la manifestation de cette plénitude ne sera pas la même ; elle variera nécessairement avec le tempérament de chacun. Car Dieu ne donne pas seulement la plénitude, mais c’est lui aussi qui a créé les vases destinés à cette plénitude et il les a créés différents. La coupe, le vase et le gobelet d’or sont tous remplis, mais l’eau y prend la forme du récipient. La lumière qui provient d’un même fil électrique est partout la même, mais elle se teinte diversement d’après la couleur des globes où elle brille. Paul et Jean étaient des hommes puissamment remplis du Saint-Esprit ; mais la manifestation de cette plénitude a été modifiée d’une manière frappante par leur tempérament individuel. Paul est triomphant, bouillant, véhément. Il éclate à chaque instant en cris de victoire, de louange et de joie. Son coeur brûle d’amour pour Christ avec une intensité qui semble devoir le consumer. La vie semble trop courte à son âme avide pour tout le dévouement, le zèle et l’enthousiasme dont le Saint-Esprit avait gravé l’idéal dans l’Église primitive. Paul était assurément rempli du Saint-Esprit, et des milliers de martyrs et de héros missionnaires, doués de la même intensité d’émotion et inspirés par la vision de cette vie pleine de l’Esprit, l’ont imitée, l’ont illustrée de leur exemple par une vie de sacrifice pour le Maître.


Pourtant, quiconque. s’imaginerait ne pas être rempli du Saint-Esprit parce qu’il ne jouirait pas d’une manifestation en tous points semblable serait fort loin de la vérité.


Examinons le cas de Jean.

Personne plus que lui était près du coeur de Jésus. Il s’appuyait sur son sein, il interprétait les secrets les plus intimes de son âme. Ses écrits, pénétrés de l’Esprit même de Christ, nous transportent jusque dans le sanctuaire où le Dieu saint est présent. Calme, contemplative, son âme ne semble pas éclater en cris de triomphe comme celle de Paul, mais elle est ravie, absorbée, perdue dans la vision du Christ. Néanmoins Jean, le disciple bien-aimé, le confident du Christ était rempli du Saint-Esprit aussi parfaitement que Paul, le grand apôtre des Gentils. Dans cette marche calme et sainte de Jean avec Dieu, nous avons un type de manifestation de l’Esprit qui s’est reproduit dans des milliers de vies, dont la communion constante, le ministère de supplications, le service tranquille sont précieux aux yeux du Seigneur et portent la marque assurée de la plénitude. Les Jean, les Rutherford, les Bengel du peuple de Dieu sont aussi certainement remplis de l’Esprit que les Paul, les Tudson et les Paton. Quand donc nous avons consacré notre vie, soyons reconnaissants envers Dieu de la manifestation particulière qu’il pourra nous accorder.

En convoitant le genre d’expérience d’un autre, sous prétexte qu’il correspond mieux à nos propres idées sur ce que devrait être la manifestation de la plénitude de l’Esprit, prenons garde de déprécier et de déshonorer ce que Dieu nous a accordé. S’il nous accorde des visions extraordinaires, s’il nous remplit d’extases célestes, s’il nous ravit jusqu’au troisième ciel – c’est bien. Mais s’il nous donne en partage une expérience plus calme ; s’il répand en nous l’esprit de supplication ; s’il nous remplit d’une paix aussi profonde que la joie des autres est exaltée ; s’il nous oint de puissance dans la prière plutôt que de puissance dans la chaire, – cela aussi est bien. Car il sait ce qu’il fait, et « l’Esprit distribue ses dons à chacun comme il lui plaît ».


3. Son accompagnement, la souffrance.

Dans I Pierre IV, 1-2, cette vérité est établie : « Puis donc que Christ a souffert dans la chair ;
faites vous une arme de cette pensée-là ; car celui qui a souffert dans sa chair en a fini avec le péché, et ne doit plus, pendant le temps qui lui reste ici-bas, vivre selon les passions des hommes, mais selon la volonté de Dieu. » La chair – la nature charnelle – qui en Christ était sans péché, est en nous pécheresse ; c’est la sphère où le péché agit, « le corps du péché ». Voilà pourquoi, si nous livrons entièrement notre vie à Dieu pour faire sa volonté, la vieille volonté propre, la vie de la chair, éprouvera le contact de la croix de Christ, car c’est lorsque nous la tenons pour crucifiée avec Christ, par la consécration et par la foi, que nous cessons de faire notre volonté propre, pour accomplir la volonté parfaite de Dieu. Cela présage de la souffrance, et la Parole nous dit clairement : « Armez-vous de cette pensée-là et attendez-vous à souffrir dans la chair, car pendant le temps qui vous reste ici-bas, vous devrez vivre « non selon les passions des hommes, mais selon la volonté de Dieu ». Or, telle est justement l’expérience que nous faisons en cherchant à connaître la plénitude de l’Esprit. Quand nous abandonnons notre vie à Dieu, au lieu de la grande manifestation de paix et de joie que nous espérions, nous sommes confus d’en trouver une autre totalement différente.
Nous voilà dans la lutte et dans l’agonie, nous éprouvons de féroces résistances et des souffrances aiguës ; de l’agitation, de l’incertitude, de la détresse. Au lieu de la lumière, ce sont les ténèbres ; au lieu de la paix, une cruelle inquiétude ; au lieu de la plénitude, un grand vide spirituel et la stérilité dans notre âme ; au lieu d’un progrès, un recul apparent.

Ce sentiment intérieur de souffrance intense, que nous ne pouvons ni définir, ni décrire, et qui nous jette dans, un trouble presque sans espoir, se prolonge longtemps. Cette expérience est absolument normale et il faut s’y attendre dans toute vie consacrée. « Vous êtes dans l’erreur, ne connaissant pas les Écritures. » Si nous les avions, connues, si nous nous les étions appliquées, nous nous serions fait « une arme de cette pensée », nous aurions attendu d’avance précisément cette expérience.


Que tout croyant qui passe par cette crise ne se laisse ni troubler ni décourager, car elle est la preuve certaine que Dieu va lui accorder la plénitude après laquelle son coeur soupire.

Le chemin de la chambre haute de la Pentecôte passe par le Calvaire ; Dieu n’a qu’un remède pour le moi et pour les péchés – la croix de Christ. L’homme qui s’écria : « Ce n’est plus moi qui vit, c’est Christ qui vit en moi, » venait de dire : « je suis crucifié avec Christ. » Mais cela fait souffrir d’être crucifié, même avec Christ ! De là viennent l’obscurité, la lutte, la souffrance et l’agonie. Mais « ne crains point, crois seulement, » « si nous sommes étroitement unis à lui par une mort semblable à la sienne, nous le serons aussi par une même résurrection », et il en résulte le repos de Dieu, sa paix et sa puissance.


4. Son moment – celui de la consécration.

Comme nous l’avons établi, il ne faut pas, au moment où nous nous livrons à Dieu, commencer par sonder notre expérience intime pour voir s’il a rempli sa promesse de se manifester.

Le moment où nous déclarons nous consacrer n’est pas toujours celui où nous nous consacrons réellement à Dieu, car il peut y avoir quelque chose dans notre vie que nous négligeons consciemment de consacrer, et qui empêche la manifestation de l’Esprit au moment de la consécration apparente. Cependant, en jetant un regard en arrière, nous voyons clairement cette vérité générale que l’expérience de la plénitude de l’Esprit a été la réponse de Dieu à notre consécration, et nous lions ensemble ces deux faits d’une manière précise dans les annales de notre vie spirituelle. Ceci achève d’éclairer la controverse sur la question de savoir si la manifestation de la plénitude de Christ est, ou n’est pas, une expérience postérieure à la conversion, une soi-disant « seconde bénédiction ».


Si, comme nous l’avons vu, l’expérience de la plénitude de l’Esprit est liée en fait, et dans l’ordre du temps, avec la consécration de notre vie à Dieu, alors la seule question est celle-ci : « Quand nous sommes-nous consacrés ? » Si, à la conversion, nous n’avons pas seulement mis en Christ notre confiance pour être sauvés, mais encore nous lui avons abandonné notre vie par une pleine consécration, alors, non seulement nous avons reçu l’Esprit, mais encore nous avons connu sa plénitude. Mais si un intervalle plus ou moins long sépare notre salut de notre consécration à Dieu, alors la plénitude de l’Esprit doit être une expérience postérieure à la conversion. Logiquement, un tel intervalle est toujours nécessaire ; pratiquement, il peut être si court que les deux expériences soient presque simultanées ; généralement, l’intervalle existe, long, pénible et inutile, dans lequel l’âme cherche à tâtons l’inconnu, ou résiste au connu, à la vérité.


Logiquement, un intervalle est nécessaire, car l’appel à la consécration suppose le salut. « Je vous supplie, frères, par les compassions de Dieu (Rom. XII, 1). » C’est l’amour qui naît dans nos coeurs parce que Christ nous a sauvés, qui nous porte à lui consacrer notre vie. La vie consacrée est la réponse des rachetés au Rédempteur et ce n’est pas avant d’avoir expérimenté l’amour de Celui qui les a aimés le premier, que leur coeur peut être enflammé de l’amour qui les porte à la consécration. La conversion doit donc nécessairement précéder la consécration.


Pratiquement, l’intervalle peut être si court qu’on le remarque à peine. Le même torrent de grâce qui porte une âme dans le royaume de Dieu la remplit en même temps d’une reconnaissance si grande qu’elle ne peut attendre un instant pour consacrer sa vie. Heureuse cette âme-là. Paul semblait à peine sauvé que déjà, dans l’attitude de la consécration, il s’écriait : « Seigneur, que veux-tu que je fasse ? » Charles-G. Finney, après avoir trouvé Christ, raconte qu’en sortant des profondeurs de la forêt, et en se rendant à son bureau d’avocat, il se surprenait à répéter à haute voix : « Il faut que je prêche l’Évangile. » Presque inconsciemment il avait, à l’heure même de sa conversion, consacré sa vie à Dieu, et la vision de ses clients, de ses dossiers et de ses ambitions professionnelles s’était évanouie devant la vision de Celui qui était mort pour lui. Il en résulta pour lui, tandis qu’il était seul la nuit suivante dans son bureau, une manifestation si glorieuse de la plénitude de Dieu que bien peu d’âmes en ont reçu une pareille depuis les temps de la primitive église et qu’on ne peut en lire le récit sans éprouver une sainte et divine émotion.


Habituellement, il y a un intervalle considérable entre la conversion et l’entière consécration à Dieu. Mais cet intervalle est inutile et douloureux. Il ne répond pas aux désirs et aux plans de Dieu, mais vient de ce que nous ignorons cette grande, vérité fondamentale, ou de ce que, la connaissant, nous résistons avec persistance à l’appel de Christ. Enfin, après des années de ténèbres et de désobéissance, nous cédons, et entrons en possession d’un ciel de paix que nous aurions pu tout aussi bien nous approprier plus tôt, au lieu de rester si longtemps dehors, ballottés sur une mer furieuse.

5. Son progrès. La manifestation de la plénitude de l’Esprit peut être progressive.

 Non pas que la volonté de se consacrer doive passer par des phases successives, car c’est un acte déterminé, accompli une fois pour toutes, et parfaitement agréable à Dieu comme tel. Cependant peu de croyants comprennent de suite la portée d’une complète consécration à Dieu ; les conséquences pratiques d’un tel acte ne leur apparaissent et ne passent dans leur vie que peu à peu, et à ce perfectionnement correspond un progrès dans la manifestation, progrès, plus marqué dans certaines vies que dans d’autres. Quelques âmes abandonnent leur vie à Dieu en un moment par une consécration complète, absolue, intense, qui essoufflerait les âmes timides et plus lentes, et Dieu leur répond d’une manière aussi immédiate, par le sceau de la plénitude manifestée. D’autres cèdent lentement et par degrés, et leur expérience prend une forme également, graduelle et progressive.

Voici qui, peut-être, servira d’illustration :

Vous possédez une grande propriété foncière. Après mûre délibération, vous vous décidez à la vendre, vous la vendez de bonne foi, et vous n’avez plus qu’à signer l’acte. Mais avant la signature, vous découvrez avec surprise un magnifique cours d’eau dont vous ignoriez l’existence, et qui rehausse la valeur de votre domaine. Ce n’est qu’au prix d’un combat pénible que vous le donnez avec le reste du terrain, car il vous était inconnu quand vous avez consenti au marché. Mais vous êtes un honnête homme, et finalement vous cédez, car vous avez vendu le fonds « avec toutes ses dépendances. » Bientôt après, vous découvrez des gisements de charbon sous le même sol et constatez qu’on pourrait y établir une mine extrêmement productive. Mais il est trop tard, et après une lutte prolongée, vous décidez que la mine de charbon s’en ira aussi, car la vente a été conclue d’une manière absolue et sans réserve. Puis, quand arrive le jour de la signature, vous découvrez des traces d’or au fond de la rivière et vous êtes bientôt étonné d’apprendre que la propriété qui vous échappe est une des plus riches régions aurifères du continent. Alors se produit une lutte épouvantable ; c’est la suprême épreuve. Vous essayez de vous persuader que les mines d’or n’étaient pas comprises dans la vente ; que le prix demandé est misérablement dérisoire ; que l’honneur ne vous oblige pas à signer le marché. Pourtant dans votre coeur vous savez que la vente a été sans réserve, qu’elle comprenait tout, même l’air au-dessus et le sol au-dessous ; et la conscience que Dieu vous a donnée plaide sans relâche jusqu’à ce qu’enfin, après des efforts terribles, vous cédez, vous avancez la main, et vous scellez l’acte qui vous enlève toutes ces richesses.

Il en est de même dans beaucoup de vies.

Vous vous livrez à Dieu absolument et sans réserve, et ce fait, qui lui est agréable, apporte à votre âme une bénédiction manifeste. Mais au début, vous ne connaissez pas toute l’étendue et toute la portée d’une telle consécration et si vous les connaissiez, vous reculeriez peut-être de frayeur. Notre Seigneur y pourvoit avec compassion et tendresse ! Heureux que notre volonté lui soit consacrée, il nous révèle bientôt quelque idole que nous chérissons, et nous montre qu’elle est comprise dans la consécration que nous lui avons faite pour ainsi dire en blanc. Peut-être que nous luttons et résistons, mais notre acte de consécration était honnête et sincère, et nous finissons par céder. Pas à pas il nous conduit, nous montrant, aussi rapidement que nous pouvons le supporter, comment cet acte de consécration englobe tout ce qui nous est cher. Quand ces différentes expériences ont augmenté notre foi en son amour, il nous amène face à face avec notre mine d’or, notre Isaac, quelque trésor de volonté propre, d’amour-propre, ou d’orgueil pour la conservation duquel nous donnerions tout ce qui nous reste dans la vie et notre vie même. Mais, l’acte a été passé ; il est sans réserve ; il faut tout lâcher. Et de ce combat résulte le perfectionnement de la consécration qui apporte dans notre coeur la plénitude tant désirée de la manifestation.

Réjouissons-nous qu’il y ait des âmes intrépides qui s’écrient : « Seigneur, que ta volonté soit faite », auxquelles il répond par une révélation de toute l’étendue et de toute la portée. de la consécration, et dont la soumission instantanée et entière obtient la manifestation immédiate de sa plénitude. Mais il est doux de le voir conduire avec amour et patience les âmes plus timides et hésitantes jusqu’au haut de l’échelle de la vie consacrée, jusqu’à ce que pas à pas elles atteignent aussi à ces hauteurs sublimes que d’autres conquièrent d’un seul bond.

3. Le secret de sa manifestation constante.

Jean XV, 4 – Demeurant en Christ.

« Demeurez en moi, et moi en vous. Comme le sarment ne saurait, de lui-même porter du fruit, s’il ne demeure attaché au cep, de même vous n’en pouvez porter, si vous ne demeurez en moi. (Jean XV, 4). »

(Jean XV, 5) « Celui qui demeure…. porte beaucoup de fruit. »
La manifestation perdue

Nous arrivons maintenant au dernier des trois secrets du Saint-Esprit. On en reconnaîtra l’importance par l’expérience caractéristique suivante qui n’est pas rare parmi lès chrétiens. Un enfant de Dieu, sous l’influence du Saint-Esprit, voit les droits de Dieu sur sa vie, et la dépose à ses pieds en sacrifice vivant. En retour de sa consécration, Dieu lui accorde une plénitude de puissance et de vie spirituelle qui dépasse ses plus chères espérances et dont son âme se réjouit. La présence de l’Esprit dans son cœur est si manifeste, qu’il lui semble avoir atteint un nouvel état de puissance spirituelle qui jamais ne s’affaiblira. Mais peu à peu un changement se produit. L’éclat paraît s’obscurcir ; la puissance commence à décliner ; la manifestation s’amoindrit. Il continue encore à « s’attribuer » une grâce perdue, à appeler sien ce qu’il ne possède plus, dans l’espoir de faire revenir la bénédiction. Puis il s’abat dans le désespoir, finit par ne parler de tout cela que comme d’une expérience disparue, d’une bénédiction dont il jouissait autrefois, mais qui s’est maintenant évanouie. Qu’est-il arrivé ? Ce n’est pas que l’Esprit ait cessé d’habiter dans ce croyant ; mais il a cessé de se manifester dans sa plénitude. Il n’est pas ici question de présence perdue, mais de manifestation perdue. Ce n’est pas celui qui bénit, c’est la bénédiction qui est partie.


La manifestation de la plénitude de l’Esprit a été ce qu’il fallait quant à sa nature et à son degré, mais non pas quant à sa permanence. La continuité lui a fait défaut : elle a disparu lentement comme la rougeur crépusculaire d’un coucher de soleil :
Et pourquoi ?

1. Jean XIV, 21, Manifestation permanente pour qui fait continuellement la volonté de Dieu 

Jean XIV, 21, Christ établit les conditions générales, de la manifestation de l’Esprit, lorsqu’il dit : « Celui qui a mes commandements et qui les garde …. je me manifesterai à lui. »
Parlant clairement ici de la manifestation de lui-même par l’Esprit, il déclare comme vérité universelle que la condition de cette manifestation, c’est de garder ses commandements, et il entend par là, non les commandements de la loi, mais ceux de la grâce, – la foi et l’amour, – qui sont l’accomplissement de la loi. En d’autres termes, Christ affirme simplement que la manifestation de Dieu est pour celui qui fait la volonté de Dieu.
Ainsi, quand l’homme était un pécheur, la volonté de Dieu à son égard comme à l’égard de tout perdu, était qu’il se repentît et crût au Seigneur Jésus-Christ pour le salut de son âme. Il le fit, et reçut, lors de sa conversion, l’Esprit, qui demeure en lui pour toujours, comme nous l’avons vu. Plus tard il reconnaît en lui une vie égoïste ennemie de la vie de Dieu, une vie du moi qui s’oppose à la volonté divine. La volonté de Dieu est qu’il abandonne cette vie du moi, et qu’il se livre complètement à Dieu. Cela aussi, il le fait, et immédiatement il reçoit, lors de sa consécration, une puissante manifestation de Dieu, par la plénitude de cet Esprit qui déjà demeurait en lui. À ces deux actes de soumission, Dieu a répondu en se manifestant au croyant comme il l’avait promis.
Au lieu d’en rester là, réclamant cette bénédiction et essayant de vivre sur cette expérience, le croyant aurait dû se hâter de saisir la vérité suivante : Puisque la manifestation de l’Esprit est pour celui qui fait la volonté de Dieu, la manifestation PERMANENTE de l’Esprit est seulement pour celui qui fait CONTINUELLEMENT la volonté de Dieu. La permanence de la manifestation ne peut venir que d’une soumission continuelle, d’une vie journalière conforme à la volonté de Dieu.


Ainsi la consécration de la vie n’est qu’un commencement. Il faut que cet acte de consécration s’incarne dans une vie de consécration, pour que la bénédiction première devienne une bénédiction continue. La consécration est le point de départ, plutôt que le point d’arrivée à la plénitude de l’Esprit. Ce n’est pas une étoile qui, une fois fixée, illumine notre vie de son rayonnement sans que nous prenions jamais soin d’elle ; c’est une porte d’entrée qu’il faut constamment tenir ouverte si nous voulons que la lumière pénètre chez nous continuellement. Voilà justement où a manqué le croyant qui déplore son « expérience perdue ». Il a connu le premier et le second secret du Saint-Esprit, mais non pas le troisième et dernier. Il a reçu le Saint-Esprit par son union avec Christ, il a été rempli du Saint-Esprit par sa consécration à Christ ; mais il ignore la constante manifestation de cet Esprit, en demeurant en Christ. Il a vu le point d’arrivée de l’expérience chrétienne dans la consécration, au lieu de le voir dans le fait de demeurer en Christ. Il a reçu « la plénitude » ; il a possédé « la seconde bénédiction » ; il a été « rendu parfait » ; et alors il a fait ce qu’il n’est permis de faire à nul mortel, il s’est arrêté, s’est reposé sur une expérience soi-disant acquise. Désirant retenir « la bénédiction » reçue, il lui manque la connaissance du secret final et suprême par lequel on la retient, le secret de demeurer en Christ. Il est égaré, déconcerté et désappointé parce qu’il n’a pas compris qu’un homme peut recevoir l’Esprit, et avoir à apprendre à marcher selon l’Esprit.


2.  Marcher selon la chair, annihile la manifestation de l’Esprit

 résulte de la double nature du croyant, déjà étudiée plus haut. Si, au moment où la vie nouvelle de l’Esprit remplit le croyant qui se consacre, l’ancienne vie de la chair disparaissait, il n’aurait nul besoin d’apprendre le secret de demeurer en Christ. Mais ce n’est pas le cas. Il est vrai que « le vieil homme a été crucifié. » Mais il est crucifié en Christ, et c’est seulement en demeurant en Christ que nous réalisons cette vie de crucifixion et de résurrection. La chair reste encore dans le croyant. Autrement, pourquoi est-il constamment exhorté à marcher selon l’Esprit, et à ne pas marcher selon la chair ? Il ne devrait pas marcher dans la chair, il n’est pas nécessaire qu’il y marche, mais le fait qu’il peut marcher dans la chair et que souvent il le fait, prouve que la chair est là.

Chaque fois qu’il cède à la chair et qu’il marche selon la chair, il annihile et arrête la manifestation de l’Esprit. Car Dieu ne peut pas se manifester au moyen de la chair. Les affections de la chair mènent à la mort et sont « inimitié – contre Dieu », elles ne peuvent se concilier avec l’Esprit. Dans la mesure donc où le croyant marche dans la chair, à chaque action accomplie sous l’influence de la chair, la manifestation de l’Esprit cesse. Si l’Esprit agissait autrement, il mettrait l’approbation de Dieu sur des actes inspirés par la chair qu’il hait et qu’il a condamné à mort. Ce serait non seulement laisser la chair « se glorifier en sa présence », mais ce serait lui donner la gloire même de cette présence. Ce serait apporter la gloire de la Schékinah dans le temple impur d’une idole païenne ; ce serait accorder à Dagon l’auréole divine, au lieu de le frapper des coups du jugement divin.

Même si un homme a été rempli de l’Esprit à sa consécration, Dieu ne peut mettre son sceau sur sa vie, si elle n’est pas conforme à sa volonté ; il ne peut continuer à travers une vie entière une manifestation de l’Esprit, qui ne serait due qu’à un acte passé d’obéissance.

Le croyant a besoin de voir ceci clairement. Il faut qu’il comprenne que la manifestation est pour quiconque fait la volonté de Dieu et que, chaque fois qu’il accomplit la volonté de la chair, cette manifestation doit se voiler. Il y a un sentiment conscient de condamnation et d’obscurcissement intérieur dans le coeur du croyant lorsqu’il cède à la chair, comme si un nuage passait entre lui et Dieu et troublait la lumière divine dans les profondeurs de son âme. C’est que la chair est précisément le voile qui se place entre l’âme et la présence consciente de Dieu chaque fois que le croyant marche en elle. C’est pour cela qu’il importe de dépouiller le vieil homme et de demeurer en Christ, ce qui d’après les solennelles déclarations de Paul est la vie bénie qui doit être atteinte. Une chute dans la vie de la chair ne coûtera pas le salut de l’âme, car il n’est pas question ici du salut mais de la communion avec Christ.

Le fils qui a cédé à un acte de désobéissance ne perd pas sa qualité de fils, mais il attriste son père et rompt l’entente du cercle de famille. Notre qualité de fils a autant de certitude que le sang de Christ et l’étreinte de la puissante main du Père peuvent lui en donner. Mais la communion avec Dieu est comme la surface d’un miroir délicat ; le souffle même de la vie de la chair y condensera assez de buée pour en voiler la présence radieuse. Comme il est donc insensé de faire fond sur une expérience passée de la manifestation de l’Esprit, alors que le premier pas fait sous l’inspiration de la chair cache cette manifestation. Et comme il est nécessaire d’apprendre au plus tôt ce dernier secret, celui de demeurer en Christ, afin de savoir comment ces « ruptures » de la communion deviennent de plus en plus rares, jusqu’à ce qu’enfin on marche selon l’Esprit, et que le but glorieux soit atteint où « la loi de l’esprit de vie qui est en Jésus-Christ nous affranchit de la loi du péché et de la mort. »

3. La Parabole du cep et des sarments

Aucun enseignement dans les pages de la Parole de Dieu ne nous révèle mieux les vérités du Saint-Esprit que la parabole du cep et des sarments. Elle n’est pas seulement d’une clarté et d’une simplicité merveilleuses, mais elle embrasse la totalité du triple secret du Saint-Esprit. Représentez-vous un sarment greffé sur le cep. Aussitôt que l’union est complète, le sarment reçoit la vie que le cep y fait entrer. De la même manière, le croyant reçoit le Saint-Esprit en s’unissant à Christ par la foi lors de sa conversion. Supposez quelque obstruction dans les vaisseaux du sarment qui arrête l’affluence de la sève, et qui, tout en permettant au sarment de recevoir cette sève, l’empêche d’en être rempli. Au moment où l’obstacle est enlevé, le sarment se remplit de la vie du cep. C’est l’image du croyant qui a bien reçu le Saint-Esprit, mais le manque de consécration de sa volonté et de sa vie empêche la plénitude de cette vie qu’il a reçue.

Aussitôt qu’il se donne entièrement à Dieu, il est rempli de l’Esprit déjà reçu. Mais trop souvent il y a des temps d’arrêt. Il s’efforce de vivre sur son expérience passée ; le sarment ne le peut et même ne l’essaye pas. Il ne suffit pas que le sarment ait reçu la sève à l’époque de la greffe ; ni qu’il en ait été rempli le jour où il s’y est entièrement livré. Mais chaque jour, à chaque heure de son existence, il faut qu’instant après instant il tire sa vie du cep qui le nourrit. Il faut qu’il tire de lui non seulement sa naissance et ses bourgeons, mais ses feuilles, ses fibres, son bois, ses fleurs et enfin ses fruits. Il demeure sur le cep. Il n’essaye pas de croître aujourd’hui sur la plénitude d’hier. Il n’essaye pas de tirer du cep un jour, et de ne rien tirer le lendemain. S’il agissait ainsi au jour de la vendange, il n’aurait aucun fruit. Il faut qu’il demeure sur le cep. L’application au croyant est évidente. Tel est le dernier secret qu’il doit apprendre. Car, dit Jésus « comme le sarment ne peut porter de fruit de lui-même s’il ne demeure attaché au cep, vous ne le pouvez non plus à moins de demeurer en moi. »

4. Celui qui garde ses commandements demeure en Dieu, et Dieu en lui

Et maintenant, qu’est-ce que demeurer en Christ. Que veut dire Christ, lorsqu’il se sert de ces mots pour décrire le dernier secret du Saint-Esprit ?

Comment demeurons-nous en lui, de façon à connaître la joie de sa promesse : « et moi en vous ? » Si, comme cela est certain, le point culminant de la vie chrétienne est ici atteint, quelle importance n’y a-t-il pas pour nous à ne pas nous contenter de notions vagues et générales, mais à savoir d’une manière claire et définie, ce qu’il faut entendre par cette expression. Des hommes ont écrit de magnifiques essais sur ce mot « demeurer », la poésie religieuse est remplie de descriptions à ce sujet ; de belles pensées ont été émises, mais tout cela a été vague, nuageux et mystique et n’a pas répondu à notre désir intense de savoir exactement ce que c’est que « demeurer », afin d’incarner pratiquement dans notre vie journalière cette vérité souverainement importante.

La difficulté vient de ce que nous cherchons les pensées des hommes au lieu des pensées de Dieu. Nous ignorons la plus grande règle d’étude de la Bible qui est celle-ci :

Lorsque nous trouvons un passage dont le sens nous est caché, demandons au Dieu qui a écrit le livre ce qu’il a voulu dire, au lieu de consulter l’homme. Pour cela, si quelque portion de la Parole est obscure, cherchons quelque autre portion de cette Parole qui éclaire la première. Notre manque d’égards pour la Parole de Dieu se montre à propos de l’expression que nous étudions.

Pendant que les hommes ont tâtonné, spiritualisé et théorisé sur cette vérité, la définition de Dieu lui-même, aussi claire, aussi simple et pratique que Dieu seul la donne, nous crevait les yeux. Nous la trouvons I Jean III, 24 : Celui qui garde ses commandements DEMEURE en Dieu, et Dieu en lui. Comme il est étrange que nous nous y soyons si longtemps trompés. C’est la même vérité simple que celle de la manifestation (Jean XIV, 21). Et pourquoi ? Parce qu’il est ici question non pas de salut, mais de communion. Il s’agit non pas de notre sécurité, mais de notre marche en Christ.

Ne pas croire en Christ, nous coûterait nos âmes, mais ne pas demeurer en lui après avoir cru, nous coûte notre communion consciente avec lui, et voile la manifestation de sa présence.

« Demeurer » exprime d’un seul mot les conditions de la manifestation. Car « si quelqu’un garde mes commandements, je me manifesterai à lui (Jean XIV, 21) » et « si quelqu’un garde mes commandements il demeure en moi (I Jean III, 24) » ; donc, c’est à quiconque demeure que je me manifeste. Tout ceci est logique.

DEMEURER consiste à observer CONTINUELLEMENT ses commandements, et en réponse à cela, il se manifeste dans une communion PERMANENTE avec ses enfants.

Mais quelqu’un dira : « Si demeurer en Christ dépend de l’observation de la multitude des commandements de sa Parole, je ne pourrai jamais y arriver, car je ne puis même pas me les rappeler tous, encore moins les garder ; ainsi donc je dois désespérer de jamais apprendre ce dernier secret du Saint-Esprit. » Vous n’y êtes pas, bien-aimé. Cherchez encore sa Parole (I Jean III, 23) : « Et voici son commandement, que nous CROYIONS au nom de son Fils Jésus-Christ, et que nous nous AIMIONS les uns les autres, comme il nous l’a ordonné. » Pour nous qui sommes sous la grâce, tous les commandements sont accomplis dans le grand double commandement de la FOI et de L’AMOUR, de la foi qui est agissante par l’amour.

Nous atteignons ici une vérité si importante, qu’elle mérite toute l’étude et toutes les prières dont nous sommes capables, et nous allons lui consacrer les deux derniers chapitres de cet opuscule.
Nous avons vu que Christ se manifeste par le Saint-Esprit à quiconque lui obéit, c’est-à-dire garde ses commandements.

Nous avons vu aussi que l’observation constante de ses commandements est ce qu’il appelle « demeurer en lui » et qu’elle amène non son entrée en nous, non sa présence, qui toutes deux sont déjà l’apanage du croyant, mais la révélation constante de lui-même par l’Esprit, ce après quoi languit tout coeur fidèle.

Nous avons encore vu que tous ces commandements, dont l’observation constitue l’acte permanent de « demeurer en lui » sont renfermés dans le double et grand commandement de la foi et de l’amour.

I Jean III, 23  Le rôle de la foi,

En conséquence, nous allons insister, ici, d’abord sur le rôle de la foi, C’est-à-dire sur la première moitié du grand commandement de I Jean III, 23, dont l’observation continue apporterait à nos coeurs leur plus impérieux désir, et constituerait ce « demeurer en lui » dont la conséquence est que lui aussi demeure en nous.

Quelle est donc cette foi qui forme une partie intégrante si considérable de l’acte permanent de demeurer ? Diffère-t-elle de la foi par laquelle nous sommes justifiés, par laquelle nous recevons le pardon des péchés et le don du Saint-Esprit ? Si oui, en quoi diffère-t-elle ? – Nous répondrons que l’essence de cette foi, comme l’essence de toute foi, c’est de regarder à Jésus. Elle diffère de la foi déjà connue, en ce sens qu’elle regarde CONSTAMMENT à Jésus pour qu’il manifeste constamment l’Esprit en elle, de la même manière qu’au début, elle regarda à lui pour obtenir le don de cet Esprit. Pour éclaircir cette pensée, il suffit de deux remarques :


1. Le croyant spirituellement mort doit nâitre de nouveau

« En moi, c’est-à-dire en ma chair, il n’y a rien de bon. » « Car vous êtes morts, et votre vie est cachée avec Christ en Dieu (Col. Ill, 3). » Ainsi, le croyant n’a aucune autre vie spirituelle en lui-même que celle de Jésus-Christ.

Il a la vie physique, la vie de l’âme, mais il n’a pas de vie divine en dehors de Jésus-Christ. Le simple fait de la nouvelle naissance en est une preuve absolue. Cet état intérieur de mort spirituelle est si désespéré qu’une nouvelle naissance est nécessaire. La vieille vie ne peut pas être réformée ni améliorée, ni utilisée en aucune façon par Dieu. Il n’y a aucun procédé, même de divine alchimie, par lequel le vil métal de « la chair » puisse être transformé en l’or fin de « l’Esprit ».

Le croyant doit naître de nouveau, naître de Dieu , naître d’En Haut, naître de l’Esprit. La vie qui entre alors en lui est une vie nouvelle; ce n’est pas la sienne propre, mais la vie de Dieu en lui. Ce n’est pas un homme dont la vie charnelle s’est améliorée, mais un homme en qui Dieu habite. Ce n’est pas qu’il ait une meilleure vieille vie que le pécheur, mais il a une vie nouvelle, que le pécheur ne possède pas. Il n’est pas invité à amender, mais à dépouiller le « vieil homme ». Dieu a la même sentence pour la vieille vie en lui que dans le pécheur, à savoir la condamnation.


2. C’est Jésus-Christ qui est nôtre vie spirituelle.

« Je suis le chemin, la vérité et la vie. » « Quand Christ, qui est votre vie apparaîtra… » « Dieu nous a donné la vie éternelle, et cette vie est en son Fils. Qui a le Fils a la vie, et qui n’a pas le Fils n’a pas la vie. » « En elle était la vie. » « Je suis le pain de vie. » « Je leur donne la vie éternelle. » Ainsi, quoique le croyant soit en lui-même spirituellement mort, pourtant Christ est sa vie spirituelle. Il ne reçoit pas la vie comme un don distinct de Christ, mais il la reçoit en recevant Christ lui-même, Jésus-Christ ne communique pas de la vie, il se communique lui-même. La vie spirituelle entre chez le croyant par l’entrée même de Christ, qui EST vie. La vie spirituelle du croyant n’est donc pas un bien qui lui appartient en propre, mais le bien de Christ qui habite en lui. Le croyant ne reçoit jamais un don de vie spirituelle qui ne devienne sa propriété personnelle, indépendante et séparée de Christ : il reçoit Christ lui-même, qui habite en lui avec la puissance de l’Esprit. 

La vieille nature demeure perdue après la conversion


Le croyant nous est donc présenté comme un homme, en lui-même mort spirituellement, mais habité par l’Esprit de Jésus-Christ qui est sa vie spirituelle. La vieille nature est aussi perdue chez le croyant après sa conversion qu’avant. Elle doit être considérée comme absolument sans valeur. Ses affections charnelles sont « la mort », « l’inimitié contre Dieu » ; elle ne se soumet pas à Dieu, et n’est pas plus susceptible de progrès spirituel chez le croyant que chez le pécheur.

Le seul parti du croyant est donc d’abandonner sa vie propre, comme perdue sans espoir aucun, et de commencer à compter uniquement sur la vie de Christ qui est en lui.

La vie de la foi regarde continuellement à Christ, chaque jour et à chaque heure

Celui dont la nature est pécheresse ne peut que regarder à Celui qui est sans péché ; celui qui est faiblesse doit regarder à Celui qui est force ; celui qui est vide doit regarder à Celui qui est plénitude ; celui qui est mort doit regarder à Celui qui est vie. Sa nouvelle vie ne doit pas être un « moi » amélioré ; « ce n’est plus moi, mais CHRIST QUI VIT EN MOI, et la vie que je mène maintenant dans la chair, je la vis dans la foi (Gal. Il, 20). » Paul trouve qu’il n’est pas seulement justifié par la foi, « mais qu’il doit vivre par la foi » ; non seulement qu’il a reçu l’Esprit, mais qu’il doit marcher dans l’Esprit. Il a atteint la plus large conception de la foi que le croyant puisse embrasser, car il a atteint non seulement la foi par laquelle nous sommes nés de Dieu, mais la foi par laquelle nous vivons en Dieu, la foi qui fait « demeurer » en Dieu. En quoi consiste cette foi ? C’est l’attitude habituelle d’une âme qui, en elle-même spirituellement morte, regarde continuellement à Christ, chaque jour et à chaque heure ; – la vie d’un autre, la plénitude de la vie de Jésus. Telle est la vie de la foi ; telle est la marche selon l’Esprit ; tel est le rôle de la foi dans l’acte permanent de « demeurer » en Christ.

La parole de Dieu a bien des choses à dire de la foi, prise dans toute l’ampleur de sa signification, et elle semble ne jamais se lasser d’en faire ressortir la suprême importance. « Ainsi, comme vous avez reçu le Seigneur Jésus-Christ, marchez en lui » : voilà l’une des vérités que Paul est le plus attentif à inculquer à ses auditeurs. Et comment avons-nous reçu Jésus ? N’est-ce pas en cessant nos oeuvres de propre justice ? N’est-ce pas en mettant fin à tout effort personnel, à toute justification de nous-mêmes, en nous jetant comme des perdus dans les bras de Jésus-Christ, et en mettant en lui seul notre confiance ? Pouvions-nous, par n’importe quel effort propre, opérer le pardon de nos péchés, et notre réconciliation avec Dieu ? Pouvions-nous effacer une seule de ces taches dont la multitude teignait de cramoisi notre vie pécheresse ? Non ; car « sans effusion de sang, il n’y a point de rémission de péchés. » Nous avons dû forcément nous abandonner à Jésus, avec une foi privée de tout soutien pour qu’il accomplisse ce dont nous n’avons pas pu nous-mêmes venir à bout. Voilà comment nous avons reçu Jésus-Christ.

S abandonner à Christ pour la manifestation constante de cet Esprit

De la même manière, nous avons à marcher en lui. Une marche est simplement un pas réitéré; comme nous avons une première fois pris le parti de nous confier en Christ seul pour recevoir le Saint-Esprit, de même nous devons, à chaque pas de notre marche avec lui, nous abandonner à lui seul pour la manifestation constante de cet Esprit. Désirons-nous la puissance ? Regardons à lui pour la recevoir chaque fois qu’elle nous est nécessaire. Soupirons-nous après l’amour ? Regardons à lui pour qu’il nous donne le sien, car nous sommes froids et égoïstes. Nous faut-il l’onction pour son service ? Regardons à lui toujours. Avons-nous besoin de direction, de sagesse, de tact, de douceur, de support, de paix, de joie ? Regardons à lui pour tout cela.
Cette même vérité apparaît dans Rom. VI, 4:

« Comme Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, de même, nous aussi, nous devons marcher dans une vie nouvelle. » La déclaration ici faite est que notre marche chrétienne dans la vie nouvelle doit ressembler à la résurrection de Christ d’entre les morts. Pouvons-nous concevoir une image plus parfaite de l’impuissance que celle d’un homme mort ? Christ, quant au corps, était mort. Ce corps mort ne pouvait de lui-même se lever, se mouvoir, respirer, s’agiter ; il était en lui-même sans aucun pouvoir. Heure après heure se passe, et il gît dans la tombe, sous l’étreinte de la mort, sans avoir en lui-même aucun pouvoir de se ressusciter, mais attendant l’attouchement de Dieu le Père. Alors intervient la puissante vivification de la résurrection, par laquelle Dieu le rappelle d’entre les morts. Christ ne s’est pas ressuscité lui-même ; il n’en était pas ainsi ordonné ; il fut ressuscité par un autre, par le Père. C’est de cette manière que le croyant doit marcher dans la vie nouvelle. Il doit se mettre dans l’esprit qu’il est mort, et, jour après jour, heure après heure, regarder à un autre, compter sur un autre, sur Jésus-Christ, sur le Saint-Esprit en lui, pour chaque pas à accomplir exactement comme il a fait pour le premier pas, la conversion.

Notre marche constante « dans l’Esprit »

Bien-aimés, comprenons-nous bien que notre marche « dans l’Esprit » doit être constamment, à CHAQUE instant, une vie de foi comme notre salut a été un acte de foi ? qu’il nous faut non seulement être régénérés par la foi, mais vivre par la foi ? Croyons-nous que c’est là la pensée de Christ, lorsqu’il disait : « Hors de moi, vous ne pouvez rien faire ? » Osons-nous présider cette réunion, écrire cette lettre ou cet article, prononcer cette allocution, offrir ce traité, parler de Christ à cette âme, prendre telle décision, faire telle démarche, osons-nous entreprendre quoi que ce soit, sans cette rapide élévation de notre foi vers Celui en qui seul habite la vie spirituelle ? Avons-nous incarné le fait de notre propre insuffisance dans notre marche chrétienne journalière ? Comprenons-nous bien que tout cela n’est pis seulement un thème à essais religieux, ou un sujet de conversations mystiques, mais que c’est la vérité qui doit s’incorporer dans chaque acte, dans chaque parole, dans chaque pensée ? Regardons-nous constamment à l’habitation de Christ en nous ? Que notre moi soit digne de toute défiance, et Christ digne de toute confiance, nous le savons. Mais notre vie le prouve-t-elle ? Ce « hors de moi vous ne pouvez rien faire », est-il devenu partie intégrante de notre vie comme de notre credo ? » C’est l’Esprit qui vivifie (qui rend vivant), la chair ne sert de rien. » L’Esprit seul peut faire vivre ; l’Esprit seul peut faire sortir de la mort hommes ou femmes et leur donner vie. Les paroles prononcées, les prières proférées, les actes accomplis dans la seule énergie du moi n’ont aucune puissance de création spirituelle. Si cela est vrai, combien de nos oeuvres sont des « oeuvres mortes ! » À moins que l’Esprit ne parle par nous, ne prie par nous, n’agisse par nous, il n’y aura aucune résurrection chez ceux qui nous entourent.

Le sermon débité avec l’orgueil intellectuel, ou avec l’impétuosité d’une éloquence toute humaine, peut éveiller l’intelligence, soulever l’admiration, ou exciter l’émotion, mais il ne peut pas transmettre la vie. Et rien d’autre que la vie ne peut produire la vie, car « C’EST L’ESPRIT QUI VIVIFIE. »


« Je n’ai pas souvent à me reprocher de négliger mon service, mais je me reproche souvent de servir sans l’onction, » disait un pionnier chrétien bien connu. Le ministère sans l’Esprit, de quelle valeur est-il ? La réponse est toujours la même. « La chair ne sert de rien, » et montre quelle responsabilité solennelle est la nôtre si nous vivons sans « demeurer » en Christ, sans nous défier constamment de nous-mêmes, sans compter constamment sur l’Esprit qui habite en nous et sans tout recevoir de lui. 

La Voiture électrique ou le trolleys

 
La nécessité de « demeurer » en Christ peut s’illustrer à l’aide de faits d’une expérience Journalière. Il y a aujourd’hui deux systèmes par lesquels on fait mouvoir les voitures électriques.
Dans l’un, la force réside dans une batterie suffisamment approvisionnée pour faire rouler la voiture un certain nombre d’heures. La batterie, une fois, chargée, devient pendant ce temps-là une source indépendante de force et de lumière, et la voiture est elle-même un automoteur, n’ayant besoin d’aucun aide du dehors. Mais il y a un autre système, le trolley, qui diffère totalement du précédent. Ici, la voiture est un objet mort, inerte, sans aucune puissance de propulsion propre. Mais au-dessus d’elle court un mince câble d’acier, qui palpite de la vie qu’il tire sans interruption d’une usine électrique. Au moment où la voiture inerte allonge sa perche et entre en contact avec le courant qui passe, elle s’emplit de vie, de force et de mouvement. Or, cette vie et cette force ne sont pas les siennes propres, mais celles du câble, et sitôt que cesse le contact avec le fil chargé de vie, elle redevient la même masse inerte et immobile. Le maintien de son mouvement dépend entièrement du maintien de son contact.

L’analogie saute aux yeux. C’est ainsi que les enfants de Dieu doivent se tenir en contact continuel avec Jésus-Christ, s’ils veulent connaître les manifestations constantes du Saint-Esprit, car Dieu ne les remplit pas d’après le principe des batteries, mais d’après celui des trolleys. Il ne les charge pas d’une puissance indépendante, mais il les unit par la foi à Jésus-Christ qui seul est ainsi chargé. C’est Christ (Act. Il. 33 ) qui a reçu du Père le Saint-Esprit promis ; et c’est Christ qui « a répandu ce que vous voyez et entendez. »

C’est donc en vertu de notre union avec Christ que nous avons reçu le don du Saint-Esprit, et c’est seulement si nous demeurons en lui, si nous tirons de lui jour après jour notre vie par la communion, par la prière et par le regard, que nous expérimentons la manifestation constante de l’Esprit. Dieu ne nous remplit pas comme nous pourrions remplir un sceau, avec une provision indépendante et séparée de la fontaine. Il nous remplit comme un sarment l’est par le cep, grâce à son union avec lui, et parce qu’il tire de lui de jour en jour, d’heure en heure, tout ce dont il a besoin. Ainsi quiconque regarde à Jésus constamment ne manquera ni de bénédictions, ni de baptêmes, mais celui qui regarde aux bénédictions et aux baptêmes pourra souvent relâcher le lien qui l’unit à Jésus.

Le Seigneur veut nous garder dans cette position de dépendance. Sa volonté n’est pas de nous remplir de l’Esprit de telle sorte que nous puissions marcher seuls avec cette provision pendant un an, un mois, ou un jour. Agir ainsi serait nous rendre indépendants de Christ, nous remplir de confiance en nous-mêmes, nous gonfler d’orgueil, anéantir la foi, seul vrai fondement de la communion avec Christ pour porter des fruits de vie en lui. Non, bien-aimés, notre vie spirituelle n’est pas la nôtre propre, nous la tirons d’un autre. Dépendre de soi-même, c’est la stérilité ; dépendre de Christ, c’est la plénitude. « Vous êtes mort, et votre vie est cachée avec Christ en Dieu. » De même qu’au centre d’une ville il y a de grands dynamos vivant d’une vie merveilleuse qu’ils envoient à des centaines de tramways inertes qui comptent sur elle, de même, cachée en Dieu, il y a une vie divine que lui, le Père, répand en nous par le Fils. Quiconque demeure en lui sera toujours fertile et rempli ; quiconque essaie de vivre de ses bénédictions et de ses expériences d’autrefois déplorera bientôt son vide et sa stérilité.

Remarquez bien ici que « demeurer » n’exprime pas une attitude, mais un état. « Demeurer » ne précède pas le salut, mais le suppose.

Un homme a le salut en Christ en vertu de son union, mais bien des hommes perdent la manifestation de l’Esprit par manque de communion.
Maint chrétien a l’attitude vraie et un état faux ; sûr de son salut, il est lent dans sa marche et dans sa communion. La stérilité de sa vie et sa faiblesse à servir indiquent qu’il a perdu, non pas son salut en Christ, mais sa communion avec Christ ; qu’il a perdu n’on la justification, mais la manifestation, non la foi qui sauve, mais la foi par laquelle on « demeure » en Christ dans le sens indiqué.

L’unique pensée de quiconque a cette foi par laquelle on « demeure » en Christ, est donc de compter constamment sur Jésus pour sa vie spirituelle. Ces trois Mots COMPTER SUR JÉSUS dépeignent parfaitement la situation de l’âme qui demeure en Christ. La lune continue à compter sur le soleil pour tous les rayons qu’elle reflète ; le sarment compte constamment sur le cep pour tout ce qui constitue sa vie et ses fruits ; la fontaine compte sans cesse sur le réservoir qui lui fournit chacune des gouttes d’eau qu’elle offre à ses visiteurs altérés ; la lampe électrique compte invariablement sur le grand dynamo pour chaque parcelle du courant de lumière dont elle inonde les ténèbres de minuit. De même l’enfant de Dieu qui veut se rendre maître du dernier secret du Saint-Esprit, celui de sa manifestation constante, doit continuer à regarder à Jésus, moment après moment, jusqu’à ce que cette vie de foi devienne l’état constant de son âme. Cela peut être, cela sera difficile pour commencer.

Pratiquer ce principe de compter sur Jésus seul dans chaque détail de notre vie n’est pas peu de chose pour aucun d’entre nous. Imposer silence aux clameurs de la chair, ne plus se fier à l’intelligence naturelle ; comprimer la violence d’une hâte charnelle, se défier de tout plan qui ne découle pas de la prière, attendre jusqu’à ce que l’on soit convaincu de la volonté de Dieu, ne pas seulement dire : « pas de confiance en la chair », mais le pratiquer, c’est une attitude que l’on ne prend pas aisément et d’un seul effort. Mais ce sera la nôtre ; Jésus l’exige de nous, et tout commandement développe en nous la capacité de l’accomplir. Et comme l’échec de nos efforts pour « demeurer » en Christ a rendu plus manifeste notre profond besoin de réaliser cet état, nous y arriverons à la fin en comptant sur Jésus pour la force nécessaire. Acceptant notre propre incapacité, nous compterons sur Jésus pour être guidés et nous verrons de nos yeux les voies merveilleuses par lesquelles il nous fait passer ; nous compterons sur lui pour l’onction, et pour être aussi conscients de la présence de l’Esprit que nous le sommes de notre propre identité ; nous compterons sur lui pour porter des fruits et serons étonnés de la récolte qu’il peut tirer de pauvres sarments tels que nous. Qu’ils sont précieux tous ces résultats d’une vie passée à « demeurer en lui ».

Bien-aimés, sommes-nous assez mécontents de nous pour sentir le suprême besoin de Christ seul ? Réalisons-nous que par nous-mêmes nous sommes morts ? Réalisons-nous que ce fait seul qu’un homme doit naître de nouveau, est en soi l’acte d’accusation le plus terrible qu’un Dieu saint puisse prononcer contre nous, et la preuve absolue de l’insuffisance totale de notre vie naturelle ? Avons-nous accepté les conséquences logiques de la régénération, et leurs effets sur la sainteté de la vie ? Avons-nous conscience de notre besoin de vivre en Dieu, comme de naître de Dieu ? Sentons-nous le besoin de « demeurer » en Christ ? Cherchons-nous à « demeurer » en lui ? Sûrement, les fruits en sont riches, car lui-même a dit – Demeurez en moi, et moi en vous ! »

Nous avons étudié la foi qui est nécessaire pour « demeurer en Christ. » Nous avons vu comment le croyant doit regarder sans cesse à Christ, jour après jour, pour sa vie spirituelle, se tenir avec lui en contact permanent par la prière, la communion et la confiance, tout recevoir à tout moment de celui « en qui habite corporellement toute la plénitude de la divinité. » Mais « demeurer » en Christ consiste à garder ses commandements et il y en a plus d’un.

Il ne faut pas seulement « croire au nom de son fils Jésus-Christ », mais « aimer » ; non seulement avoir la foi, mais l’amour (I Jean III, 23). « Demeurer » en Christ est non pas seulement une communion, mais un service ; non pas seulement une attitude vis-à-vis de Dieu, mais une attitude vis-à-vis des hommes ; non pas seulement un regard sur Jésus, mais l’amour pour les autres.

Le rôle de l’amour


Quiconque veut « demeurer » en Christ et connaître la manifestation de l’Esprit qui en découle ne doit pas seulement recevoir à chaque instant la plénitude de Jésus, pour sa marche, mais aussi aimer constamment les autres au lieu de s’aimer soi-même. Que la manifestation continuelle de l’Esprit de Dieu n’appartienne qu’à ceux qui mènent non seulement une vie de foi, mais une vie d’amour, cela se fonde sur la nature même de Dieu. Car…

1. Dieu, qui est amour –

ne peut se manifester qu’à ceux qui veulent ainsi aimer. Nous le considérons comme l’amour dans la déclaration de sa Parole : « Dieu est amour et celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu. » « Celui qui n’aime pas, ne connaît pas Dieu. » « Je t’ai aimé d’un amour éternel. » « Ayant aimé les siens, il les aima jusqu’à la fin. » « Comme mon Père m’a aimé, je vous ai aussi aimés. » « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique. »

Nous voyons cet amour en Dieu le Père faisant dès l’éternité le plan du salut des hommes. Nous le voyons en Dieu le Fils, quand il offre sa vie pour l’humanité, quand son coeur agonise de compassion pour les multitudes qu’il compare à des brebis sans berger ; quand il supporte avec une patience majestueuse les insultes et les railleries du jugement, quand il s’incline sous les verges, quand enfin, il porte nos péchés en son corps sur le bois, et que son dernier soupir se dépense dans une plaintive prière en faveur de ses bourreaux.

Nous croyons aussi que Dieu le Saint-Esprit est amour. Comme il est tendre quand il plaide avec les hommes ! Comme il est doux dans ses reproches ! Comme il est patient et infatigable dans nos résistances ! Comme il a de la peine à abandonner l’homme, malgré ses moqueries et ses dédains ! Qu’il est prompt à pardonner les péchés les plus grossiers et les folies des années précédentes. Oui, le Père qui a donné son Fils unique pour nous envoyer le salut ; le Fils qui a versé son sang sur une croix infâme pour nous l’apporter, et l’Esprit, qui pendant des milliers d’années a couvé les hommes et a opéré en eux pour le leur appliquer – ces trois sont un seul Dieu d’AMOUR éternel, dévoué, immuable.

Il s’en suit que la nature même de Dieu, qui est l’amour – exige, pour se manifester, une vie qui réalise l’amour comme il le réalise lui-même. Le seul moyen d’assurer la manifestation du courant électrique, est de lui procurer le fil d’acier, de cuivre, ou tout autre fil conducteur que sa nature requiert. De même, le seul moyen d’assurer en nous une constante manifestation de Dieu, c’est de lui procurer le conducteur que sa nature réclame, à savoir une vie consacrée pour toujours à aimer comme il aime. La vie d’un enfant de Dieu, qui arrive ainsi à réaliser le grand commandement : « Aimez-vous les uns les autres » est, pour la manifestation du Dieu d’amour, un conducteur tout aussi sûr que le fil de métal pour la manifestation de la force électrique.

Telle est la loi de l’Esprit ; c’est la seule ligne d’après laquelle il veuille opérer. Qui attendrait que cet Esprit se manifeste dans une vie de meurtre ou de sensualité ? Il ne peut pas non plus se manifester dans une vie dont le principe directeur est l’amour du moi, car lui-même est absolument désintéressé.

Ainsi donc, lorsque Jésus-Christ établit clairement que la manifestation de l’Esprit de Dieu est pour celui qui garde ses commandements, et, lorsqu’il ajoute : « C’est ici mon commandement, que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés », il fait de la manifestation de l’Esprit de Dieu une nécessité logique en quiconque cesse de s’aimer soi-même pour aimer les autres, et une impossibilité logique en quiconque refuse d’aimer.

2, La manifestation de l’Esprit à celui qui a comme but et principe l’amour des autres

Par conséquent, la manifestation la plus complète de l’Esprit de Dieu est réservée à celui qui adopte délibérément comme but et principe de sa vie, L’AMOUR DES AUTRES, au lieu de L’AMOUR DU MOI.

Telle est la loi selon laquelle l’Esprit agit ; qui veut avoir la manifestation de cet Esprit, doit accepter cette loi comme loi de sa vie nouvelle.

Cette loi il est vrai, est exactement opposée à celle qui a inspiré sa vie passée. Mais c’est ici le point capital. Il lui faut un nouveau principe d’action (« je vous donne un commandement nouveau »), car il se consacre désormais à une vie différente, à une vie nouvelle, à la vie de l’Esprit. Et c’est ainsi que Christ, en nous donnant une nouvelle nature, nous donne un nouveau commandement.

Quand il nous donne une nouvelle vie, il nous donne une nouvelle loi adaptée à cette vie. Et puisque la nouvelle nature est la mortelle ennemie et le contraire de l’ancienne, nous devons nous attendre à ce que la nouvelle loi soit exactement le contraire de l’ancienne. Le croyant qui désire la manifestation de l’Esprit doit donc recevoir un nouveau principe totalement différent de celui qui a inspiré presque tous les actes de sa vie passée : le principe d’aimer les autres au lieu de s’aimer soi-même.

Ce changement porte loin, il sonde le coeur !

Cesser de tout retenir, commencer à tout donner ; cesser de tout chercher, commencer à tout perdre ; cesser de mettre l’accent sur le soin à prendre de notre personne et commencer à prendre soin des intérêts d’autrui ; ne plus aspirer à la première place, mais s’accommoder à la dernière ; viser à servir, et non à être servi; ne plus provoquer les louanges des hommes, mais les éviter; ne plus sauver sa vie, mais la sacrifier pour les autres ; ne plus, amasser, jouir et se mettre à l’aise, mais souffrir, dépenser, et se dépenser pour Christ même, – tout cela est le renversement complet du principe qui dirige le coeur naturel, c’est-à-dire de l’amour du moi. Pour le monde, cela est scandale ! Qu’un homme renonce délibérément à toute recherche du moi, à toute gloire propre, à tout gain et avantage personnel, s’adonne à lutter, à peiner, souffrir, sacrifier pour les autres, voilà ce que l’homme naturel ne veut pas accepter. C’est monstrueux, c’est un suicide. Mais, bien-aimés, c’est exactement ce que fit Jésus-Christ, et ce que vous et moi devons faire pour connaître la manifestation de sa vie au-dedans de nous.

Aussi, certainement que l’amour du moi est la première loi de la nature, l’amour des autres est la première loi de Dieu. Dépourvu de tout intérêt personnel, la loi de l’amour permettra à celui qui s’y livre de connaître Dieu mieux qu’il ne pourra jamais le connaître autrement. Celui qui se soumettra le plus complètement au commandement nouveau, sera le plus rempli de la vie nouvelle. Ce commandement nouveau est l’expression suprême de la volonté de Dieu eu égard à notre course terrestre. Celui qui s’y adonne renverse l’idole de son existence et réalise à sa place tout le courant de la manifestation de l’Esprit. L’homme qui autrefois ne connaissait que la vie du moi dans toute sa plénitude en vient à connaître la plénitude de la vie de Christ.


3. Qui veut connaître la manifestation constante de Dieu, doit nécessairement DEMEURER dans l’amour.

Il faut non seulement accepter ce grand commandement comme la règle de notre vie, mais le faire passer dans la pratique de notre vie journalière.

L’acte par lequel nous nous consacrons à Dieu pour accomplir le commandement de l’amour ne suffit pas, il doit être suivi de la pratique de ce commandement de jour en jour et d’heure en heure.

La manifestation de sa présence et de son amour, qui accompagne la consécration, perdra sa continuité si nous ne vivons pas journellement de la vie pour laquelle nous nous sommes consacrés à Dieu, la vie de l’amour. De là la nécessité de demeurer dans l’amour. Car « celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui (I Jean IV, 16). » Demeurez dans l’amour, c’est incarner la grande loi de l’amour dans tous les détails de notre vie journalière. Non seulement nous devons renoncer à la vie égoïste par un acte de solennelle décision, mais l’habitude de l’égoïsme doit être remplacée par l’habitude de l’amour. Nous avons à pratiquer en toutes circonstances le nouveau commandement, « recherchant la charité », comme dit saint Paul, jusqu’à ce qu’elle inspire notre vie dans tous ses détails.
Nous avons à faire de l’AMOUR MUTUEL la. pierre de touche qui éprouve toutes les pensées, les paroles et les actions de notre vie journalière, jusqu’à ce que toutes soient rendues conformes à la loi qui dirigeait la vie même de Jésus-Christ. La réprimande que vous avez administrée hier à un frère en Christ était-elle inspirée par l’amour ou par l’irritation ? Le conseil que vous avez donné a-t-il été dicté par l’amour ou par l’orgueil ?

La réunion que vous avez présidée, l’allocution que vous avez prononcée, ont-elles été des actes d’amour, dans le but d’être utile aux autres, ou pour ajouter à votre propre réputation ?
L’argent que vous avez donné, l’avez-vous donné par amour pour les perdus, ou par orgueil, et pour vous faire valoir ?

Les remarques que vous avez faites sur votre prochain sont-elles des preuves de votre amour ?
Les pensées que vous nourrissez dans votre coeur à son sujet sont-elles pleines d’amour ?
Vos dons, vos dépenses, votre ministère, vos prières, vos projets, proviennent-ils de l’amour ?

Voilà le suprême critère de tous les détails de votre vie, par lequel vous pouvez savoir si c’est « Dieu qui agit » en vous ou si c’est le moi. Cette vie d’amour amène rapidement la manifestation de l’Esprit ! Essayez de vivre un jour dans cette attitude d’amour pour les autres, au lieu de vous aimer vous-mêmes ; que vos paroles soient douces et aimables ; vos actions utiles, désintéressées, et pleines d’égards ; vos heures remplies d’un service aimant et dévoué ; que votre coeur devienne la demeure de pensées sympathiques et bienveillantes : Alors ce sera la bénédiction et vous aurez conscience de la présence bénie de l’Esprit. Mais, si vos paroles sont rudes, vos pensées jalouses et haineuses, vos actions égoïstes, vos heures remplies de la recherche de vous-mêmes, vous éprouverez l’obscurcissement de la présence de Dieu et l’affliction de l’Esprit ?

Dans les élévateurs pour grains se trouvent différents compartiments, pour les diverses variétés de céréales. Ouvrez un conduit, et le blé fait voir son courant d’or qui déborde. Ouvrez-en un autre, et le froment ambré se répand en un torrent sans fin. Ouvrez-en d’autres, et l’avoine, l’orge ou le seigle s’échapperont chacun du conduit spécial qui leur est réservé. De même en nous habitent l’Esprit et la chair ; la nature divine qui est l’amour, et la vieille nature qui est l’égoïsme.

Au moment où nous accomplissons un acte, où nous disons une parole ou méditons une pensée d’amour, c’est Dieu, le Dieu d’amour, qui se manifeste en nous, mais si nous parlons avec dureté, agissons avec égoïsme, pensons avec envie, haine ou dépit, c’est la chair qui se manifeste. Cette loi est aussi certaine que la loi par laquelle l’espèce de grain manifestée dépend du conduit particulier qui est ouvert. Si nous voulons obéir à l’amour, incarner l’amour, demeurons dans l’amour ; nous aurons sûrement le bienfait d’une manifestation consciente du Dieu qui est amour, car nous avons ouvert les canaux par lesquels l’Esprit d’amour s’engage à se répandre. Mais si nos paroles sont amères, nos pensées et nos projets repliés constamment sur nous-mêmes, nos actions purement égoïstes, alors la manifestation de la chair, de la vie du moi, est tout aussi certaine et inévitable que la manifestation de l’Esprit chez celui qui marche dans l’amour. Christ ne peut pas se manifester par une vie de meurtre et de vol, c’est évident. Mais il est également évident pour nous que Christ ne peut se manifester par aucun acte égoïste ou non-chrétien. Toute racine d’amertume, toute condescendance pour l’égoïsme, tout jugement dur dans notre vie journalière doit rompre la communion entre Christ et nous, et la rompt nécessairement. Avec quel soin nous devrions donc DEMEURER DANS L’AMOUR ! Que chaque action soit faite par amour ! Évitez un acte égoïste comme vous éviteriez un acte sensuel. Reculez, devant une pensée ou un suggestion vides d’amour, comme devant le sifflement d’un serpent. Évitez les paroles précipitées, amères, comme des flèches ou des poignards empoisonnés. Faites votre compte – à l’étonnement du coeur naturel – que Dieu aime, indépendamment de la manière dont il est traité – « Il est bon pour les ingrats et les méchants », et tels nous devrions être. Ainsi donc, si un tort grave, une insulte ou une méchanceté vous font quitter votre attitude d’amour, ne vous justifiez pas, mais hâtez-vous de confesser votre faute, et demandez pardon à celui qui a prié pour ses bourreaux.

Notez que l’expression suprême de l’amour, C’EST DE SERVIR, même jusqu’au sacrifice et à la mort. L’amour n’est pas un pur sentiment, un simple débordement d’émotion. Sans doute, il doit d’abord se trouver dans le coeur, car l’attitude du coeur doit être en permanence celle de l’amour. Mais de là il se répand en services, en secours, en sacrifices pour les autres. « Petits enfants, aimons en effet et en vérité, dit Jean. » « Nous connaissons à ceci l’amour de Dieu, c’est qu’il a donné sa vie pour nous (I Jean III, 16). » Dieu a tant aimé qu’il s’est donné pour un monde perdu. Voilà la preuve de l’amour. Le fruit inévitable d’une vie intérieure d’amour, c’est le service – extérieur qui en découle. Le véritable amour sert ; l’amour de Christ inspire le service. Même ceux qui sont couchés sur des lits de souffrances peuvent, dans les soupirs secrets de leur coeur, et en priant pour les autres, vivre de la vie d’amour aussi parfaitement que ceux qui servent de leurs mains, de leur langue ou de leur plume. Car il en est ici comme de ce qui est dit de l’aumône : « Si l’on donne de bon coeur, on est agréable selon ce qu’on a. et non selon ce qu’on n’a pas. »


4. La foi est la porte de toute communion avec Dieu : l’amour est la porte de tout service en faveur des hommes. Quiconque les tient toutes deux constamment ouvertes a appris à demeurer en Christ.

Le croyant est le temple du Saint-Esprit. Ce temple a deux portes. La foi est la porte qui s’ouvre du côté de Dieu, l’amour est la porte qui s’ouvre du côté des hommes. Par la foi, la vie divine déborde sur nous : par l’amour, elle déborde sur les autres. La foi est le canal de la communion avec Dieu ; l’amour est le canal de tout service en faveur dés hommes. Dieu ne désire pas seulement verser sa vie en nous par la foi, mais la déverser par nous sur les autres par l’amour. L’esprit ne veut pas seulement que nous le laissions entrer en nous, mais aussi que nous le laissions passer par nous sur les autres.

Ce n’est pas assez pour nous de recevoir le Saint-Esprit. Ce n’est pas assez de posséder son amour, sa paix et sa puissance ; nous devons les communiquer à ceux auxquels Dieu les destine.

Il y a un monde non sauvé, mourant, perdu, que Dieu aime autant qu’il nous aime. À moins que ces âmes ne voient Christ en nous, elles ne le verront jamais ; à moins qu’elles n’entendent parler de lui, elles mourront dans les ténèbres ; à moins qu’elles ne le touchent par notre contact, jamais elles ne connaîtront le contact de sa vie et de sa puissance.

Lorsqu’il parcourait la terre, sa vie se répandait en bienfaits de tous genres sur tous ceux qui l’entouraient. Maintenant il n’est plus dans le monde, mais nous sommes dans le monde, membres de son corps, sarments du divin cep, et il aspire à répandre encore sa vie par notre moyen. La foi est donc le canal qui nous amène le flux divin ; et l’amour le canal du divin reflux. Grâce à la foi, Dieu est à même de travailler en nous ; grâce à l’amour, il est à même de travailler par nous. C’est là « la foi QUI AGIT PAR LA CHARITÉ », selon l’expression employée par saint Paul (Gal. V, 6) ; la foi, qui regarde constamment à Jésus, qui reçoit d’heure en heure la vie qu’il répand en nous, la déverse tout aussi constamment par l’amour, qui est la porte ouverte sur ceux qui périssent. Celui-là demeure en Christ qui tient ces deux portes toujours ouvertes. On ne ferme impunément ni l’une ni l’autre. Fermer la porte de la foi, c’est affaiblir l’homme intérieur par manque de communion ; fermer la porte de l’amour, c’est l’affaiblir par manque d’activité. Ainsi le croyant est un canal que Jésus compare à un fleuve (Jean VII, 38) – « DE lui couleront des fleuves d’eau vive… Il disait cela de l’Esprit que devaient recevoir… » Ce qui a été reçu doit se répandre. Un bon canal reçoit toujours, est toujours plein, et coule toujours.

Un bon canal doit être constamment ouvert au point d’entrée et au point de sortie. C’est ainsi que les deux portes de la foi et de l’amour doivent être constamment ouvertes. Par la foi, la porte ouverte du côté de Dieu, nous recevons constamment la vie divine dans sa communion ; par l’amour, la porte ouverte du côté des hommes, nous laissons constamment cette vie divine s’écouler sous forme de service et de bienfaisance. Le canal qui a l’une de ses issues bouchée cesse d’être un canal. L’entrée sans la sortie, c’est la stagnation ; et la sortie sans l’entrée, c’est le vide.

Nous ne pouvons sans danger ni cesser de croire ni cesser d’aimer. Nous devons passer du flux de la communion au reflux du service, puis du service qui épuise à la communion qui remplit.
Quiconque ferme soit la porte de la communion soit celle du service, écrit sur sa vie : « On ne passe pas ; » mais il ne l’a pas plus tôt fait que l’Esprit, d’une main invisible, écrit sur la même vie : Pas de communion.

Ne se rendant pas compte que les deux sont nécessaires pour constituer une vie chrétienne, harmonieuse et complète, les hommes ont essayé de les séparer, et de vivre, de l’une sans pratiquer l’autre. Les uns ont compris que hors de Christ ils ne pouvaient rien faire, ils ont vu la nécessité d’une communion étroite et constante avec lui : ils ont eu conscience de la bénédiction et de la puissance d’une vie de prière : alors ils se sont exclusivement adonnés au côté « FOI » de la vie chrétienne.

Ils se sont retirés d’un monde rempli de péché et de folie ; ils se sont cachés dans la retraite des cloîtres et des cellules ; ils se sont livrés à la prière, à la méditation et à la communion. Mais lorsque Dieu se révélait à eux par la vie de communion, au lieu d’ouvrir là porte de l’amour, de s’appliquer à servir et à faire part de leur bénédiction et de leur vie spirituelle à ceux qui en avaient besoin, ils essayaient de garder pour eux-mêmes la vie qui leur était donnée pour tous. De là vint cette sorte de vie morbide, malsaine, qu’on menait dans les monastères et dans les cellules et qui dégénérait en mort et en stérilité spirituelle, parce qu’elle n’était pas accompagnée de l’activité journalière de l’amour. Christ lui-même n’aurait pas pu vivre une telle vie, mais aussitôt « oint du Saint-Esprit, il alla faisant le bien. » Le côté foi de la vie de communion est absolument essentiel ; nous devons faire notre compte de notre mort spirituelle ; nous devons regarder â Jésus continuellement ; nous devons, heure après heure, tirer de lui la vie divine. Mais la foi sans les oeuvres est morte le flux sans le reflux est la stagnation ; la communion sans le service n’est rien.

D’autres se livrent complètement au service et à l’activité chrétienne. Leur vie est un cercle continuel de réunions, de comités, de visites, de discours et de services innombrables. Mais pour eux l’heure de la prière est un facteur inconnu, la communion un mot sans importance, et l’attente devant Dieu la perte d’un temps précieux ; la direction de l’Esprit et la vie de foi des sons vides de sens. Ces vies, malgré toute leur activité, manquent de quelque chose d’essentiel tout en se dépensant avec intensité. Il y a du frottement et de l’échauffement, du tourment et de l’anxiété, une absence consciente de puissance vivifiante dans le service, un manque de joie, de paix et de bénédiction. Les oeuvres opérées par notre vertu propre sont des oeuvres mortes ; la chambre de prière est la seule usine de force ; le service sans l’onction est sans vie ; il nous faut le contact de Christ avant celui des hommes ; nous ne pouvons répandre que ce que nous recevons de lui. Un seul contact avec un fil chargé d’électricité fera tressaillir un homme dans tout son être, mais vous pouvez le toucher tous les jours avec un fil inerte salis jamais l’éveiller. La foi sans le service est morte ; le service sans la foi n’est rien.

Celui donc qui tient continuellement ouvertes ces deux portes de la foi et de l’amour ; celui qui devient ainsi le canal du Saint-Esprit, a appris le dernier secret du Saint-Esprit, le secret de la vie de communion.

AINSI DONC, DEMEURER EN CHRIST, C’EST VIVRE D’UNE FOI CONSTANTE DU COTÉ DE CHRIST, ET D’UN AMOUR ININTERROMPU DU COTÉ DU PROCHAIN.

Bien-aimés, avons-nous appris ce dernier secret du Saint-Esprit ? Vivons-nous de la vie de communion ? Comprenons-nous notre dépendance absolue, d’heure en heure, de Jésus-Christ, la seule plénitude de vie pour nous ? Apprenons-nous à compter sur lui en toute circonstance ? Est-ce là l’attitude habituelle, de notre âme ? Sommes-nous lents à parler, à faire des plans, à agir, jusqu’à ce que nous soyons entrés en contact et en conseil avec lui ? Avons-nous non seulement donné notre vie pour lui, mais, ce qui est encore plus important, nous maintenons-nous dans une attitude telle qu’il puisse répandre sa vie par notre moyen ? En un mot, persistons-nous, vivons-nous, demeurons-nous dans la foi ?

En outre, comprenons-nous qu’il est amour ? qu’il veut que nous lui ressemblions, et qu’il nous dit en conséquence : « Je vous donne un commandement nouveau, c’est que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés. » Avons-nous abandonné l’amour de nous-même, et fait de l’amour des autres le but suprême de notre vie ? Si oui, est-ce ainsi que nous vivons ? Nous demandons-nous jour après jour, heure après heure : « Ai-je agi par amour ? Ai-je fait ce projet par amour ? Ai-je parlé par amour ? Ai-je donné, servi, fait du bien par amour, par amour pour les autres ? » Est-ce que nous réprimons toute parole dure, toute pensée égoïste. Est-ce que nous renonçons à tout acte intéressé. Est-ce que nous comprenons que l’amour nous oblige au service pratique, constant des autres, notre vie durant, comme Christ a servi sur la terre ? Observons-nous continuellement ces deux commandements ? Les deux portes sont-elles ouvertes ? Nos heures tranquilles sont-elles occupées par la communion ? et nos heures de travail par le service de l’amour quelque humble et ordinaire que ce service puisse nous paraître. Commençons à comprendre, au moins quelque peu, cette parole étonnante : « Ce n’est plus moi qui vis, mais Christ qui vit en moi ? » Avons-nous goûté ainsi ce que c’est que de demeurer en Christ ? Cherchons-nous à pratiquer cette communion ? Si oui, réjouissons-nous. Car alors, ce n’est pas seulement une promesse ou un ordre, mais c’est pour nous l’expérience personnelle et consciente, que la sainte Parole décrit en ces mots :

« Et nous CONNAISSONS QU’IL DEMEURE EN NOUS PAR L’ESPRIT qu’il nous a donné. »